Les étudiants de l'université de Rennes vont-ils vraiment passer leurs examens télésurveillés et "scrutés par une webcam" ?

Seule une centaine d'étudiants sera concernée par ce nouveau dispositif.
Population

À LA LOUPE – L'université Rennes 1 prévoit la mise en place d'un dispositif de télésurveillance. Il ne concerne toutefois qu'une centaine d'étudiants et quelques épreuves, via un prestataire spécialisé qui respecte le règlement général sur la protection des données (RGPD). Explications.

"Ça nous semble dangereux mentalement et moralement. Le fait d’être scruté par sa webcam, d’avoir un logiciel qui nous surveille... Ça rajoute du stress à une situation déjà très stressante. C'est une aberration." Pour Malo, étudiant en droit à Rennes interrogé par France Bleu, la mise en place d'un système de télésurveillance pour les examens ne passe pas. La station de radio a pourtant indiqué que l'université Rennes 1 allait y avoir recours en ce fin d'année scolaire.

"Il faut absolument que les épreuves nous permettent de bien vérifier que l'étudiant a acquis les connaissances et les compétences qu'il doit acquérir", a confié une responsable pédagogique. "Nous avons identifié les quelques matières qui ne pouvaient pas être transformées sans dégrader la qualité de l'évaluation et on fait appel à une entreprise qui fait de la télésurveillance."

Comment vont se passer les examens en pratique ? Quelles garanties pour les élèves en matière de sécurité ? Quid des étudiants dépourvu d'ordinateur ? Les questions se sont multipliées depuis ces annonces, avec à la clef quelques approximations et incompréhensions. Sollicitée, l'université précise entre autres que seule une centaine d'étudiants devraient in fine être concernés.

Un "petit panel" et des solutions alternatives

À LCI, les représentants de Rennes 1 admettent que "quelques précisions sont nécessaires". En effet, il ne faudrait pas imaginer que l'intégralité des examens seront menés de la sorte. "Nous avons adapté les modalités de contrôle des connaissances, mais la très grande majorité des examens seront constitués d'évaluation écrites non télésurveillées, que ce soit avec des questionnaires, des oraux en classe virtuelle ou des documents écrits rendus aux enseignants", nous précise-t-on. 

Lire aussi

En définitive, seules 5 à 10 épreuves sur des centaines devraient être concernées. "Une centaine d'étudiants environ", note l'université. En quoi consiste la télésurveillance ? Plusieurs options sont possibles. Les établissements font appel à des prestataires spécialisés, qui mettent en place diverses méthodes pour éviter les cas de triche ou de fraude. Outre l'accueil sur leurs serveurs des examens en ligne, ces entreprises proposent de comparer les réponses fournies pour éviter les échanges d'informations, mais peuvent aller jusqu'à filmer les épreuves via une webcam, sous le contrôle d'un surveillant à distance.

"Nous allons, de notre côté seulement, avoir recours à ce qu'on pourrait qualifier de service de base", précise-t-on à Rennes 1, "nous n'allons pas filmer les examens, mais utiliser le système de photos aléatoires, capturées via webcam." En pratique, durant la durée de l'examen, les étudiants pourront être pris en photo de façon aléatoire via la caméra de leur ordinateur. Les clichés, réalisés à divers moments, seront ensuite comparés afin d'éviter qu'une personne se substitue au candidat en cours d'épreuve, ou que son environnement change de façon manifeste, pouvant laisser suspecter un cas de triche.

L'université explique s'inspirer d'autres établissements où des dispositifs similaires ont été expérimentés. "Quoi qu'il en soit, les étudiants ont été consultés, notamment lors des discussions au sein de la commission de la formation et de la vie universitaire." La réticence des certains a d'ailleurs conduit à ce que l'usage de ces dispositifs soit restreint, et ne concerne qu'un nombre limité d'épreuves. 

En conformité avec le RGPD

Contrairement aux informations qui ont pu circuler, le choix du prestataire n'est pour l'heure pas encore définitif. L'université a fait son choix, mais les contrats sont encore en cours de finalisation. "Rien n'est pour l'instant signé", souligne ainsi Patrick Topsacalian, dirigeant de l'entreprise Managexam vers laquelle souhaite se tourner l'établissement breton. 

