Les agriculteurs gagnent-ils seulement 500 euros par mois ?

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À LA LOUPE – Les revenus des agriculteurs "sont en moyenne de 500 euros par mois", à déploré la députée LR Valérie Beauvais dans une intervention à l'Assemblée. Ces niveaux de rémunérations, bien inférieurs au Smic, sont-ils vraiment la norme dans le secteur agricole ?

Lors des questions au gouvernement, le 15 octobre, la députée Les Républicains Valérie Beauvais s'est adressée au ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume. L'élue marnaise a critiqué la loi Agriculture et Alimentation adoptée il y a un an au Parlement, et a tenu à partager à ses confrères et consœurs la situation des agriculteurs. 

Ces derniers "se désespèrent", a-t-elle lancé, "leurs revenus sont en moyenne de 500 euros par mois".

500 euros, soit 6.000 euros par an, cela ne correspond qu'à 41,5% du Smic. Au sein de la profession, "les jeunes sont endettés et les plus âgés sont désespérés par le montant de leur faible pension", a ajouté Valérie Beauvais. 

Des revenus faibles, mais pas autant qu'annoncé

Lorsque l'on cherche des informations sur les revenus des agriculteurs, de multiples données se mêlent, souvent très différentes les unes des autres. Le RCAI est souvent mis en avant : il s'agit du Revenu courant avant impôts (RCAI), un indicateur potentiellement trompeur car il faut lui soustraire les cotisations sociales à payer. En 2018, ce RCAI s'élevait, pour les agriculteurs non-salariés des moyennes et grandes exploitations, à 2.530 euros par mois. 

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Pour disposer du revenu mensuel net, LCI s'est tourné vers l'Insee, qui présente des sommes bien inférieures. Les dernières études portent sur l'année 2016, les résultats plus récents n'étant pas encore consolidés. Il en ressort que le montant est de 1.110 euros. Il s'agit d'une somme moyenne pour les non-salariés au régime réel, c’est-à-dire un régime fiscal appliqué lorsque les recettes annuelles dépassent 82.800 euros. 331.000 personnes sont concernées, soit environ 80% des agriculteurs. 

Pour les 20% restants, soumis à un régime fiscale différent (proche de celui des micro entreprises), les revenus mensuels moyens sont beaucoup plus faibles, et proches des chiffres annoncés par la députée LR : 450 euros (pour 2016, là encore). Une somme inférieure à celle du RSA, qui est aujourd'hui fixé à 559 euros.

Il convient d'apporter quelques précisions à ces chiffres : tout d'abord, ils portent sur 2016, année qui fut particulièrement mauvaise dans le secteur agricole, en raison notamment des contraintes météorologiques. Le ministère de l'Agriculture qualifie cette année de "très particulière". Les prévisions pour 2017 montraient une amélioration notable, de plus ou moins 10%, même si les données définitives ne sont pas encore publiées. Enfin, notons que l'Insee fournit des revenus dont il faudrait soustraire un petit pourcentage, correspondant à la CSG et à la CRDS. L'incidence sur les chiffres présentés reste néanmoins très légère. 

De multiples disparités

Se concentrer sur des moyennes permet de donner un ordre d'idée, mais pas d'entrer dans le détail. C'est ce que fait la Mutualité sociale agricole, dans un document de 2017 relatif à la situation des agriculteurs l'année précédente. On apprend que "près de 20% des exploitants seraient en déficit en 2016" parmi ceux (majoritaires) au régime réel, mais aussi qu'ils seraient 30% à toucher moins de 350 par mois". Cela représente environ 110.000 personnes. 

D'autres écarts de revenus apparaissent en fonction des types d'activités. Les 2.490 euros gagnés en moyenne par les viticulteurs contrastent avec les 570 euros des producteurs d'ovins, caprins, équidés ou autres animaux. Une somme qui s'approche également de celle avancée par Valérie Beauvais à l'Assemblée, et à laquelle elle faisait peut-être référence. Contactée par LCI, la députée n'a pas encore répondu à nos sollicitations. 

La dernière disparité notable s'exprime à travers des données géographiques. La MSA constate en effet que les plus faibles revenus ont été enregistrés "dans les régions sud-ouest (MSA Sud Aquitaine et Midi-Pyrénées Sud), le centre (MSA Berry Touraine et Beauce Cœur de Loire) et la Mayenne Orne Sarthe".

Quels que soient les indicateurs retenus (et même s'ils dépassent le plus souvent 500 euros mensuels), les revenus des agriculteurs français restent très faibles. Il flirtent bien souvent avec le seuil de pauvreté (867 euros) et semblent dérisoires dès lors qu'on les rapporte au nombre d'heures travaillées. Sans les dispositifs d'aides tels que ceux prévus par la PAC, les montants seraient d'ailleurs encore plus faibles. Si l'on en croit les propos du député européen Michel Dantin (PPE) l'an passé dans Le Monde, les aides PAC "représentent 47 % du revenu des agriculteurs français en moyenne". Une observation qui symbolise la fragilité du secteur agricole et sa difficulté à atteindre des seuils de rentabilité.

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