Le journaliste militant Taha Bouhafs a porté plainte contre un policier pour violences volontaires

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A LA LOUPE - Le journaliste militant Taha Bouhafs a été interpellé mardi 11 juin dans le cadre d'un reportage. Il est convoqué par la justice pour des faits d'outrage et rébellion. De son côté, il a porté plainte pour violences volontaires commises par personnes dépositaires de l'autorité publique. Son avocat indique à LCI qu'il entend également effectuer un signalement à l'IGPN .

Il a été interpellé le mardi 11 juin, à Alfortville (Val-de-Marne). Ce jour-là, le journaliste militant Taha Bouhafs couvre, pour le média indépendant "Là-bas si j'y suis", la mobilisation de travailleurs sans-papiers de Chronopost. Dans une vidéo mise en ligne par le militant et porte-parole Jeunesse de La France Insoumise, David Guiraud, il raconte la suite des événements.


"J'étais en train de prendre des témoignages de travailleurs et travailleuses et à un moment donné, ce qui me semblait être un responsable du site a commencé à enlever les drapeaux syndicaux du grillage et du portail, explique-t-il. Les salariés essayaient de l'en empêcher, il y a eu une petite scène où ça a un peu chauffé, du coup j'ai sorti mon téléphone et j'ai filmé. A ce moment-là, des policiers ont tenté de m'empêcher de filmer et m'ont poussé progressivement vers la route." 


Dans la suite de ce témoignage face caméra, il assure que des policiers ont commis des violences à son encontre : "Il y en a un qui a commencé à me mettre un coup et j'ai été interpellé très violemment. Il y en a un qui a tiré mon épaule, j'ai hurlé de douleur j'ai dit 'mon épaule, mon épaule, tu vas la déboîter!'. Il a tiré, pour moi c'est assez clair qu'il l'a fait délibérément. Il m'a déboîté l'épaule, ensuite ils m'ont menotté, ils m'ont emmené dans la voiture et quand on a commencé à avancer un peu, un autre policier est venu, il m'a tabassé au visage, il m'a mis plusieurs coups de poings." 

Luxation de l'épaule

Une autre vidéo, elle aussi mise en ligne par le militant David Guiraud, montre l'interpellation en question. Largement floutée, elle ne permet pas de distinguer les gestes des policiers. En revanche, on peut y entendre Taha Bouhafs se plaindre d'avoir mal à l'épaule. "Je dois voir un médecin, ils m'ont déboîté l'épaule" dit-il, menotté. 

Alors quelles sont les suites qui seront données à cette affaire ? Contacté par LCI, Taha Bouhafs confirme avoir écopé, suite à la garde à vue, "d'une ITT de dix jours et de trois semaines d'arrêt". Surtout, il déplore la confiscation de son smartphone par les forces de l'ordre. "Il a été mis sous scellé et envoyé au parquet. C'était mon outil de travail" ajoute-t-il.


"C'est inédit!" s'offusque son avocat, Arié Alimi, auprès de LCI. "Retirer son téléphone portable à un journaliste après une interpellation, c'est du jamais-vu." Taha Bouhafs renchérit : "c'est ça le plus grave, franchement." D'après nos informations, une plainte a été déposée auprès du procureur de Créteil pour "violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique". "Notre priorité, poursuit l'avocat, c'est de récupérer le téléphone pour pouvoir visualiser les images de l'interpellation et la diffuser. Nous allons également faire un signalement à l'IGPN pour faire avancer le dossier plus rapidement. Si, au moment du procès de mon client, en 2020, la plainte contre le policier n'a pas été instruite, alors nous procéderons à une citation directe à son encontre." 

Un jugement le 25 février 2020

De son côté, Taha Bouhafs a reçu une convocation pour être jugé le 25 février 2020 à Créteil pour "outrage et rébellion sur une personnes dépositaire de l'autorité publique". D'après son avocat, il ne reconnaît pas, toutefois, avoir insulté le policier en question lors de son interpellation. "Il reconnaît avoir réagi verbalement face à un policier en civil et donc non identifiable, qui l'a poussé."


Pour le jeune homme, la raison de cette arrestation est très simple : "C'était clairement pour m'empêcher de faire mon reportage." Le communiqué de presse diffusé par le média "Là-bas si j'y suis" va plus loin. Taha Bouhafs est en effet l'auteur de la fameuse vidéo de la Contrescarpe du 1er mai, où l'on voit Alexandre Benalla se livrer à des violences sur des manifestants. "Son rôle dans l'affaire Benalla et la répétition de ces intimidations policières nous font nous demander s'il n'est particulièrement ciblé" sous-entend le média indépendant. 

Le parquet de Créteil, sollicité dans le cadre de cet article, n'a pas donné suite. 

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