Dans l'Aisne, des habitants et des éleveurs se disent victimes du "syndrome éolien"

Dans l'Aisne, des habitants et des éleveurs se disent victimes du "syndrome éolien"
Population

REPORTAGE – Dans de nombreux territoires, les éoliennes font désormais partie du paysage. Mais le déploiement de ces machines suscite aussi des inquiétudes, notamment au sujet de leurs effets pour la santé. C'est le cas dans l'Aisne.

Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), la France pourrait tirer la totalité de son électricité de ressources renouvelables à l’horizon 2050, notamment par le bais des éoliennes. Mais reste un blocage de taille : les populations, pas toujours prêtes à accepter l'installation d'une turbine à proximité de leur domicile. Dans les Hauts-de-France, on en compte plus de  2.000, soit le plus grand parc éolien de l’Hexagone, dont plus d’un quart rien que dans le département de l’Aisne. De quoi susciter le mécontentement d’une partie de la population.

Dans la commune de Marle (Aisne), où les éoliennes fleurissent dans les champs depuis plusieurs années, des habitants sont vent debout. Depuis l'installation de ces turbines, rien ne va plus : "Les téléphones ne passent pas. La télévision, c’est le b...", témoigne un riverain rencontré par TF1. "Ce n’est pas joli pour notre paysage. Et on se demande s’il n’y a pas un problème pour la santé", s’interroge un autre habitant. "Les cultivateurs qui habitent à côté disent qu’ils ont des maux de tête. C’est quand même inquiétant", pointe encore une résidente.

Stress, fatigue...

Dans cette commune d'un peu plus de 2.000 âmes, depuis quelques années, tout le monde parle de ce fameux "syndrome éolien". Il ne s’agit pas d’une maladie reconnue, mais d’une impression de mal-être. "Certains jours, je me mettrais la tête dans les murs. C’est infernal", fulmine un habitant venu consulter le médecin de la commune. Stress, fatigue, irritabilité, vertiges, acouphènes. Les symptômes perçus par la population sont nombreux. En 2017, dans un rapport, l’Académie de médecine en répertoriait plus de 150 potentiellement liés au fonctionnement de ces machines

Pour le Dr Bernardeau, le médecin de Marle, il n'y a aucun doute : les éoliennes en sont bien la cause.Selon ce praticien, elles émettraient des infrasons. Autrement dit, des sons qui ne sont pas entendus par l’oreille humaine mais qui perturbent néanmoins l’organisme. "Quand l’hélice tourne, cela produit une pression d’air sur le mât. Et avec le vent, cela envoie une onde à 380 mètres par seconde. Des tests ont été réalisés en Finlande. On ressent les infrasons à 30 kilomètres à la ronde", souligne le médecin, dont l’épouse préside l’association SOS danger éolien dans l’Aisne.

Des retombées économiques importantes

Cette opposante convaincue milite depuis plus de dix ans pour une étude scientifique sérieuse. "Des études sérieuses ont été effectuées dans le monde entier. Elles montrent que les infrasons des éoliennes sont dangereux pour la santé. Et nous, en France, il n’y a pas d’études", lance Valérie Bernardeau. Pourquoi, s'interroge-t-elle ? "Parce que cela rapporte de l’argent !", assène la présidente de l'association SOS danger éolien. Les parcs éoliens rapportent en effet sur les territoires où ils sont implantés. La région Auvergne-Rhône-Alpes, qui envisage de quintupler sa production d'électricité d'ici à la fin 2030, a estimé que cela pourrait créer 1.600 emplois, 75 millions d’euros de retombées fiscales et pas moins de 190 millions de richesses sur tout le territoire.

Quant à la question de l'impact sanitaire, le débat n'est en fait pas aussi tranché que ce qu'affirme Valérie Bernardeau :  une bonne partie de la communauté scientifique s’accorde aujourd'hui à dire que les niveaux d’infrasons émis par les éoliennes seraient inoffensifs pour la santé humaine. La plus grande enquête sur le sujet, menée en 2013 par l’organisation canadienne Community Noise and Health Survey, conclut qu’un a priori négatif des riverains pourrait expliquer l'apparition de ces symptômes. Une sorte d’effet nocebo, le contraire de l'effet placebo. La semaine dernière, les résultats d'une étude finlandaise longue de deux ans, commandée par le gouvernement local, ont conclu à la non dangerosité de ces infrasons pour la santé.

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Éoliennes : pour ou contre ?

De son côté, dans le petit village d’Autremencourt, toujours dans l'Aisne, Virginie voit les éoliennes depuis son jardin, à quelques dizaines de mètres. Elle a racheté un château en ruines, il y a quelques années. Et elle refuse ces machines qui, à l’entendre, sont comparables à un site industriel. "Je suis venue vivre à la campagne, avec ses inconvénients, mais aussi ses avantages. Le calme, les oiseaux qui chantent, une sorte de sérénité. Ici, c’était un paradis avant", clame-t-elle. 

Pour rappel, en 2006, l’Académie nationale de médecine avait réclamé à ce que les parcs éoliens soient classés en "zone industrielle", comparant leur impact sonore à celui des usines. Au Danemark ou encore au Royaume-Uni, la distance réglementaire séparant les turbines des premières habitations doit être quatre fois supérieure à la hauteur du mât, souligne l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Aux États-Unis, elle doit être au minimum de deux kilomètres. "Avec sa règle des 500 mètres, la France a établi l'une des distances les plus faibles du monde", soulignait il y a quelques mois auprès de LCI Laurent Fauroux, le vice-président de l’association des Moulins à vent du Sancerrois, qui s'oppose à deux projets de parc éolien dans sa région.

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Au-delà de la santé humaine et de la pollution visuelle ou sonore, vient aussi se greffer le problème agricole. Toujours dans l'Aisne, cinq éoliennes ont été installées en avril dernier près de la ferme de Philippe Marchandier. Ce dernier rapporte à TF1 qu’un taureau a perdu son pelage depuis, mais sans pouvoir en donner une explication. Il a également constaté une baisse de la production de lait et une surmortalité du bétail. "Quand le vent va dans le Nord et que les ondes des éoliennes rentrent dans le bâtiment, je perds 200 litres de lait sur deux jours. Et quand le vent va au Sud, ça remonte de 200 litres", dit-il.  Un cas similaire a été rapporté dans une ferme à Puceul (Loire-Atlantique). Les expertises se succèdent sans rien trouver, pour l’instant.

Plus globalement, si de nombreuses voix s’élèvent un peu partout en France pour réclamer plus de transparence sur les effets des éoliennes, les promoteurs de ces machines ainsi que de nombreux maires accusent quant à eux les opposants de paranoïa, voire de désinformation. 

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