J-100 avant le mondial : ces résistances qui ont longtemps empêché les femmes d’accéder au foot professionnel

Population

Toute L'info sur

La Coupe du monde féminine de football 2019

DÉCRYPTAGE – Les femmes pratiquent le foot en France depuis aussi longtemps que les hommes. Mais force est de constater que l’exposition de ce sport est toujours loin d’atteindre celle du foot masculin. Et si cette différence flagrante s'expliquait par un détour historique ? Explications.

Les Bleues d'Amandine Henry vont-elles faire chavirer la France comme les Bleus de Mbappé il y a un an ? Dans 100 jours, les joueuses de l'équipe de France vont tenter d'apporter une première étoile au foot féminin français lors du mondial organisé à domicile. En cas de succès, il s'agira bien sûr d'une victoire sportive mais aussi d'une victoire considérable sur l'histoire. Car si les femmes pratiquent le football depuis aussi longtemps que les hommes, l'exposition du foot professionnel féminin ne rivalise que peu avec celle des hommes.  

D'où vient cet écart criant ? Selon Anaïs Bohuon, professeure des universités à l'UFR Staps de Paris Sud, spécialiste du corps, du sport et du genre,  l'intérêt relatif lié au sport féminin en général - au football féminin en particulier - n'est que le stigmate visible de la longue histoire du difficile accès des femmes à ces disciplines.

Voir aussi

Obstacles moraux et prétextes médicaux

"Il faut d'abord faire un détour historique" nous précise la professeure. "C'est ce qui va nous expliquer les injonctions présentes encore aujourd'hui autour de la question du foot féminin. Prenons l'exemple des sports modernes en France : le football et le rugby. Dès leur origine, le sociologue Norbert Elias les qualifie de 'bastion de la virilité'." Un constat partagé par Anaïs Bohuon, qui poursuit : "Le football, puisqu’on parle de lui, est un espace privilégié de production de masculinité. Ce sport, pensé par et pour les hommes, renvoie dès le départ à une représentation de la force. Il a toujours été très difficile pour les femmes d’y accéder. Elles ont pourtant commencé à le pratiquer au début du 20e siècle, entre les années 1910 et 1920. On note une interruption sous le régime de Vichy, puis elles reprennent l'activité en 1960. Mais elles font face alors à des résistances masculines, d’ordre moraux et surtout médicaux."

Ces résistances, on les retrouve d'après la professeure dans les thèses de médecine dès le début du 20e siècle, ainsi que dans les journaux de l'époque, comme l'ancêtre de l'Equipe. "On leur reproche une fragilité corporelle tout en leur faisant le procès d’une éventuelle virilisation. On a peur qu’elles deviennent des viragos, des lesbiennes, ou pire, qu’elles deviennent stériles à cause de la brutalité de certains sports. En clair, qu’elles perdent ce qui fait d’elles des femmes aux yeux de la société."

Voir aussi

Remplir le Champ de Mars

Des arguments qui peuvent sembler aujourd'hui appartenir à un âge lointain et reculé, mais qui ont en réalité évolué vers une "injonction paradoxale". Anaïs Bohuon détaille ce concept : "On demande aujourd'hui aux femmes de mettre leur corps en mouvement, car c'est évidemment bien vu de faire du sport. Seulement, elles doivent le faire tout en restant dans les critères normatifs de la féminité : il faut qu'elles restent fines, imberbes et gracieuses, qu'elles ne soient pas trop musculeuses." En un mot, qu'elles restent féminines. 

Alors que faut-il aujourd'hui mettre en oeuvre pour sortir de ce paradoxe ? Pour la spécialiste, c'est simple : il s'agit tout bêtement de copier l'action de la FFF (Fédération française de football) dans les années 1920 à l'égard du football destiné aux hommes. Comprendre "valoriser la professionnalisation, payer davantage les joueuses". "Automatiquement, les performances deviendront plus spectaculaires et les sponsors seront attirés en masse." Peut-être alors, la médiatisation et la ferveur populaire pourraient suivre. Et le champ de mars, à Paris, se remplir (aussi) à la gloire des Bleues. 

En vidéo

La bande-annonce de la Coupe du monde féminine 2019

Lire et commenter