La France compte-t-elle vraiment 5 millions de personnes riches ?

Aucune définition stricte n'existe pour observer la richesse.
Population

À LA LOUPE – L'Observatoire des inégalités, dans un rapport publié cette semaine, a indiqué que 5 millions de Français étaient aujourd'hui considérés comme "riches". Une comptabilisation qui dépend des critères retenus et qui prête forcément à discussion.

Faut-il gagner au loto, hériter d'un généreux patrimoine familial ou flairer le coup du siècle en bourse pour être fortuné ? Pas forcément, si l'on en croit le "rapport sur les riches en France", présenté cette semaine par l’Observatoire des inégalités. Celui-ci indique en effet que "cinq millions de personnes gagnent plus du double du niveau de vie médian, soit 3 470 euros pour une personne seule".

En France, notent les auteurs de ce rapport, "les riches sont aussi nombreux que les pauvres", une "coïncidence étonnante" qui fait partie des conclusions réalisées à l'issue de ces travaux, et qui "permettent d’avoir une vision globale de la distribution des revenus dans notre pays", comme le souligne l'Observatoire. Pour autant, ce chiffre de 5 millions de personnes, s'il est percutant et facile à retenir, mérite d'être nuancé. Difficile en effet de dresser une définition ferme et définitive de la richesse.

Un choix assumé

Les équipes en charge de cette étude ont choisi de ne pas se focaliser uniquement sur les revenus, mais plutôt de s'appuyer sur le niveau de vie médian après impôts et salaires, afin de gagner en représentativité. "Ce n'est pas uniquement le salaire" qui détermine la richesse, souligne Louis Maurin, le directeur de l'Observatoire. 

Pourquoi avoir choisi de retenir comme critère de richesse le double du niveau de vie médian ? "C'est un choix", admet-t-il, "l'Insee fixe de son côté un seuil pour la pauvreté qui correspond à la moitié du niveau de vie médian, alors pourquoi pas opter pour le double afin de définir la richesse ?" Les indicateurs comme celui-ci, rappelle-t-il, "sont des constructions, des normes que l'on produit dès lors que l'on fixe une catégorie sociale"

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En clair, l'Observatoire des inégalités ne prétend pas donner une définition universelle de la richesse, et admet tout à fait que l'on puisse se baser sur des référentiels différents. Il reconnaît aussi que, "si les statistiques visent à décrire la société, elles n'ont pas le pouvoir de décrire toutes les situations individuelles au cas par cas." De fait, "elles ne permettent pas de prétendre à une vision globale de la société, mais plutôt de mieux la comprendre", insiste Louis Morin. 

Ce dernier indique des certains indicateurs ne peuvent pas être pris en compte, mais qu'il ne faut pas les oublier en lisant les chiffres. "3.500 euros à Paris, cela n'est pas pareil que 3.500 euros à Limoges", note-t-il, le coût de la vie pouvant varier de manière très nette d'une ville à l'autre. "De la même manière, une personne avec un statut de fonctionnaire n'est pas dans la même situation qu'une autre touchant le même salaire mais à son compte dans une entreprise touchée par l'épidémie de Covid-19." Tout est, à chaque fois, affaire de nuance. 

À chacun sa grille de lecture

Pour compléter cette photographie de la société, l'Observatoire des inégalités s'est aussi penché sur le patrimoine des Français. Il s'agit en effet d'un autre indicateur permettant de mesurer la richesse, et le constat dressé a été le suivant : dix millions de personnes vivent au sein de ménages qui possèdent plus du triple du patrimoine médian, soit une fortune d’au moins 490.000 euros. Là encore, des disparités s'observent et méritent d'être signalées, comme le fait que l'âge soit un critère déterminant. Un aspect dont les moyennes ne permettent pas de rendre compte.

 

L'Insee, maîtresse de la statistique en France, se situe-t-elle sur des standards similaires lorsqu'il s'agit d'évaluer la richesse ? Pas forcément. Avant toute chose, il faut préciser qu'elle n'en donne aucune définition, mais utilise tout de même quelques référentiels dans ses travaux. Les personnes considérées comme aisées, pour l'institution, se situent ainsi 1,8 fois au-dessus du niveau de vie médian. Cela correspond peu ou prou aux 10% les plus riches de la population.

Lorsque l'Insee se penche sur les Français "à très hauts revenus", en revanche, elle ne s'intéresse plus qu'au 1% le plus riche de la population. Un peu plus de 600.000 personnes dans l'Hexagone, donc, qui vivent presque pour moitié en Île de France. "Il s'agit plus fréquemment de couples sans enfant ou de ménages dont au moins un membre a plus de 60 ans", souligne l'Institut de la statistique, qui leur a consacré une publication en mai dernier

En résumé, il est toujours délicat de donner une définition stricte de la richesse. L'Observatoire des inégalités assume d'avoir fait le choix d'inclure toutes les personnes dont le niveau de vie était deux fois supérieur à celui médian, mais d'autres points de vue sont possibles sur une telle question. Lorsqu'elle s'intéresse aux très hauts revenus, l'Insee fait pour sa part le choix de se focaliser sur le 1% de Français les plus riches, ce qui ne concerne alors plus 5 millions de personnes, mais environ 650.000.

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