"Cela fonctionne toujours sur la base du volontariat", indique-t-il à LCI. "On ne peut pas l'imposer et il faut notamment s'assurer que l'étudiant dispose du bon matériel. En plus, le système est gourmand, il demande une bonne connexion, ce n'est n'est pas si évident." Informer, à ses yeux, se révèle essentiel : "Je comprends qu'un étudiant puisse trouver ça intrusif, et nous fournissons avant tout examen un document de 8 pages qui détaille les modalités de fonctionnement". Sans l'approbation de celui ou celle qui doit plancher, impossible donc de poursuivre.

Lire aussi

Patrick Topsacalian apporte également des précisions au sujet de la sécurité des données. "On fournit à toutes les universités l'ensemble des informations, on leur envoie des détails sur notre système, ainsi que sur les sous-traitants." Une manière de contrôler au maximum la circulation des données. Ces dernières "sont bien sûr codées, et tout est fait pour limiter autant que possible les risques d'attaques extérieures qui pourraient survenir". L'entreprise souligne enfin qu'elle montre patte blanche auprès des autorités, afin notamment de veiller à ce que les solutions techniques qu'elles met en place soient conformes avec le règlement général sur la protection des données (RGPD).

Des solutions alternatives

Outre la sécurité, cette expérimentation pose la question d'une rupture d'égalité entre les étudiants, certains pouvant être pénalisés faut de matériel adéquat ou de connexion internet suffisamment performante. Une problématique que n'a pas voulu négliger l'université Rennes 1 en mettant en place "des enquêtes auprès des étudiants, afin de déterminer par mail ou même par SMS les éventuels problèmes rencontrés".

Pour les "empêchés numériques" qui n'auraient pas les moyens de passer les épreuves dans de bonnes conditions, plusieurs réponses ont été apportées. Si une session d'examens écrits est prévue en septembre (et en présentiel), l'université a aussi financé et distribué 150 ordinateurs portables. Pour celles et ceux qui auraient des problèmes de connexion et auraient notamment dû avoir recours au partage de réseau de leur smartphone, des aides financières ont aussi été mises en place. Une manière de souscrire – au moins temporairement –, à des offres permettant de travailler dans de bonnes conditions. 

La mise en place d'une épreuve blanche avant "l'officielle" est censée permettre d'éviter du stress et des problèmes le jour J, mais il est aussi possible aux enseignants de proposer des examens sous d'autres formes et formats en cas d'impossibilité. "Nous souhaitons avant tout que cela se déroule dans un climat de bienveillance et de confiance mutuelle", assure l'université. 

Côté ministère, on observe avec attention la mise en place de ces dispositifs, qui ont fait l'objet d'études préalables et de recommandations, via des fiches thématiques mises à disposition des établissements. Les prestataires ont également été soigneusement retenus, à l'instar de Managexam qui a déjà pu collaborer avec l'université de Caen. Alors que le futur semble encore flou et qu'un retour à la normal n'est pas assuré pour la rentrée prochaine, l'enseignement supérieur tente ainsi de trouver des outils et une organisation pour assurer une continuité pédagogique.

En résumé, il faut souligner le fait que la télésurveillance des examens à Rennes 1, en cours de finalisation, ne concernera qu'une centaine d'étudiants. Ceux-ci ne seront pas filmés durant toute la durée des épreuves, mêmes si de tels dispositifs peuvent techniquement être mis en place. Il s'agira ici d'un système moins intrusif, à base de photos prises via webcam de manière aléatoire. Sous la surveillance du ministère de l'Enseignement supérieur, les prestataires privés qui proposent ces services de surveillance sont sommés de présenter des garanties en matière de sécurité. Managexam, qui devrait collaborer avec Rennes 1, indique ainsi respecter totalement les règles fixées par le RGPD. 

Toute l'info sur

Coronavirus : la pandémie qui bouleverse la planète

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse alaloupe@tf1.fr

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent