La France entre en récession : "plus le confinement durera, plus l’impact sera lourd"

La France entre en récession : "plus le confinement durera, plus l’impact sera lourd"
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PRÉDICTION - La Banque de France a estimé ce mercredi que le PIB avait chuté de 6% au premier trimestre, du fait du confinement. Quelles en seront les conséquences ? Notre économiste Pascal Perri apporte des éclaircissements.

Le produit intérieur brut (PIB) français a plongé d'environ 6% au premier trimestre 2020, plombé par l'épidémie de Covid-19 qui a mis une grande partie de l'économie à l'arrêt, selon une estimation publiée mercredi par la Banque de France. Il s'agit de la pire performance trimestrielle de l'économie française depuis 1945, qui vaut à la France d'être techniquement en récession. 

"Il faut remonter au deuxième trimestre 1968, marqué par les événements du mois de mai, pour retrouver une baisse trimestrielle de l'activité du même ordre de grandeur", mais quand même inférieure, détaille l'institution dans sa note de conjoncture. Le PIB avait alors chuté de 5,3%. Soit autant de mots et de chiffres qui tendent à faire peur, mais que signifient-ils réellement ? Notre économiste Pascal Perri explique.

LCI - La Banque de France a estimé mercredi 8 avril que le PIB qui mesure l'ensemble des richesses créées sur le territoire, avait chuté de 6% au premier trimestre, du fait du confinement. Quels seront les conséquences, concrètement ? 

Pascal Perri - Concrètement, si on regarde sur une année totale, quand la Banque de France assure que le PIB a chuté de 6%, cela signifie 6% de 2350 milliards d’euros, soit environ 140 milliards d’euros de manque à gagner potentiel. Cela représenterait de la valeur ajoutée que l'on n'a pas créée, avec tout ce qui est associé : les recettes fiscales et sociales en moins et probablement, en raison d’un "effet ciseau", des coûts de l'intervention de l’Etat supérieurs à ce qui était prévu dans le budget 2020. 

Quand on fait le budget d’une année, on commence par une prévision de croissance. Par exemple, si vous prévoyez 1% de croissance, ça donne 2350 milliards d’euros multipliés par 1% de croissance, et on peut alors estimer quelques recettes additionnelles, sociales, fiscales. Les conséquences sont simples : cette chute va appauvrir les agents économiques et réduire les rentrées fiscales et sociales à un moment où, au contraire, on a besoin des finances publiques pour financer la crise.  

Le PIB peut-il encore davantage chuter ?

Pascal Perri -Tout dépendra du retour à la normale, sanitaire et économique. Le recul du PIB est totalement indexé à la durée du confinement. En d’autres termes, plus le confinement durera, plus l’impact sera lourd. 

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Pascal Perri - Par rapport aux autres pays, la France a de bons amortisseurs sociaux. Elle a quand même une politique sociale plutôt confortable, à l'instar de son dispositif de chômage partiel, idoine pour couvrir les revenus des ménages. L’Etat se révèle aussi assez généreux avec les entreprises en dispensant des garanties selon le mécanisme suivant : la BCE (Banque centrale européenne) a émis de la monnaie, qu’elle a distribuée dans les banques aux guichets, les entreprises sont invitées à demander des lignes de crédit, des facilités de caisse. De fait, l’appareil économique est "maintenu en l’état", il est "sous oxygène", pour prendre une approche médicale. C'est un peu moins le cas en Allemagne où une banque de développement, KFW, établissement au départ destiné à financer la reconstruction ayant servi à financer les exportations et où l'argent est avant tout fléché vers les entreprises en difficulté. Il n'en reste pas moins que la France et l’Allemagne figurent parmi les pays les plus accommodants pour soutenir l’économie.

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Selon le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, la France traverse sa pire période de récession depuis 1945. C'est exact ?

Pascal Perri - C’est vrai. Bien sûr, il faut faire une analyse fine de la crise. Si certains secteurs sont complètement à l’arrêt comme le tourisme, le voyage, l'événementiel, le transport aérien (à seulement 5% de sa capacité de production dans l'Hexagone), d’autres activités restent moyennement impactées, comme l'industrie manufacturière et l'industrie automobile et la métallurgie. Quand d'autres secteurs comme la chimie et l’agro-alimentaire résistent mieux, continuant à répondre aux fondamentaux des consommateurs. Pas un paysage uniforme donc mais globalement, c'est épouvantable. La vraie question que soulève cette chute est la suivante : "Jusqu’à quand cela va durer ?" L'incertitude est totale, n'en déplaise aux experts qui tirent des plans sur la comète. Et personnellement, j’ai peur que cela dure plus longtemps qu’on ne le croit...

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