Le coronavirus à l'origine d'une montée des tensions dans les prisons

Le coronavirus à l'origine d'une montée des tensions dans les prisons
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MUTINERIES - Alors que le nouveau coronavirus se propage dans le monde, en prison ce sont les tensions qui montent, conséquence indirecte de l’épidémie. Pour éviter la propagation du virus, les visites aux parloirs ont été suspendues, ce qui provoque la colère des détenus. A cette colère s'ajoute la peur d'attraper le Covid-19.

Aix-en-Provence, Nanterre, Béziers, Draguignan, Lille, Marseille… Depuis le mardi 17 mars, des incidents ont éclaté dans plusieurs établissements pénitentiaires français. Dans la majorité des cas, une intervention des Eris (équipes régionales d'intervention et de sécurité) a été nécessaire. En cause : la suspension des parloirs pour les familles rendant visite aux détenus, dans le cadre du confinement général de la population. 

Pour limiter au maximum la propagation du virus, les prisons sont en effet elles aussi mises sous cloches. Depuis mardi, la direction de l’administration pénitentiaire (DAP) a recensé "une trentaine de mouvements collectifs" de protestation. La plupart, "24-25" selon la DAP, se sont limités à des refus de réintégrer les cellules à l'heure prévue après les promenades dans les cours des prisons. 

Ainsi dimanche 22 mars, des dizaines d'incidents se sont de nouveau produits dans plusieurs établissements. Au centre de détention d'Uzerche (Corrèze), une quarantaine de détenus ont brûlé des matelas sur le toit de la prison, a indiqué la DAP à l'AFP, précisant que ce mouvement s’apparente à "une mutinerie". Un détenu a été hospitalisé, après avoir été asphyxié. Au centre pénitentiaire de Maubeuge (Nord), des forces de l'ordre ont été la cible de projectiles par des détenus, qui ne voulaient pas rentrer.

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"Notre réponse sera ferme"

Si aucun incident n’a été signalé dans la majorité des 188 établissements pénitentiaires du pays, dans certains d'entre eux les protestations collectives se sont accompagnées de dégradations, comme samedi à Draguignan, au Mans, à Lille-Sequedin et à Béziers, où un banc en béton a été dégradé et a été utilisé comme projectile, selon une source syndicale, qui a affirmé que le personnel pénitentiaire a fait usage de fusils à pompe.

"Les meneurs ont été identifiés", et neuf d'entre eux ont été placés en garde à vue dès samedi soir, selon la DAP. Celle-ci a dit "entendre et comprendre les inquiétudes des détenus, qui rejoignent d'ailleurs celles des personnels pénitentiaires en ce qui concerne les exigences sanitaires". Pour autant, l’administration prévient : "Notre réponse sera ferme".

Outre des poursuites pénales et des sanctions disciplinaires, "les détenus qui participent à des mouvements collectifs ne bénéficieront pas des dispositifs exceptionnels" sur lesquels travaille le ministère de la Justice pour réduire la population carcérale, a insisté la DAP. Appelée depuis plusieurs jours à libérer "massivement" et en "urgence" des détenus afin d'éviter une crise sanitaire et sécuritaire dans le huis clos de la détention, la garde des Sceaux Nicole Belloubet a ouvert la voie vendredi à la libération anticipée de détenus malades et d'autres en fin de peine. 

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Ces mesures exceptionnelles sont élaborées dans le cadre de la loi sur l'état d'urgence sanitaire. La ministre a également donné instruction de ne pas mettre à exécution les courtes peines d'emprisonnement pour ne pas faire entrer de nouvelles personnes en prison. 

Lundi entreront par ailleurs en vigueur les mesures compensant la suspension des parloirs : télévision gratuite pour tous les détenus, forfait téléphonique et aide pécuniaire pour les plus démunis. La DAP souligne aussi que "la suppression des promenades n'est pas d'actualité", contrairement aux rumeurs qui circulent et qui "générèrent des mouvements d’inquiétude".

Ailleurs qu’en France, d’autres pays ont dû faire face à une flambée de violences dans les prisons, en raison de craintes de contagion de coronavirus. En Italie notamment, où les visites ont aussi été suspendues pour les détenus, la presse évoquait la semaine dernière au moins sept morts dans des mutineries. En Colombie samedi soir, une violente révolte dans une prison de Bogota a fait 23 morts et 90 blessés, dont sept gardiens.

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