Jauge limitée, réservation obligatoire... A Paris, les sites touristiques à la recherche des visiteurs perdus

Comme de nombreux sites touristiques, la Cité des sciences a réduit drastiquement son nombre d'entrées.

REPORTAGE - Malgré leur réouverture progressive au public depuis le mois de juin et les mesures mises en place pour s'adapter à la situation sanitaire, les sites touristiques parisiens peinent à accueillir un nombre de visiteurs conséquent. Une situation qui présente néanmoins un avantage : rendre les balades plus agréables pour ceux qui en profitent.

"Monsieur, le masque est obligatoire. Sinon, vous ne pouvez pas entrer". À Paris, le respect des gestes barrières dans les lieux touristiques a remplacé le "bienvenue" tandis que le gel hydroalcoolique a pris la place des brochures à l'accueil. Entre les vacances des Français et la venue des étrangers, la capitale profite habituellement à cette époque d'un afflux de visiteurs -près de 9 millions chaque été. Mais cette année, crise sanitaire oblige, les espoirs d'une saison estivale réussie se sont vite envolés.

Sur l'esplanade du Trocadéro, entre les barrières des travaux, nulle difficulté par exemple pour s'approcher de la tour Eiffel. Malgré les beaux jours, l'affluence est loin de rappeler que nous sommes en plein juillet. Les habituels vendeurs de souvenirs à la sauvette semblent même dépités. "Regardez, ça ne fonctionne pas", déplore l'un d'eux en montrant son tapis encore rempli de petites tour Eiffel, frappées du drapeau tricolore. "Même pour un euro... Avant, cela partait beaucoup plus vite !".

L'absence de touristes étrangers y est pour beaucoup. Contacté par LCI, l'office du tourisme et des congrès de Paris estime que l'été 2020 ne représentera ainsi que 30% de l'activité habituelle. Et le manque à gagner semble conséquent, tant la clientèle internationale est dépensière (139 euros par jour et par tête) par rapport aux Français (83 euros).

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"Cela offre une visite plus confortable"

Conséquence logique, les monuments qui accueillent le plus de touristes étrangers sont les premiers touchés. Chaque année, 40% des visiteurs du Panthéon ne viennent par exemple pas de l'Hexagone, et même 70% en période estivale. Mais cet été, il ne faut compter que sur les Français pour venir fréquenter ce site dédié aux grandes personnalités. Tout est fait pour les accueillir : comme dans les autres lieux fermés, le masque y est obligatoire et le gel distribué à l'entrée.

Au sein de la nef, l'espace est immense, tellement grand que le marquage au sol est absent. "Ce n'est pas très joli", estime David Madec, l'administrateur du Panthéon, "il y a suffisamment d'espace pour s'en passer." La jauge limite de 600 personnes au même moment au sein du site, très rarement atteinte hormis pour le 14 juillet, permet il est vrai à chaque groupe de garder ses distances, alors que le lieu est capable d'accueillir jusqu'à 10.000 personnes par jour habituellement. "L'avantage est d'offrir une visite confortable", se réjouit-il, puisque "le parcours n'a pas changé, donc la déambulation est plus agréable." Et pour contrôler les flux, la réservation en ligne est obligatoire. Le scan des billets est ensuite directement réalisé par le visiteur, pour limiter les contacts avec les agents.

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Au sous-sol, à proximité des caveaux, l'espace est toutefois plus réduit. Un sens de visite est alors imposé. Mais approcher les tombeaux de Simone Veil, entrée il y a deux ans, de Victor Hugo ou d'Émile Zola, est cependant devenu impossible : une petite barrière noire empêche de pénétrer dans les passages étroits qui entourent leurs caveaux. "Ils sont très fréquentés", rappelle David Madec. "Nous avons donc fait le choix de les maintenir fermés", car la distance de sécurité semble difficile à respecter en leur sein. L'observation s'effectue donc à quelques petits mètres de distance.

Véritable lieu de mémoire, le Panthéon a tout de même laissé au public la possibilité d'accéder aux nombreux écrans tactiles servant depuis plusieurs années de biographie aux personnalités, en face de leurs caveaux. "Elles sont écrites en cinq langues", indique son administrateur.  "Nous n'avons rien trouvé de satisfaisant pour remplacer les écrans, mais ils sont régulièrement désinfectés."

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Un choix que n'a pas réalisé la Cité des sciences, à l'autre bout de la capitale. Au sein de ses expositions, les écrans tactiles y sont pourtant partout. Mais pour les utiliser, pas question de se servir de ses doigts. Des stylets sont distribués face aux grands escalators du hall. Un hall où courent habituellement des milliers d'enfants, mais qui prend cet été des airs de hangar abandonné. "En temps normal, nous accueillons environ 15.000 visiteurs par jour sur 7 étages", raconte Sabine Tuyaret, directrice de la délégation à la qualité d’usage et à l’accessibilité. Désormais, la limite est de 2.000. Mais elle est loin d'être atteinte. Cette fois, ce sont pas les touristes étrangers qui manquent à l'appel (ils représentent 11% des visites en temps normal). Mais plutôt les familles, qui semblent, elles aussi, avoir déserté.

Les quelques curieux profitent donc du calme inhabituel des lieux. "Tout le monde respecte les gestes barrières", note Aubin, devant l'un des écrans de l'exposition "Robots". "Au bout de cinq minutes, on ne fait même plus attention au masque." "Je pensais qu'il y aurait plus de monde", avoue de son côté Justine, en visite à Paris avec sa nièce. "Mais c'est plus agréable, s'il y avait eu la foule habituelle, nous ne serions peut-être pas allées visiter auparavant la tour Eiffel par exemple", note-t-elle.

Les enfants à l'épreuve des gestes barrières

Pour les plus jeunes, et comme à l'école, le respect de la distance et des gestes barrières s'avère toutefois difficile à appliquer. Au sein de la Cité des enfants, de grandes flèches au sol hachurées en violet indiquent le sens de circulation et une bande jaune imposante sépare les allées. Le nombre d'enfants admis a été largement divisé (60 au lieu de 400) et les objets sont désinfectés très régulièrement, après chaque utilisation. "Nous sommes un musée scientifique, un lieu où l'on pratique", assure Sabine Tuyaret, "nous ne pouvions pas empêcher les enfants de réaliser des activités manuelles."

Toucher les objets, c'est justement ce que voulait éviter le musée Grévin. En accueillant un public familial, le pari était risqué. Il semble complexe à relever. Les visiteurs se ruent en effet sur les statues de cire, n'hésitent pas à enlever leur masque, pourtant obligatoire, pour poser à côté de leurs vedettes, et les distances peinent à être respectées. Dans la zone musicale, les plus jeunes appuient sur les "buzzers" des fauteuils de The Voice ou mettent leur bouche sur les micros. "Nous avons mis du gel hydroalcoolique tout au long du parcours", veut rassurer Véronique Berecz, responsable des relations extérieures.

Assise dans la salle des colonnes, elle se réjouit plutôt de la fréquentation "qui repart". "Lors de la réouverture, le 18 juin, c'était assez désespérant", se rappelle-t-elle. "Aujourd'hui, nous recevons de plus en plus d'appels pour savoir si nous sommes ouverts, et nous accueillons enfin des groupes. Il y a un effet vacances." 

Mais la situation sanitaire risque de retarder malgré tout le retour à la normale. "Nous garderons pendant un long moment une fréquentation limitée à 400 personnes au même moment sur le site, contre 1.000 d'habitude", prévient-elle. De quoi rendre, une fois encore, la visite plus agréable. "Le malheur des uns fait le bonheur des autres", préfère-t-elle en sourire.

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