"Cette année, je vais faire un cadeau en moins" : quand Gilets jaunes et pouvoir d'achat torpillent la liste au Père Noël

"Cette année, je vais faire un cadeau en moins" : quand Gilets jaunes et pouvoir d'achat torpillent la liste au Père Noël

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REPORTAGE - A l’approche de Noël, dans le contexte de la mobilisation des Gilets jaunes et de questionnements autour du pouvoir d’achat, l’humeur est-elle toujours à l’achat de cadeaux ? Pour le savoir, nous nous sommes rendus dans un grand magasin de la marque JouéClub à Paris. Résultat : sur toute la France, l’entreprise accuse entre 5 et 10% de baisse des ventes en novembre.

Au Jouéclub du boulevard des Italiens, à Paris, ce n’est pas l’affluence des grands jours. Certes, nous y voilà par un mercredi midi, au tout début du mois de décembre. Mais même en pleine période de Noël, au moment de la pause déjeuner des employés du quartier, les grands couloirs de cet immense magasin de jouets ont triste mine. 


A qui la faute ? D’aucuns diront "aux Gilets jaunes". Et dans le cas spécifique de cet établissement situé non loin du boulevard Haussmann, force est de constater que l’actualité met son grain de sel dans les affaires du géant des jouets. "Le week-end dernier, on a eu ordre de fermer le magasin plus tôt", nous indique ainsi une vendeuse responsable d’un des départements. Lors de la mobilisation du 1er décembre, les manifestants ont en effet investi le palais Brongniart, situé à quelques encablures de là, dans le 2e arrondissement. Dehors, donc, les clients. Et avec eux, le chiffre d’affaires d’un samedi après-midi en période de fêtes.

Un "repli brutal"

Mais il n’y a pas que dans la capitale que les effets des mouvements sociaux se font ressentir. Selon nos informations, sur le mois de novembre - qui représente 11% du chiffre d’affaire annuel de JouéClub - un impact à la baisse de 5 à 10% se fait ressentir sur les recettes de l’entreprise. Et pour Franck Mathais, porte-parole de la marque, le lien avec les Gilets jaunes ne fait aucun doute : "Les gens ne viennent pas parce que les accès aux magasins sont fermés, ou parce qu’ils pensent qu’ils sont fermés", explique-t-il à LCI. "Et cela ne vaut pas qu’à Paris mais dans toute la France, même dans des zones rurales où les ronds-points sont bloqués. On avait lancé les opérations de Noël dès le mois d’octobre. Avant la mobilisation des Gilets jaunes, nous étions en croissance, dans une tendance positive par rapport à l’année dernière sur la même période. Or là, les passages en caisse ont connu un repli brutal, clairement lié à la mobilisation sociale."


Et côté clients, qu’en dit-on ? Cette mère de trois enfants, qui attend sa collègue à la sortie du magasin de poupées, calque, ni plus ni moins, ses prévisions d’achats sur les Gilets jaunes : "Ce n’est pas imaginable de rien offrir aux enfants pour Noël, donc les courses, on les fait ! Il faut des cadeaux sous le sapin, on n’a pas le choix.  D’habitude, je m’y prends au dernier moment, mais là j’ai un peu peur qu’ils continuent à bloquer les magasins. On ne sait pas trop ce qu’il va se passer… " 

"On se prive un peu"

Cette dame d’un certain âge, grand-tante consciencieuse, a les deux mains prises par des grands sacs de jouets. Elle n’est "pas la plus à plaindre", nous dit-elle, bien que sa "retraite ait été impactée cette année par la hausse de la CSG". "Cela veut dire qu’on fait attention. On se prive un peu : par exemple cette année, je vais faire un cadeau en moins ou bien être plus vigilante sur mon budget personnel", explique-t-elle encore. Dans son cas, les Gilets jaunes n’ont rien à voir avec ses achats plus timides. Ce qui est en cause, c’est bien son pouvoir d’achat, qui a diminué en 2018. 


Même son de cloche pour cette mère et sa fille, venues ensemble faire les courses de Noël pour les neveux et nièces de la famille. Toutes deux soutiennent à fond les Gilets jaunes - même si elles se disent choquées par les dégradations de l’Arc de Triomphe. Mais, plus que les autres années, elles se montrent à l’affût des bons plans, notamment sur Internet. "Je regarde toutes les remises, les baisses de prix", nous précise la jeune femme de 25 ans, qui cumule son statut d’étudiante et un CDI dans le secteur bancaire à 850 euros par mois. Pour économiser un loyer à Paris, elle vit encore chez ses parents, mais en période Noël, chaque euro pris est le bienvenu. Elle ajoute : "Les années précédentes, je commençais mes achats à la mi-novembre, mais là je m’y mets plus tard." Une question d’envie et d’ambiance générale, aussi. Peut-être un peu liée, pour le coup, au climat social du pays. "On dirait que tout le monde est aigri. Je ne sais pas... pour moi, ce n’est pas vraiment Noël."

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