"J'ai perdu beaucoup de poids cette année" : comment le Covid-19 aggrave sévèrement la précarité étudiante

La précarité étudiante a explosé depuis le confinement. Aujourd'hui, 20% des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté. La rentrée s'annonce catastrophique parce que la plupart d'entre eux financent une partie de leur scolarité en travaillant.
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TEMOIGNAGES - La rentrée universitaire, c'est à partir du lundi 14 septembre et, cette année plus encore que les autres, la précarité explose. Avec le Covid, un quart des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté.

Il y a déjà longtemps que, passé un certain âge, jeunesse ne rime plus avec insouciance. Mais la pandémie de Covid-19 et la crise sanitaire en France n'ont rien arrangé, s'agissant de la précarité étudiante, déjà galopante ces dernières années. Un chiffre a de quoi donner le vertige : près de 25% des étudiants vivent désormais sous le seuil de pauvreté. En outre, la Fage, principal syndicat étudiant, pointe, dans son baromètre annuel, que le coût moyen de la rentrée 2020 s'établira à 2.361 euros, soit 76 euros de plus (+5,1%) qu'en 2019. La faute à l’apparition d'une nouvelle ligne budgétaire dans les frais de "vie courante" des étudiants : l'achat de masques pour 31,75 euros par mois, soit l'équivalent de deux semaines de repas du midi.

Il faut être solide mentalement et physiquement pour pouvoir être un simple étudiant.- Ibrahim, 22 ans

Ibrahim, 22 ans, en 3e année d'informatique, n'a pas les moyens de vivre à Paris. Sa chambre étudiante se trouve en banlieue et lui coûte plus d'une heure de transports par jour pour se rendre à la fac. Son compte bancaire est vide. Cet été, contrairement aux années précédentes, il n'est pas parvenu à décrocher un job. A cause de la crise sanitaire, il n'a trouvé aucun employeur pouvant lui offrir les 800 euros par mois nécessaires à son autonomie. "Pourtant, j'ai envoyé une centaine de CV", témoigne-t-il auprès de TF1, ajoutant : "J'ai dû sacrifier des repas à la fin de chaque mois. Cette année, j'ai perdu beaucoup de poids. Il faut vraiment être solide mentalement et physiquement pour pouvoir être un simple étudiant."

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Quand on sait qu'un étudiant sur deux finance une partie de sa scolarité en travaillant, cette rentrée s'annonce catastrophique pour beaucoup d'autres, comme lui... Pour bien mesurer l'ampleur du phénomène, TF1 s'est rendu dans une banque alimentaire pour les étudiants les plus en difficulté. Laquelle a, chaque jour, elle-même davantage de besoins. En un an, les inscriptions y ont doublé, ce qui contraint les employés à rationner, non seulement les denrées alimentaires, mais aussi les produits d'hygiène. "Maintenant, on est obligés de limiter les produits à ceux qui vivent avec moins de 7,60 euros par jour", explique Bérangère, bénévole au sein de l'association AGORAé.

Le Secours populaire à la rescousse

Safwan, étudiant en physique à Paris, vit toujours chez son père. Faute de boulot d'été, il a totalement renoncé à l'idée d'avoir son propre appartement. Quant à Inès, elle attend depuis six mois de savoir si elle va décrocher une bourse. Assis à côté d'elle, son ami Clément indique, lui, avoir cherché tout l'été une entreprise pour une alternance. En vain. Aujourd'hui, 40% des étudiants perçoivent une aide de l'Etat. Et, en cette rentrée 2020 plus encore que les autres, les services sont débordés...

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Non loin de là, en Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France, la précarité étudiante pèse encore plus lourd, après avoir explosé durant le confinement. Comment suivre des cours à distance quand n'a pas les moyens de s'offrir un ordinateur, ni de parents pouvant éventuellement compenser ? Deux étudiants en santé ont finalement obtenu deux portables, au bout de longs mois d'attente, de la part... du Secours populaire. "J'entre dans ma 4e année de médecine. Il fallait déjà acheter beaucoup de bouquins. Payer une prépa aussi, pour ne pas être en marge par rapport aux autres. A la fin de l'année, on était déjà endettés de 600 euros de loyer", détaille Abdoul, l'un d'eux. C'est en effet une autre conséquence, moins connue, de la crise qui sévit : actuellement, les situations d'endettement grimpent en flèche dans toutes les facs.

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