8 mars, 15h40 : à Paris, des centaines de femmes dénoncent les inégalités et violences dont elles sont victimes

Population
DirectLCI
RASSEMBLEMENT - Des milliers de personnes se sont rassemblées, place de la République à Paris pour cette 42e journée internationale des droits des femmes. L'occasion de défendre les travailleuses grévistes et de dénoncer les inégalités salariales ainsi que les violences sexistes et sexuelles.

15h40, une heure qui peut paraître anodine pour certains passants et badauds place de la République à Paris. Mais pas pour ces centaines de femmes, et d'hommes, réunis pour la 42e journée internationale des droits des femmes. A cette heure, en ce vendredi 8 mars 2019, quand d'autres ont continué à travailler "gratuitement", selon les associations féministes, certaines femmes ont cessé le travail car elles ne sont en théorie plus payées si l'on compare leur rémunération à celle des hommes.


Toujours selon les associations, les femmes sont en effet payées 26% de moins que la gent masculine en moyenne. Une raison suffisante pour se rassembler et dénoncer cette situation, mais pas seulement. De fait, les revendications restent nombreuses...

"Salaire de misère, sorcière vénère" Une pancarte, place de la République, ce 8 mars

"Salaire de misère, sorcière vénère", affiche une pancarte. Sur la scène installée place de la République, rebaptisée place des sorcières, les témoignages s'égrènent les uns après les autres. Parmi eux, ceux de Nora et Jessica, femmes de chambre au Park Hyatt Vendôme. "On était maltraité. On avait 11 chambres par jour à faire. On avait pas le temps de prendre de pause, d’aller aux toilettes (...) On est pas des esclaves, on veut le respect, on doit nous respecter", dit Nora. 


Ce respect dont elle parle, Nora et ses collègues ont du le gagner, en menant une grève durant 87 jours. "Nous les petites mains du Hyatt, on a prouvé qui on était. On avait une force énorme. Impossible de craquer avec cette force. Il y avait beaucoup d’hommes avec nous, il ne faut pas les négliger. Ils se sont battus à nos côtés", souligne-t-elle. 

Deux femmes algériennes prennent la parole. En ces temps importants et troublés pour le peuple algérien qui bat le pavé depuis trois semaines dans les rues des différentes villes d'Algérie pour refuser un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, elles rappellent qu'"il n'y a pas de démocratie sans égalité des droits". Et de décréter : "Nous plaçons ce 8 mars sous le signe de la solidarité internationale pour les libertés individuelles et collectives."

Les postières du 92 prennent à leur tour la parole pour rappeler que leur grève, elles l'ont débuté l'année dernière, en mars 2018. "On tient comme on peut avec des payes à zéro, sans mutuelle ni complément familial (...) on doit tenir le budget. On pense aux femmes de nos collègues masculins qui gèrent souvent le budget. Je voudrais le rappeler. Cette bagarre on l’a aussi pour ces femmes", lancent-elles. 


Dans la foule, on tombe sur Dina. Dina est quinquagénaire. Elle est employée de bureau mais "gréviste". "J'ai posé ma journée. C'est important d'être là, pour ma mère et pour ma fille. Et puis pour moi et les autres femmes, parce que j'ai envie de comprendre pourquoi on est moins payé que les hommes", explique-t-elle. Et de poursuivre un peu résignée : "Il faut qu'on se batte, chaque jour, pour nos droits pour ceux de nos filles. Rien n'est gagné." Un combat qu'elle estime être "un peu épuisant à la longue" : "C'est épuisant de devoir expliquer et se justifier du fait qu'à travail égal, on mérite un salaire similaire et puis s'il n'y avait que ça..."

"Ne me dites pas comment m'habiller, dites leur de ne pas violer"Une pancarte, place de la République, ce 8 mars

Ce 8 mars, place de la République , ce sont aussi les violences sexistes et sexuelles qui étaient, une fois encore, dénoncées. "Pas de violeurs dans nos orgas", brandissent des militants du PCF, en réaction à l'article publié par L'Humanité cette semaine sur les cas de viols et d'agressions sexuelles au sein du parti. 

"Violées, battues, harcelées, humiliées, les femmes en ont assez", dit la pancarte d'une autre femme. Par terre, des dizaines de silhouettes dessinées à la craie dans lesquelles sont écrits des prénoms, représentent les femmes victimes de féminicides :  "Asma", "Diallo", "Naïla"... Autant de prénoms anonymes que de victimes. 


Ici, on croise une pancarte qui demande l'abrogation universelle de la GPA, une autre "mon corps, mon choix, mes droits, même en accouchant", "mon vagin n'est pas un hall de gare, non aux touchés vaginaux systématiques" ou encore "mon consentement n'est pas en option"... Des revendications qui viennent rappeler les situations vécues par des centaines de femmes, en France et ailleurs dans le monde. 

C'est très encourageant Juliette, présente à Paris ce 8 mars

En se rapprochant de la statue, on croise Juliette, étudiante en école de commerce. Statique, les mains dans les poches, elle observe. "Je regarde tout ça, et c'est très encourageant, je trouve. Il y a une sorte de solidarité entre toutes ces femmes depuis #MeToo...", confie-t-elle. Une solidarité qu'elle ressent au quotidien ? "Non pas vraiment", soupire la jeune femme, qui, philosophe, analyse : "On est encore trop individuelles dans notre manière de fonctionner."

A quelques mètres, on dessine un clitoris au pochoir et puis on demande aux hommes qui prennent des photos d'une militante à demi-nue, le corps recouvert de logos de marques connues le corps, de se pousser. Car oui, certains hommes ont parfois pris de la place aujourd'hui après 15h40. Quand certains se sont battus, au milieu des militantes féministes, un autre s'est, lui, étonné qu'on ne s'intéresse pas à sa personne, alors qu'il se se présente comme un "homme battu". Il aura fallu la pédagogie de trois femmes pour lui signifier que ce n'était ni l'endroit ni le moment. Vraiment pas. 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter