La France, un "village gaulois" en retard sur la 5G : cette carte qu'il faut lire avec prudence

Nos voisins ont en majorité débuté l'exploitation commerciale de la 5G.

FREINS MULTIPLES – Une carte largement relayée laisse à penser que la France est totalement en retard en matière de mise en place des réseaux télécoms 5G. Un constat globalement vrai, même si cette image est à prendre avec des pincettes. Explications.

"Oui, la France va prendre le tournant de la 5G", a lancé cette semaine Emmanuel Macron devant un parterre d'entrepreneur. Une manière pour le chef de l'Etat de manifester sa volonté de voir la France avancer sur ce dossier et de balayer d'un revers de main les demandes de moratoire formulées par des élus écologistes et de gauche.

L'empressement du président de la République va sans doute satisfaire les partisans de la 5G, qui estiment que la France a accumulé du retard par rapport à ses voisins européens, et qu'elle a désormais besoin d'accélérer sur son sol le déploiement de cette technologie. Pour illustrer ce retard, une carte circule depuis quelques jours en ligne : elle montre l'implantation de la 5G à travers le monde, représentée par une série de points. La France, vide, contraste avec ses voisins. De quoi faire dire au journaliste Laurent Bazin que nous sommes aujourd'hui un "village gaulois", particulièrement réfractaire.

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Des phases de test

La carte en question est réalisée par l'entreprise Ookla, qui se propose de répertorier l'implantation des installations 5G et de visualiser les opérateurs qui les diligentent. Si l'on s'en tient à la version de base de la carte, la France apparaît totalement vide. Néanmoins, il est nécessaire de sélectionner un filtre décoché par défaut afin d'observer de manière plus détaillée ces implantations : celui des "pre-release". Il permet d'observer en plus des équipements actifs utilisés dans un cadre commercial ceux aujourd'hui actifs mais déployés dans le cadre de tests. 

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Quelques points apparaissent alors dans l'Hexagone, ce qui n'est pas surprenant étant donné que les opérateurs communiquent depuis quelques années sur les expérimentations menées en vue d'un futur équipement à grande échelle du territoire. Il est d'ailleurs possible, grâce aux données fournies par l'Autorité nationale des fréquences, de visualiser le nombre précis d'antennes 5G aujourd'hui installées. En France métropolitaine, on en compte ainsi 473 en cette mi-septembre.

Ces éléments permettent de constater que la France n'est pas passée totalement à côté de la 5G, puisque les opérateurs se préparent activement à son arrivée. En revanche, il est certain que les autres pays européens, dans leur majorité, ont été plus rapides dans l'exploitation grand public de cette technologie, puisqu'il est aujourd'hui possible de trouver des forfaits 5G chez les opérateurs allemands, anglais ou encore suisses.

Un retard avéré

Sans se prononcer sur le fait que la 5G soit ou non une avancée, est-il correct d'affirmer que la France est en retard dans ce domaine par rapport à ses voisins ? À en croire l'Arcep, nous ne sommes aujourd'hui "pas vraiment en retard", et ce "même si certains pays ont commencé à lancer la 5G avant la France. C’est notamment le cas en Europe de l’Espagne, de l’Italie, de l’Allemagne, du Royaume-Uni et de la Suisse", précise l'autorité de régulation des télécoms.

Des observateurs se montrent plus catégoriques, y compris au sein de la classe politique. Promulguée le 1er août 2019, la "loi 5G" a tardé à se mettre en route. "Les textes d’application ont été adoptés avec deux mois de retard, et les premières décisions d’application de la loi ont été rendues près d’un an après sa publication !", s'est désolée cet été la rapporteuse du texte au Sénat, l'élue LR Catherine Procaccia. "Le gouvernement a traîné tout au long du processus", a-t-elle ajouté.

L'attribution des fréquences aux différents opérateurs constitue sans doute le symbole le plus visible du retard de la France en matière de 5G. Prévue initialement fin 2018, celle-ci aura finalement lieu à l'issue du mois de septembre. Outre la crise sanitaire vécue en ce début d'année, le processus a été repoussé notamment en raison d'un "désaccord entre le ministère des Finances et l’autorité des télécoms, l’Arcep", rappelait FrAndroid. Entre autres causes : "l’étendue exacte du spectre […] mis aux enchères et le prix plancher".

Alors que l'exploitation commerciale de la 5G a déjà débuté chez une majorité de nos voisins, la France est donc aujourd'hui effectivement en retard en Europe. Pour autant, si son déploiement est encore loin d'être comparable à celui observé à travers le continent, il convient de noter que les opérateurs ont anticipé l'arrivée de cette technologie. Ils ont procédé à l'installation de près de 500 antennes relais jusqu'à aujourd'hui, utilisées notamment dans le cadre de tests. Des installations auxquelles ne peuvent s'opposer les maires et qui devraient s'accélérer une fois que l'attribution des fréquences via un système d'enchères sera terminée.

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