"J'avais des Japonais chez moi, ils étaient terrorisés" : les habitants du 16e en colère contre les Gilets jaunes

Population
REPORTAGE - La manifestation des Gilets jaunes, samedi 1er décembre, a fait des dégâts dans les quartiers huppés de la capitale. Au cœur du 16e arrondissement, ce lundi matin, on oscille entre résignation, ras-le-bol et sidération.

Drôle d’ambiance ce lundi matin dans les rues du 16e arrondissement de Paris. Dans ce quartier huppé de la capitale, qui prend ses aises entre les Champs-Elysées, le Trocadéro et le bois de Boulogne, on est peu habitué à la casse et aux échauffourées. Encore moins quand elles ont lieu au pied de l’immeuble, sur le chemin du travail, du fleuriste ou du traiteur. 


Avenue Paul-Doumer, où le prix de l’immobilier flirte avec les 11.000 euros du mètre carré, les riverains voient d’un mauvais œil les vitrines brisées et les restes de voitures calcinées, abandonnés sur les trottoirs, après le passage des Gilets jaunes samedi 1er décembre. "Dieu merci j’ai un garage, ma voiture est à l’abri !" nous raconte, soulagée, une petite dame brune, la soixantaine passée, un cabas de courses noir au bout du bras. Constatant les carcasses de véhicules un peu plus en contrebas de l’avenue, elle y perçoit un symbole : "Ils ont brûlé des voitures de sport, ils s’en prennent à ceux qui ont de l’argent, on le voit bien, alors qu’on n’y est pour rien dans leurs problèmes…" s'agace la riveraine. 

J'ai envie de tuer, quoi !Un riverain de l'avenue Paul Doumer

Chez ces quelques habitants rencontrés, on ne s'embarrasse guère d'une éventuelle distinction entre les "casseurs", "les Gilets jaunes pacifiques" et autres ultras de droite ou de gauche, dont les observateurs tentent de déterminer l'implication dans le mouvement. On se dit juste qu'on a vécu un samedi particulier... Une autre femme, rentrant chez elle après quelques courses, renchérit : "J’ai eu peur ! J’entendais qu’ils cassaient les vitres du Franprix en bas de chez moi. Les bruits étaient terribles. On n’a pas l’habitude de voir ça, ici." 


La peur, c’est aussi le sentiment ressenti par cette résidente de la rue Benjamin-Franklin, parallèle à l’avenue Paul-Doumer. "Je suis atterrée, explique-t-elle à LCI. J’avais des Japonais chez moi, ils étaient terrorisés ! Ma fille aussi a eu très peur. Les manifestants n’ont pas réussi à entrer dans l’immeuble car heureusement, il y a avait un cordon de CRS. Il faut faire quelque chose hein… parce que les Gilets jaunes, on en a ras-le-bol !" précise celle qui ne "compte pas sortir de chez elle, le week-end prochain", si une nouvelle manifestation était à prévoir. Un décalage avec les revendications des Gilets jaunes – la baisse des prix du carburant et plus généralement la fin de la vie chère – qui pourrait paraître cocasse, si une colère sourde ne commençait pas à poindre parmi ces riverains. 

Devant la boutique Cuts, avenue Paul-Doumer, un petit attroupement se forme. Si l’essentiel des dégradations matérielles a eu lieu à quelques encablures de là, sur l’avenue des Champs-Elysées, cette entreprise qui sélectionne des viandes du monde entier a vu sa porte et sa devanture complètement brisées, sa caisse, des bouteilles de champagne et des morceaux de viande volés. Une associée, au dehors, reste calme. Elle discute avec un voisin qui a assisté, impuissant, à l’incendie de sa voiture Smart depuis la fenêtre de son appartement, lorsqu’arrive un troisième riverain. Lui était absent de Paris, ce week-end, mais, devant l'étendue des dégâts - estimés entre 3 et 4 millions d'euros selon la mairie de Paris - il tient à partager son avis bien tranché sur la question. Et de répéter à qui veut l’entendre :  "Je n’étais pas là, mais quand je découvre le quartier comme ça, je vous assure que j’ai la haine… j’ai envie de tuer, quoi !"

Selon le dernier sondage en date sur la question, 72% des Français soutiennent encore le mouvement des Gilets jaunes, après ces rassemblements du 1er décembre. 

Tout savoir sur

Tout savoir sur

La colère des Gilets jaunes

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter