Les billets gratuits des cheminots coûtent-ils réellement 220 millions d'euros à la SNCF ?

Les billets gratuits des cheminots coûtent-ils réellement 220 millions d'euros à la SNCF ?

AVANTAGES - Les cheminots et leur famille bénéficient de billets gratuits sur le réseau ferroviaire. Un avantage qui a un coût pour la SNCF : la Cour des Comptes a réévalué le manque à gagner à 220 millions d'euros, soit plus de deux fois sa précédente estimation. Explications.

Le dernier rapport de la Cour des Comptes sur la gestion des ressources humaines à la SNCF a fait grand bruit, notamment en ce qui concerne un avantage vieux de plus de 75 ans : la gratuité des billets de train pour les cheminots et leurs familles. Zohra Bitan, une des figures des Grandes Gueules sur RMC, a fustigé ce droit sur Twitter ironisant "on se demande pourquoi c'est toujours complet !". Son tweet enregistre ce 25 novembre plus de 2500 likes.

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D'autres considèrent surtout qu'il s'agit d'un "privilège devenu exorbitant". La Cour des Comptes estime que le manque à gagner est d'au moins 220 millions. L'institution analyse régulièrement cet avantage. Dans un précédent rapport datant de 2014, elle évaluait cette perte entre 50 et 100 millions d'euros, soit plus de deux fois moins. A l'époque, la SNCF estimait même que le coût était encore moindre : 21 millions d'euros. Alors qui dit vrai ?

Revenons tout d'abord sur ces "billets gratuits". "Cette gratuité est sans limite pour les agents actifs et retraités, réserve faite de restrictions d’usage durant quelques périodes de forte affluence", précise la Cour des Comptes. Les conjoint et enfants - jusqu'à un certain âge - du cheminot ont également droit "au-delà d’un quota annuel de voyages gratuits (...) à une réduction permanente de 90 % sur le prix des billets." Ses ascendants et ceux de son conjoint (parents et grands-parents) bénéficient quant à eux de quatre voyages annuels gratuits.

Pour la Cour des Comptes, le manque à gagner correspond à "la différence entre les contributions actuellement payées par les bénéficiaires des facilités et ce qu’ils payeraient s’ils étaient assujettis aux tarifs commerciaux applicables aux voyageurs 'normaux', en tenant compte de la diminution corrélative du nombre de leurs voyages en train." 

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En 2014, elle considérait qu'il s'élevait entre 50 et 100 millions d'euros (pour des données de l'année 2010). Dans un rapport publié le 18 novembre dernier, elle a donc réévalué son estimation à 220 millions d'euros (pour l'année 2017). Pourtant, le nombre de bénéficiaires - 1,3 millions - n'a augmenté que de 20 % par rapport à 2011. Comment expliquer cette différence ? 

"Le contrôle de la Cour en 2019 a eu la possibilité d’effectuer un travail beaucoup plus approfondi, s’appuyant sur un décompte des voyages identifiés dans les données SNCF comme réalisés par les personnels SNCF", nous répond la Cour des Comptes. Comme dans son dernier rapport, l'organisme a multiplié ce nombre de voyages par le prix moyen payé par les autres voyageurs. Les données disponibles ont donc été affinées.

La SNCF, de son côté, réfute le mode de calcul. Selon l'entreprise, le manque à gagner est "limité à l’effet d’éviction sur les trains à réservation obligatoire complets, c'est-à-dire le prix total des places qui n’ont pu être vendues à des clients parce que réservées par des personnels de la SNCF ou leurs ayants droit". Avec cette méthode, il chute à 21 millions en 2010. La SNCF nous a indiqué "ne pas avoir de chiffres communicables" plus récents mais reconnaît qu'avec la hausse des bénéficiaire, le manque à gagner a dû évoluer. Elle refuse cependant de rentrer, une fois de plus, "dans une bataille de chiffres".

"Certes, c'est une pratique qui a un coût, nous indique-t-on, mais on retrouve ce type d'avantages dans de nombreuses sociétés. des banques proposent à leurs salariés des taux d'intérêt préférentiels pour leurs salariés, les sociétés de gaz et d'électricité offre aussi de nombreuses réductions". EDF propose en effet plus de 90 % de remise sur le prix de l’électricité à ses agents en activité et retraités.

Si la Cour des Comptes ne remet pas en cause ces avantages, elle préconise à la SNCF de limiter la liste des bénéficiaires. "Dans la plupart des entreprises, seuls les salariés en activité et leur famille (conjoint, enfants) sont concernés par ce type d’avantages en nature, souligne la Cour des Comptes. Cette différence de périmètre est très importante puisque les agents en activité et les ayants droit immédiats (conjoints, enfants) ne représentent que 467 733 bénéficiaires sur le total de 1 325 098 (soit seulement 35 %). "

MAJ le 26/11 à 13h50

Une erreur s’était glissée dans notre article : la réduction permanente de 90% ne concerne que les conjoints et enfants. Les ascendants bénéficient de quatre voyages gratuits par an.

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