Jean, pompier blessé à Paris : "Je ne sais pas si je vais récupérer mon œil"

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TÉMOIGNAGE – Lors du rassemblement national des sapeurs-pompiers à Paris le 15 octobre, un soldat du feu de 52 ans a été gravement blessé à l'oeil, probablement après le jet d'une grenade. Nous l'avons rencontré vendredi deux jours après son opération.

Tout ne s'est pas déroulé comme prévu lors du rassemblement des sapeurs-pompiers à Paris le 15 octobre. En fin de manifestation, l'un des soldats du feu présents dans la capitale a été gravement blessé à l’œil, selon lui par le tir d'une grenade, alors que les forces de l'ordre tentaient de disperser les manifestants place de la Nation. Les pompiers manifestaient pour dénoncer leur conditions de travail. 

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Jean est adjudant-chef à Dijon. Âgé de 52 ans, il a été rapidement pris en charge par les services de secours et conduit dans un centre hospitalier parisien. Il a été opéré mercredi. Sa blessure a provoqué une vague d'émotion sur les réseaux sociaux et notamment au sein  de nombreuses brigades de sapeurs-pompiers. Certains collègues se sont pris en photo avec un message de soutien pour "Jeannot".  Certains de ces messages ont, depuis, été retirés. 

Comment les faits se sont-ils déroulés ?

Après quatre jours d'hospitalisation, Jean est finalement sorti vendredi du centre d'ophtalmologie des Quinze-Vingts, située dans le XIIe arrondissement de Paris. Son épouse, accompagnée de 3 collègues de Dijon, sont venus le chercher.  Toujours très marqué par le choc, Jean ose à peine évoquer son oeil blessé.  "Je ne sais pas si je vais récupérer mon oeil", nous explique-t-il.  Une blessure qui pourrait signifier aussi la fin prématurée de sa carrière de soldat du feu. Avec un oeil invalide ou diminué, Jean craint de ne pouvoir réintégrer de sitôt la brigade des sapeurs-pompiers de Dijon. Cet adjudant chef âgé de 52 ans risque ainsi de devoir renoncer à cette mission qu'il exerce depuis plus de 30 ans.

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Jean, pompier blessé à Paris : son témoignage

Pour comprendre pourquoi ce sapeur-pompier bourguignon s'est retrouvé gravement blessé, nous nous sommes également entrés en contact avec Matthieu Bréguand, président du syndicat autonome SPP-PATS du département de la Côte-d'Or, et témoin direct de l'incident. "J'étais situé à 10 mètres de Jean quand cela est arrivé. C'était la fin de la manifestation et on voulait rejoindre les autocars garés dans les rues situées derrière les colonnes [les deux colonnes de Ledoux situées à l'Est de la place, ndlr] pour nous ramener chez nous. Mais les forces de l'ordre formait un cordon qui nous empêchait de passer."  

Puis tout est allé très vite.  "Sans que l'on ne comprenne pourquoi, les CRS se sont mis à lancer une pluie de grenades lacrymogène, on ne voyait plus rien, on était coincé sans pouvoir s'échapper." Le pompier nous explique qu'il a même dû aider une passante souffrant des émanations. "J'ai pris en charge une vieille dame pour l'amener dans un tabac à côté. Il y avait du gaz de partout." 

C'est dans ce moment de confusion que l'adjudant-chef dijonnais reçoit une grenade lacrymogène ou de désencerclement en pleine tête, affirme Jean ainsi que les témoins de la scène. "Le choc a été si violent qu'il est tombé au sol. Heureusement, il avait son casque sinon il aurait été encore plus mal en point. J'ose à peine imaginer la blessure sur son crane dans ce cas-là." Le pompier nous précise qu'il ne sait pas si son œil a été touché directement par l'impact ou si c'est la visière de son casque qui a explosé dans l’œil à cause du choc provoqué par la grenade.  

Une plainte bientôt déposée ?

 Très touché par le soutien de ses collègues, Jean veut désormais retrouver sa famille et ses enfants. Mais aussi comprendre pourquoi il a été gravement blessé. "Qui a donné l'ordre", se demande-t-il. "Pourquoi avoir lancé ces grenades alors que la situation place de la Nation ne le nécessitait pas", estime-t-il. 

Le président du syndicat autonome partage sa consternation. "Jean a plus de 30 ans métier, il a formé tellement de jeunes à son métier et là il risque de tout perdre. Nous sommes sous le choc. En plus, Jean est un homme très respecté et il n'est pas allé au contact des CRS." Le service juridique du syndicat autonome SPP-PATS s'est d'ores et déjà rapproché du sapeur-pompier blessé et de sa famille afin d'engager une procédure.  Jean se réserve d'ailleurs la possibilité de porter plainte.  

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Interrogée sur les faits qui sont reprochés aux forces de l'ordre par les témoins de la scène, la préfecture de police de Paris a renvoyé vers le Sdis de la Côte-d'Or qui nous a indiqué par mail ce vendredi "qu'il ne fera pas de déclaration particulière sur ce sujet."

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