Le bio français, un succès fou... au risque de perdre son âme ?

Le bio français, un succès fou... au risque de perdre son âme ?
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ALIMENTATION - L'an dernier, les Français ont consommé pour plus de 11 milliards d’euros de produits "bio". Un chiffre en hausse de 13,4%, dont la grande distribution s'accapare une part du gâteau de plus en plus importante. Au point de lui faire perdre son caractère originel ?

Année après année, l’appétit des Français pour le "bio" ne cesse de croître. En 2019, les consommateurs ont mis dans leur panier de courses pour 11,3 milliards d’euros de produits estampillés du logo à la fleur blanche sur fond vert. "On se dit que c’est meilleur pour la santé. Et même si c’est un peu plus cher, on sélectionne nos produits pour essayer de manger mieux et en moins grande quantité", explique une consommatrice. Comme elle, 3 Français sur 4 achètent "bio" régulièrement de nos jours, indique l'Agence Bio, l’organisme public chargé de suivre l'évolution du marché en France, dont le rapport annuel vient de paraître ce jeudi.

Une boulimie pour les produits "bio" dont la grande distribution continue de grappiller de nouvelles parts du gâteau : elle totalise aujourd'hui 55% de ses ventes, après une progression de 18% l'an dernier. "En grande surface, les prix sont plus attractifs et il y a un large panel de choix", explique ce consommateur, nouvellement converti. Même si l’indéboulonnable œuf conserve son statut de produit "bio" le plus consommé, l’organisme public relève une présence accrue des produits transformés. Les surgelés, en particulier les pizzas et les glaces, mais aussi les sodas et les eaux aromatisées, la bière, les fromages industriels ou encore les céréales du petit déjeuner.

La filière "bio" espagnole pointée du doigt

Autre constat, la majorité des fruits et légumes estampillés "bio" sont importés, dont un tiers hors des frontières de l’Union européenne. "Notre rôle est de fournir au consommateur ce qu’il attend de nous. Ce qui nous oblige à travailler avec d’autres pays, comme le Maroc ou l’Espagne", admet Benoit Soury, directeur des marchés bio pour Carrefour. Quitte à s'éloigner des préceptes édictées par les pères fondateurs de l'agriculture biologique.  

En Espagne, des milliers d’hectares de vergers labellisés "bio" produisent tout au long de l’année dans des serres parfois chauffées. Une production intensive essentiellement tournée vers l’exportation qui permet de proposer des prix ultras compétitifs. Mais ce modèle agricole est bien loin de celui qu’imaginaient les pionniers du bio. "On veut travailler consciencieusement (...) et fournir aux gens de bons produits", résumait l’un d’eux en 1991 au micro de TF1.

8% de consommateurs en plus en l'espace de 2 mois

Avec ce changement de paradigme, le "bio" n'est-il pas en train de perdre son âme ? Pour Philippe Henry, agriculteur en Meurthe-et-Moselle et président de l'Agence bio, cette évolution est plutôt bénéfique. "La grande distribution a tout à fait sa place, mais il faut un équilibre entre elle, les magasins spécialisés et tout ce qui est vente directe", plaide-t-il. De fait, même si les prix des produits "bio" restent élevés, y compris dans les grandes surfaces, cette évolution participe à sa démocratisation, dit-il.

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Un bond de 60% au début du confinement

Une tendance qui a d’ailleurs connu un "petit coup d’accélérateur" durant la période de confinement, avec "8% de consommateurs en plus en l'espace de deux mois", comme le souligne l’Agence Bio dans son rapport annuel. De fait, les ventes de produits bio ont bondi de 60% mi-mars, d'après les chiffres de l'institut Nielsen, avant de retomber à une croissance comprise entre 15% et 20% en mai, puis à de près de 10% en juin, un niveau inférieur à celui d’avant la pandémie.

47.000 fermes bio en France fin 2019

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En parallèle, afin de répondre à cette demande galopante, les surfaces agricoles cultivées en "bio" ont poursuivi leur progression, atteignant 2,3 millions d'hectares (+ 300.000 hectares). On comptait ainsi un peu plus de 47.000 fermes bio en France fin 2019. Au total, les surfaces cultivées en "bio" représentaient début 2020  quelque 8,5% de la surface agricole utile (SAU).

Il sera cependant difficile d'atteindre les 15% d'ici à 2022, l'objectif fixé par le gouvernement pour la fin du quinquennat. "Il faudrait quasiment doubler les conversions dans les deux prochaines années", reconnaît Philippe Henry. Il n'empêche, grâce à cette nette progression, la France a rattrapé son retard sur l'Allemagne et occupe désormais la place de leader européen à ses côtés.

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