"On doit mettre une note au hasard!" : en délibération du bac, plusieurs professeurs ont refusé d'appliquer les consignes du ministère

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A LA LOUPE - Plusieurs professeurs ont refusé d'appliquer les consignes du ministère dans la correction des copies du bac. Lors des jurys de délibérations, plusieurs enseignants indiquent à LCI que dans plusieurs établissements, des proviseurs ou proviseurs adjoints ont procédé seuls au remplacement des notes manquantes.

Sur BFM TV mercredi 3 juillet dans la soirée, le ministère de l'Education nationale l'avait promis : " Vendredi, les élèves auront leurs résultats" du baccalauréat. Et ce, même si une grève des professeurs induit des retards dans la correction des copies, voire des rétentions de notes. Finalement, le jour J, tous les résultats étaient tombés, dont certains provisoires.


En guise de "solution technique", voici ce que proposait Jean-Michel Blanquer : "Pour le cas où il y aurait encore quelques notes manquantes (...) la solution qu'on retient, c'est de donner la note de contrôle continu de l'année de l'élève. Elle sera donnée à titre provisoire vendredi, ce qui permettra à l'élève d'avoir son résultat. Si en début de semaine, on a finalement la copie et que la note est meilleure, c'est cette note-là qui sera retenue et sinon ce sera la note provisoire qui sera la note définitive."

Le jury relevé, le proviseur adjoint seul

Une solution qui a été loin de convenir à tous les professeurs qui siègeaient jeudi dans les jurys de délibération. Cette étape, au cours de laquelle les enseignants se réunissent afin de rendre leurs relevés de notes, doit permettre de décider si un élève est envoyé ou non au rattrapage, ou si sa note est légèrement augmentée afin de lui garantir une mention. De manière collégiale et en direct, le jury entre ensuite ses notes définitives sur le portail "Delibnet". Or, c'est précisément cette manipulation qui a été visiblement perturbée aujourd'hui.


LCI est entré en contact avec plusieurs professeurs, grévistes ou non. Romain* est gréviste depuis le 2 juillet et membre du collectif "stop réformes Blanquer". Dans son lycée en région parisienne, il nous indique que le jury a été relevé en cours de route. "Ce matin, les collègues ont refusé de remplacer les notes manquantes par les notes du livret. Le chef du centre d'examen (le proviseur, ndlr) a demandé au jury de partir et a remplacé lui-même les notes de manière arbitraire." Un témoignage confirmé par une professeure de langues qui travaille dans le même établissement. Celle-ci précise : "Nous avons commencé par délibérer sur les candidats 'calculables' - c'est-à-dire ceux qui avaient toutes leurs notes - mais dans mon jury, sur 300 élèves, 195 étaient 'incalculables' : ils avaient des notes manquantes. A la majorité des professeurs présents, nous avons donc fait valoir une motion pour refuser de remplacer les notes manquantes. Le proviseur adjoint a pris acte, nous sommes donc partis. Il va donc faire seul ce que le ministère a demandé."

Sur Twitter, le compte "Stop réformes Blanquer" a également relayé une autre information, faisant état d'une pratique défiant toute consigne ministérielle : "dans certains jurys, écrit-il, ce sont carrément par des 20/20 que les notes manquantes ont été remplacées par les secrétariats des centres d'examen, avant même l'ouverture des délibérations." Nous avons obtenu des précisions sur ce point en contactant un témoin direct. Nous sommes en mesure d'affirmer que cette note de 20/20 a été entrée dans la case laissée vacante par une note manquante en amont de la réunion du jury, dans un souci logistique. Cette note a depuis été transformée, selon les directives du ministère, par la moyenne du livret scolaire et ne comptera donc pas pour le baccalauréat. 

Rupture d'égalité

Reste que des professeurs reprochent une trop grande part d'imprécision dans cette méthode d'attribution des notes. "Dans le cas où les élèves ont un livret scolaire, on nous demande de faire la moyenne des notes pour combler celles qui manquent. Mais si l'élève n'a pas assez de notes inscrites au livret, alors on doit faire une moyenne des notes présentes, bref, mettre une note au hasard !". Surtout, ils dénoncent une "rupture du principe d'égalité" entre les élèves qui seront jugés sur les épreuves et ceux qui obtiendront les notes de contrôle continu. 


De son côté, le syndicat national des personnels de direction de l'Education nationale (SNPDEN-UNSA) nous confirme que les proviseurs, sous la casquette de chefs de centres d'examens, ont pu procéder seuls à l'attribution des notes. "Ils ont fait leur travail en respectant la consigne du report de la moyenne du livret scolaire" indique ainsi à LCI Bruno Bobkiewicz, proviseur de lycée à Saint-Denis et secrétaire national du syndicat. "Cela n'a pas été simple à gérer car les consignes ont été données tardivement et qu'il a fallu gérer des tensions entre professeurs grévistes, non grévistes et proviseurs." Mais dans la grand majorité des cas, ajoute-t-il, il n'y a pas eu de soucis.  


Pour l'Union National des Lycéens "ce qui se passe est illégal au possible (...) Jean-Michel Blanquer bouche les trous du bateau qui coule". L'association assure recevoir de nombreux appels et messages de lycéens inquiets. Louis Boyard, président de l'UNL considère que le contrôle continu ne peut pas être retenu à la place des notes car il est inégalitaire : " Le niveau n'est pas le même selon les exigences de chaque lycée", alors que pour le bac les épreuves sont identiques pour tous et les correcteurs ont une grille de notation à respecter.

Tensions entre personnels

En attendant, les élèves concernés par les quelques 10.000 copies non rendues seront-ils informés de la provenance de leurs notes ? Nous avons contacté le ministère à ce sujet. On nous assure que "l’information ne sera pas affichée dans les établissements lors de la révélation des résultats, mais sera précisée sur le site de chaque académie". 


Nous avons aussi cherché à savoir ce qu’il se passerait si la grève durait dans le temps et que les véritables notes n’étaient finalement pas révélées : "Les notes du contrôles continu seront gardées".  Sur le réseaux sociaux, l'hypothèse révolte les candidats qui ont passé le  bac, une élève interpelle le ministre de l'éducation nationale: " @jmblanquer on veut juste notre bac ni plus ni moins et que justice soit faite pour nous... Les notes annuelles ne correspondent pas à notre niveau".

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