Les seuils limites d'exposition au bruit sont-ils dépassés à Paris ?

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À LA LOUPE – Les deux-roues motorisés se trouvent dans le collimateur de la Mairie de Paris. Elle souhaite lutter contre la pollution sonore, qui dépasserait les seuils fixés par l'OMS. La capitale est-elle un si mauvais élève ?

Ce dimanche 22 septembre, piétons, vélos et autres trottinettes ont pu circuler en liberté dans Paris. La ville leur a été réservée dans le cadre de la 5e journée sans voiture : seuls les taxis, les véhicules d'urgence et les trajets des riverains ont été autorisés. Si une telle initiative permet aux Parisiens de se réapproprier l'espace urbain, elle contribue aussi à réduire le niveau sonore dans la capitale. 

La lutte contre les décibels fait partie des objectifs de la municipalité, qui a mis en place des opérations de contrôle et de verbalisation pour les deux-roues motorisés. Les contrevenants s'exposent à une contravention de 90 euros si leur véhicule dépasse le niveau sonore indiqué sur la carte grise. Dans Le Parisien, la conseillère de Paris déléguée à l'environnement Aurélie Solans justifie cette sévérité : "Le bruit, c'est jusqu'à 11 mois d'espérance de vie en moins à Paris. Le seuil de l'OMS, c'est 65 dB. Comme pour la qualité de l'air, on ne respecte pas ces seuils."

De quels seuils parle-t-on ?

Contrairement à la pollution atmosphérique, largement étudiée et documentée, la pollution sonore demeure un sujet d'études récent. Pour mieux en comprendre les effets et les conséquences sur la santé, l'Organisation mondiale pour la santé (OMS) a publié en 2018 ses "noise guidelines for the european region". Ces directives sur le bruit en Europe fixent des seuils d'exposition au bruit et compilent les observations scientifiques pour comprendre l'impact de la pollution sonore. 

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Pour effectuer des mesures, un indicateur est généralement utilisé à l'échelle européenne, le "Lden"*. "À niveau équivalent, le même bruit sera perçu plus gênant la nuit que le jour. Il a donc été décidé de créer un indicateur global harmonisé", indique sur son site Bruitparif, le centre d’évaluation technique de l’environnement sonore pour l'Île-de-France. Ce dernier explique que le Lden "est calculé sur la base des niveaux équivalents sur les trois périodes de base : jour, soirée et nuit, auxquels sont appliqués des termes correctifs majorants, prenant en compte un critère de sensibilité accrue en fonction de la période".

L'Organisation mondiale de la santé a fixé, sur cette base, divers objectifs. Quand Aurélie Solans évoque le "seuil de l'OMS" de 65 décibels, elle effectue en réalité une légère sous-estimation. Le niveau sonore moyen maximal (calculé en fonction de l'indicateur Lden) est de 68 dD. Au delà de ce seuil, les habitants courent des dangers importants en terme de santé. A l'inverse, l'OMS a fixé à 53 dB l'objectif à atteindre pour se prémunir de l'impact nocif du bruit sur les populations. 

Un Grand Paris malade du bruit

Peut-on affirmer que l'on "ne respecte pas ces seuils", comme le déplore Aurélie Solans ? Sans aucun doute. Mais tous les Parisiens ne sont pas exposés aux mêmes nuisances.  Selon les mesures effectuées par Bruitparif, 13% des habitants de la capitale sont exposés à un bruit routier supérieur à 68 dB. Et seulement 13% sont exposés à moins de 53 dB, comme le recommande l'OMS. À l'échelle du grand Paris, les chiffres sont similaires (14 et 12%). Pour mieux visualiser les zones les plus touchées, Bruitparif met à disposition un outil de cartographie pour le moins explicite, notamment lorsque l'on s'intéresse aux nuisances des véhicules intra-muros.

Cette situation n'est pas propre à Paris, mais commune à toutes les métropoles au sein desquelles l'on observe un flux important de voitures et autres moyens de transports motorisés. Si l'on se penche sur la zone dense francilienne, il est utile de consulter des données plus larges, n'incluant pas uniquement le bruit routier, mais aussi celui lié au ferroviaire et à l'aérien. Ce dernier est particulièrement visible dans les zones avoisinant Roissy Charles de Gaulle et Orly. Il faut rappeler qu'un avion au décollage produit 130 décibels dans un rayon de 100 mètres autour de lui.

Un impact direct sur la santé

L'exposition au bruit dans les agglomérations — que celui-ci provienne des deux-roues, des voitures ou des avions —, n'est pas sans conséquences. L'OMS, dans son dernier rapport sur la pollution sonore, l'a clairement mis en évidence, et dresse une liste des pathologies qu'il entraîne : déficit auditif, perturbation du repos, du sommeil, hypertension, stress, risques cardiovasculaires… La liste n'est pas exhaustive. La nuit, 45 décibels suffisent à troubler le sommeil. 

À défaut de disposer de données pour l'ensemble de la France, nous pouvons observer l'impact sanitaire du bruit dans la zone dense francilienne, via les publications de l'observatoire Bruitparif. Une exposition à la pollution sonore contribue, par les maladies et troubles qu'elle entraîne ou aggrave, à des pertes moyennes d'espérance de vie pour les populations. À analyser avec précaution, les données mettent en avant une perte moyenne de 10,7 mois de vie pour une personne ayant été confrontée tout au long de son existence à de tels niveaux sonores. Jusqu'à 42 mois dans les zones les plus exposées. 

Alors que se profilent les élections municipales en 2020, puis les régionales en 2021, la pollution sonore pourrait passer d'enjeu de santé publique à véritable sujet de discussion politique. 

* Day-evening-night noise level

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