La réduction des vols intérieurs demandée par Bercy et assurés par Air France ne va-t-elle concerner que 3 liaisons ?

Les liaisons supprimées seront en provenance ou vers Orly.
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À LA LOUPE – Le gouvernement estime que des trajets pouvant être réalisés en train en moins de 2h30 ne devraient pas être possibles en avion. Le député François Ruffin juge cette mesure insuffisante, ne concernant dit-il que 3 liaisons. C'est en effet le cas, toutes via Orly.

Interrogé lundi sur BFMTV, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a indiqué qu'il souhaitait à l'avenir voir Air France continuer à "innover", mais aussi "renouveler sa flotte pour qu'elle soit moins émettrice de CO2". Une volonté de préserver l'environnement qui passera également par l'interdiction de proposer des liaisons en avion lorsqu'un trajet en train est possible en moins de 2h30. 

Invité sur le même plateau ce mardi, le député La France Insoumise François Ruffin a exprimé des réserves sur cette annonce, l'estimant insuffisante car une telle mesure ne concernerait "que trois lignes sur toute la France" si elle était appliquée. "Si on veut nous faire croire que le grand changement écologique demain c'est que trois lignes intérieures d'Air France vont être supprimées, c'est du bidon", a-t-il lancé.

Des conditions très restrictives

Trois lignes, en tout et pour tout ? Pour en avoir le cœur net, il faut se pencher sur les conditions d'application d'une telle mesure. Si les arbitrages définitifs sont encore en cours - des discussions ont lieu avec Air France -, il se dessine qu'une partie des liaisons potentiellement concernées seraient préservées car conçues pour alimenter le "hub" constitué par l'aéroport Paris Charles de Gaulle.

En effet, une part importante des voyageurs sur les lignes intérieures cherche non pas à rallier Paris, mais à passer par la capitale pour prendre un autre vol et ainsi se rendre à l'étranger. Le gouvernement ne souhaite donc pas pénaliser ces voyageurs. Les "dessertes de Nantes, Lyon, Bordeaux et Rennes au départ de Roissy-CDG", soulignent Les Echos, "participent à l'alimentation du 'hub' d'Air France, avec plus de 80 % de passagers en correspondance."

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En théorie, les mesures souhaitées par le gouvernement devraient s'appliquer également aux filiales de la compagnie, notamment HOP en charge d'une partie des liaisons régionales. Ces dernières ne sont pour autant pas concernées, permettant généralement de relier des villes peu ou mal raccordées en train les unes aux autres. Un vol Bordeaux-Lyon ne serait clairement pas menacé, étant donné qu'il faut environ 6 heures pour effectuer ce trajet en train. 

À l'heure actuelle, le gouvernement n'entend pas étendre ces restrictions sur les vols intérieurs disposant d'alternatives à d'autres compagnies. Le cabinet de Bruno Le Maire explique ainsi à LCI que les engagements demandés par l'Etat à la compagnie nationale s'expliquent par les aides apportées en cette période de crise. "Nous ne disposons pas des mêmes leviers avec d'autres compagnies", nous indique-t-on à Bercy.

Aller plus loin ?

La proposition qui semble privilégiée par le gouvernement (et que défend aujourd'hui Bruno Le Maire) conduirait donc à supprimer trois liaisons. Que représentent-elles en nombre de passagers ? Il est difficile d'obtenir un chiffrage exact, ces données sensibles n'étant pas communiquées par Air France. Tout juste dispose-t-on du nombre de liaisons quotidiennes sur ces lignes : une quinzaine en cumulé, assurées par des avions de type A320 ou CRJ (avec une capacité moindre). Un nombre de vol limité, si l'on se réfère à l'activité globale du groupe Air France. 

Si François Ruffin se montre déçu par les options retenues par la majorité, c'est sans doute parce qu'il défendait une proposition susceptible de concerner un nombre bien supérieur de liaisons. "Nous proposons, comme première étape, d’interdire les vols domestiques substituables par un trajet en train, sans correspondance, lorsque l’avion ne fait pas gagner beaucoup de temps, ce que nous quantifions à la durée du vol plus 2h30", écrivait-il il y a un an sur son site. 

Étudiée en détails par Le Monde, cette mesure permettrait de réduire davantage de vol : près d'un quart des quelque 27 millions de déplacements intérieurs effectués par les airs chaque année seraient ainsi redirigés vers le rail. Une décision qui nécessiterait en parallèle une adaptation de l'offre en la matière, côté SNCF.

Si la réduction des vols intérieurs n'est pas impulsée de manière plus marquée par le législateur, il faut souligner que cette baisse des liaisons pourrait intervenir à l'initiative des compagnies elles-mêmes. Le quotidien économique La Tribune a ainsi révélé cette semaine le contenu d'un courrier interne envoyé par la direction de HOP à ses salariés. Un message qui annonce une réduction d'activité à l'avenir, entraînant une probable "réduction de la flotte, des fermetures de sites et des plans de départ qui s'étaleront du début de l'année 2021 à l'été 2023".

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