Le Sida est-il vaincu ? Cinq questions que pose le 2e cas de rémission du VIH

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ECLAIRAGE - L'annonce d'un deuxième cas mondial de rémission chez un patient atteint par le VIH après l'arrêt de son traitement, et probablement guéri même s'il est encore trop tôt pour l'affirmer, interroge à plusieurs titres. La méthode utilisée dans ce cas peut-elle notamment être généralisée ?

Il est désormais connu comme le "patient de Londres". Un homme séropositif connaît une rémission durable après avoir interrompu son traitement. Il n'a plus montré d'atteinte par le VIH depuis près de 19 mois. C'est le résultat d'une étude, rendue publique ce mardi, qui s'est penchée sur le cas de ce patient anonyme, en Grande-Bretagne, diagnostiqué comme atteint du VIH en 2003 et qui a suivi une thérapie antirétrovirale depuis 2012. 

Alors que près d'un million de personnes meurent encore chaque année d'affections liées au VIH, et qu'une nouvelle forme de VIH résistante aux médicaments représente une préoccupation grandissante, cette annonce suscite plusieurs interrogations.

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Comme expliquer ce cas de rémission ?

Ces deux cas mondiaux de rémission durable ont subi des transplantations de moelle osseuse pour traiter des cancers du sang, en recevant des cellules souche de donneurs ayant une mutation génétique présente chez seulement 1% de la population mondiale. Cette mutation génétique empêche le VIH de s'installer. 

 Dans le détail, alors que le VIH-1 utilise la plupart du temps un gène baptisé "CCR5" comme récepteur, la mutation de ce gène  empêche le virus de pénétrer dans les cellules ce qui rend les porteurs de cette mutation résistantes au virus du sida. C'est le remplacement des cellules immunes par celles qui n'ont pas le récepteur CCR5 qui apparaît être clé pour prévenir la réapparition du VIH après le traitement.  

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La méthode utilisée peut-elle être généralisée ?

Non. Le professeur Ravindra Gupta et son équipe soulignent que la transplantation de moelle osseuse, une procédure dangereuse et douloureuse, n'est pas une option viable pour le traitement du VIH. Elle nécessiterait entre autres de trouver des donneurs parfaitement compatibles dans la minuscule proportion de personnes – d'origine nord-européenne pour la plupart – qui présentent la mutation CCR5.

Mais ce deuxième cas de rémission et probable guérison à la suite d'une telle transplantation va aider les scientifiques à réduire le nombre de stratégies de traitement. 

D'autres cas de rémission ont-ils déjà été observés ?

"Le patient de Berlin" est le premier, et jusqu'à aujourd'hui, le seul à être considéré comme guéri. Il a bénéficié d'une approche similaire. Testé séropositif en 1995 alors qu'il était étudiant à Berlin l'homme aujourd'hui âgé de 47 ans, n'a plus montré de signe d'infection après 2007. 

Depuis d'autres cas rares de rémission sans traitement à vie ont fait parler d'eux. En juillet 2017, des chercheurs annonçaient notamment qu'un fillette sud-africaine, née séropositive, vivait depuis presque neuf ans en bonne santé sans médicaments. Les traitements antirétroviraux qui lui étaient administrés depuis sa naissance avaient été délibérément stoppés lorsqu'elle a eu dix mois dans le cadre d’une étude pionnière du genre, alors que la présence du virus avait été réduite à un niveau indétectable. 

Deux ans plus tôt, c'est le cas d'une jeune Française née en 1996 et contaminée à la fin de la grossesse de sa mère ou au moment de son accouchement qui interpellait la communauté scientifique. Alors qu'elle était traitée avec un mélange de quatre puis trois médicaments, jusqu'à ses 5 ans et demi, la jeune patiente a été perdue de vue par les médecins et a arrêté de prendre son traitement. Un an plus tard, l'équipe a constaté avec surprise que, malgré cet arrêt, le virus du sida n'était plus détectable dans son sang, bien que toujours présent dans ses cellules. 

Pourquoi ne peut-on pas parler de guérison ?

Ces cas de rémission attribués à des enfants infectés par le virus à la naissance sont appelés "rémission fonctionnelle" et se trouvent être l'une des principales pistes de recherche dans la lutte contre le sida. Si le virus s'en trouve affaibli au point qu'il ne peut ni se multiplier ni se transmettre à une autre personne, même en l'absence de traitement, il ne s'agit pas  pour autant d'une guérison, car le VIH est toujours présent dans l'organisme. "Une rechute est toujours possible, comme dans toute rémission. (Mais) le fait que cette rémission se soit étendue sur une si longue période laisse penser qu’elle peut être durable", explique le docteur Avy Violari, de l’université de Witwatersrand à Johannesburg au sujet de la fillette sud-africaine. 

Dans le cas de la rémission du "patient de Berlin" qui dure depuis douze ans,  la charge virale est devenue indétectable "au bout de 600 jours. "Son taux d'anticorps a baissé à un niveau témoignant de la disparition du virus", rappelle Le Monde. Pour ce qui concerne le "patient de Londres", qui n'a pas montré de signes du VIH depuis près de 19 mois, "il est trop tôt pour dire qu'il est guéri", prévient le chercheur Ravindra Gupta. Mais "ce deuxième cas renforce l'idée qu'une guérison est possible", a déclaré à l'AFP Sharon R Lewin, directrice de l'Institut Doherty et professeure à l'Université de Melbourne.

Quel est le traitement habituel du VIH ?

Des millions de personnes infectées par le VIH à travers le monde contrôlent cette maladie à l'aide d'une thérapie antirétrovirale (ARV), mais ce traitement ne débarrasse pas les patients du virus. "En ce moment, la seule façon pour traiter le VIH est par l'administration de médicaments qui contiennent le virus et que les gens doivent prendre toute leur vie", a souligné Ravindra Gupta. "Cela représente un défi particulier dans les pays en voie de développement", où des millions de personnes n'ont pas accès à un traitement adéquat, a-t-il ajouté.

Pour rappel, près de 37 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde, mais seules 59% d'entre elles bénéficient d'ARV. 

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