Journée internationale des Droits des femmes : 6 chiffres qui montrent que la route vers l'égalité est encore longue

Journée internationale des Droits des femmes : 6 chiffres qui montrent que la route vers l'égalité est encore longue
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INJUSTICES - Victimes de violences dans leur couple ou dans l'espace public, moins payées que les hommes, elles assurent la majeure partie des tâches domestiques et sont moins représentée en politique. Les inégalités dont souffrent les femmes continuent de s'observer dans tous les domaines de la vie quotidienne en France. La preuve en chiffres.

Le message commence petit à petit à se faire entendre : le 8 mars n'est pas "la journée de la femme", des promos sur les laves-linges ou l'occasion de leur offrir de la lingerie. Le 8 mars est une journée de mobilisation, d'action, de lutte pour la condition des femmes dans le monde entier. Une date pour faire entendre la voix des femmes qui réclament plus de droits et se battent pour mettre fin aux inégalités de genre. Des inégalités qui, malgré la conquête de libertés indéniables au regard de certaines situations à l'international, perdurent aussi en France.

72% des tâches domestiques réalisées par les femmes

Les femmes prennent à leur charge 72% des tâches domestiques, et de ce fait, y passe en moyenne 1h30 de plus que les hommes, chaque jour. Ces chiffres de l'Insee révèlent une inégalité au sein même de la sphère familiale : la charge mentale. Assurer le ménage, les courses, les repas, s'occuper des enfants, des vacances, des factures... Autant d'obligations qui, dans la plupart des foyers, incombent aux femmes. Elles sont ainsi deux sur trois (63%) à considérer qu’elles sont davantage concernées que leur conjoint par cette répartition inégale des responsabilités.

Ce décalage d’implication dans le quotidien est pesant pour 62% des femmes, qui souhaiteraient que les choses changent. Et une femme sur deux désirerait que son compagnon propose de lui-même une évolution. À l’extrême opposé, sept hommes sur dix (69%) ne souhaiteraient rien modifier dans l'organisation du foyer. "Un vrai paradoxe quand 87% des hommes interrogés se déclarent prêts à s’impliquer davantage au quotidien", conclut l'étude Ipsos sur la charge mentale.

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Inégalité salariale : encore 18,5% d'écart

En 2015, les hommes gagnaient encore 24% de plus que les femmes, selon une étude de l'Insee prise en référence pour les chiffres du gouvernement. Un écart qui passe à 18,5% en tenant compte uniquement des contrats à temps plein, et à 9% à poste et compétences égales.

Parmi les personnes actives, 29,3% des femmes sont à temps partiel, contre seulement 8,4% des hommes. Les femmes sont également pour 42,7% d'entre elles des employées, contre 12,6% des hommes. À l'inverse, 17% sont nommées cadres, contre 20,8% des hommes. Résultat, ces inégalités se maintiennent jusqu'à la retraite. Preuve en est la pension moyenne : 1007 euros en brut mensuel pour les femmes contre 1660 euros pour les hommes.

Mais ce n'est pas tout : l'entreprise est également marquée par le sexisme. Dans une enquête de 2016 relayée par le Haut Conseil à l'Égalité ce mois-ci, près de 80% des femmes considéraient qu’elles étaient régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes sur leur lieu de travail.

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Seulement 16% de femmes élues maires

La parité est loin d'être acquise dans nos instances politiques. Le Haut Conseil à l'Égalité estime même dans son rapport rendu le 2 mars 2020 que la politique est "un bastion du sexisme et fonctionne comme une chasse-gardée des hommes". Elles ne sont ainsi que 39% parmi les députés et 32% parmi les sénateurs. Au sein du gouvernement actuel, on compte 21 hommes ministres ou secrétaires d'État, pour 17 femmes.

Cette inégalité se ressent particulièrement à l'échelle locale : 84% des maires, 60% des conseillers municipaux et 92% des présidents d’intercommunalités sont des hommes. Un écart qui se perpétue dans la campagne 2020. Malgré une parité imposée par la loi, l'égalité femmes-hommes peine à s'imposer au niveau des têtes de liste, soit le ou la futur(e) maire. Cette année sur les 20.803 listes déposées pour toutes les communes en France, seules 4.800 sont conduites par des femmes. Les candidats à la mairie sont donc pour 77% des hommes et seulement 23% des femmes.

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25% des jeunes femmes ont peur dans la rue

Les espaces publics sont des lieux dangereux pour les femmes au point que 40% d'entre elles disent avoir renoncé à fréquenter certains lieux publics après avoir été victime ou témoin de violences sexistes, selon les chiffres du secrétariat d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes. Les enquêtes de l'Insee et de l'Ifop de ces cinq dernières années s'accordent à montrer que 86% des Françaises ont été victimes d'au moins une forme d'atteinte sexuelle dans la rue et 76% d'entre elles ont été suivies au moins une fois. 20% sont injuriées gratuitement au moins une fois par an dans les espaces publics et 10% subissent des baisers ou des caresses qu'elles ne désirent pas. 

Une situation qui s'aggrave dans les transports en commun franciliens, où 100% des utilisatrices ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou d'agressions. Conséquence directe : un quart (25%) des femmes de 18 à 29 ans ont peur dans la rue.

94.000 femmes victimes de viol ou de tentative de viol par an

Comme l'explique Libération concernant le difficile recensement des viols chaque année : seule 1 victime sur 10 déclare avoir déposé plainte. Des estimations officielles du nombre de femmes violées chaque année existent néanmoins. Elles sont donnée par la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof) L'organisme publie tous les ans les principales données statistiques disponibles en France sur les violences sexuelles via la lettre de l’Observatoire national des violences faites aux femmes. La dernière, publiée en 2018, avance que 94.000 femmes majeures déclarent avoir été victimes de viol ou de tentative de viol sur une année. Deux autres chiffres à associer à ces crimes : neuf victimes sur dix connaissent l’agresseur.

86% des victimes de violences sexuelles enregistrées par les services de police et de gendarmerie sont des femmes, mais 99% des personnes condamnées pour violences sexuelles sont des hommes. À noter, depuis le mois d’octobre 2017 et le début

du mouvement #MeToo, le nombre de victimes de violences sexuelles connues des forces de sécurité sur une année a augmenté de 23%. Un signe encourageant quant à la libération de la parole des femmes et, peut-être à terme, la fin de l'impunité pour les auteurs de violences.

Un féminicide tous les trois jours

Les dernières données officielles du secrétariat d'État datent de l'année 2018 et s'appuient sur une enquête de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. 121 femmes étaient alors décédées suite à des violences au sein du couple, contre 28 hommes la même année. Plus largement, 213.000 femmes déclarent avoir été victimes de violences physiques et/ou sexuelles par leur conjoint ou ex-conjoint dans l'année 2017.

Les associations féministes tels que le collectif Nous Toutes prennent le relais des Institutions pour tenir un recensement au jour le jour des féminicides perpétrés en France. Selon leur décompte, 121 femmes sont mortes sous les coups de leur compagnon ou ex-compagnon en 2018 et 151 femmes l'année dernière. Depuis le début de l'année, 17 femmes ont déjà été victimes de féminicides, malgré les mesures mises en place par le gouvernement depuis le Grenelle des violences conjugales.

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