L'Université de Cergy-Pontoise demandait-elle aux enseignants de ficher les étudiants ?

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À LA LOUPE – Un professeur de l'Université de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise) a diffusé sur Twitter un document reçu par le personnel et les enseignants qui devait leur permettre de signaler les étudiants suspectés de radicalisation religieuse. Ce dispositif qu'il considère comme un "fichage" a suscité un vif émoi.

"L'Université de Cergy-Pontoise me fournit un formulaire pour faire remonter les signaux faibles, dont absentéisme récurrent aux heures des prières, le vendredi." C'est par ces mots que Clément Carbonnier, professeur d'économie à l'UCP, dénonce un email envoyé par la direction à l'ensemble du personnel afin de détecter les signes qui seraient considérés comme avant-coureurs d'une radicalisation.

Sur Twitter, l'enseignant dénonce "un fichage" et exprime sa "honte". À La Loupe s'est procuré l'email et le formulaire polémique. Explications. 

Pourquoi ce formulaire de signalement a été envoyé ?

Un email a effectivement été envoyé le lundi 14 octobre au matin à tout le personnel et tous les enseignants de l'Université de Cergy-Pontoise et à l'initiative du "Référent radicalisation", qui est également Directeur de la Direction de l'Hygiène, de la Sécurité et de l'Environnement de l'établissement. 

L'email en question commence de la manière suivante : "Bonjour, Il existe deux types de menaces d'attaques terroristes : la menace exogène liée à des individus extérieurs à la structure (type Bataclan) ; et la menace endogène où c'est un ou plusieurs individus appartenant à la structure qui commettent les attentats (type Préfecture de police)." 

C'est au sujet de cette "menace endogène" que, dans son courriel, le "Référent radicalisation" encourage la détection et le signalement d'un "étudiant ou collègue" à l'aide de "signaux listés" au sein d'un formulaire en pièce jointe. "La sécurité étant l'affaire de tous, être nombreux à être vigilants est un gage de meilleure perception de la situation et signaler des événements qui pourraient avoir des conséquences graves est un acte de civisme", conclut l'email. Joint par A La Loupe au téléphone, l'auteur de l'email n'a pas souhaité réagir et nous renvoie à la communication de l'Université. 

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Egalement contacté par À La Loupe, Clément Carbonnier s'indigne, lui, de la teneur de cet email. "Si je comprends que nous devons être attentifs, je suis choqué qu'on nous demande de dénoncer des étudiants ou des professeurs en s'appuyant sur des éléments de pratiques religieuses. Ce n'est pas aux enseignants de traquer les croyances." 

Que contient ce formulaire de signalement ?

À La Loupe s'est procuré le formulaire de signalement. Il s'agit d'un document sous format de tableau Excel à remplir et comportant plusieurs types de signaux : les "Signaux de rupture", les "Signaux d'appartenance" et les "Signaux inquiétants liés au comportement d'une personne connue". 

Ce sont les types de comportements à signaler qui ont surpris Clément Carbonnier et déclenché son tweet. "Absentéisme aux heures de prières", "Absentéisme le vendredi", "Refus de l'autorité des femmes", "Créationnisme", "Port de la barbe sans moustache", "Port du niqab", "Intérêt soudain pour l'actualité nationale et internationale", etc. A côté de chaque type de comportement, la personne qui effectue le signalement est invitée à répondre par "oui" ou "non". 

Clément Carbonnier dénonce "un fichage des étudiants liés à la religion", et en l'occurrence à l'islam. "Je suis très curieux de connaître l'avis de la Cnil sur ce genre de collecte de données. Est-ce bien légal ?" Le professeur s'inquiète du devenir des informations ainsi collectées. "Il s'agit de fichier nominatif, cela m'interpelle. Pour moi, un tel fichage est hors de toute proportion." 

A la suite de la diffusion du document, l'Université de Cergy-Pontoise a annoncé par communiqué qu'elle retirait ce document "diffusé en interne (...) dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et la prévention des phénomènes de radicalisation". Elle dit "regretter vivement d'avoir avoir pu heurter ou choquer (...) par une formulation inapproprié et source d'incompréhension". Auprès de LCI, François Germinet, le président de l'université, s'est défendu "de stigmatiser une population, une croyance" : "Le document a été mal compris, il faisait suite aux attentats et se voulait une réponse aux personnels qui ne savaient pas quelle démarche effectuer face à des cas de radicalisation", a-t-il expliqué avant d'évoquer un à deux cas de signalements pour radicalisation par an. Selon nos informations, une démarche similaire, mais uniquement à destination des directeurs de services et de laboratoires, avait déjà été eu lieu en mars dernier.

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