Les urgences bien moins sollicitées pour rien qu'on ne pourrait le penser

Les urgences bien moins sollicitées pour rien qu'on ne pourrait le penser
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BOBOLOGIE - Une étude vient balayer bon nombre d'idées reçues sur les urgences, notamment celle qui affirme que les passages inutiles engorgent les services. Publiée dans le "British Medical Journal Quality & Safety", cette nouvelle étude affirme que seuls 6% des passages aux urgences sont "inappropriés", selon des critères définis.

Et si la "bobologie" aux urgences était surestimée dans le débat public ? C'est en substance ce que laisse à penser une nouvelle étude publiée dans la revue britannique "British Medical Journal Quality & Safety" et portant sur 29.407 patients adultes en France. C'est un médecin exerçant aux urgences de l'hôpital Saint-Antoine à Paris (lieu d'où est parti la grève des urgences), Youri Yordanov qui a coordonné les travaux avec l'aide de la Société française de médecine d'urgence, de l'Inserm et de la faculté de médecine de la Sorbonne Université.

D'après cette publication à portée internationale, les passages "inappropriés" aux urgences représenteraient dans tous les pays entre 20% et 40% de l'ensemble des consultations, selon la manière dont est défini ce qualificatif. Mais les résultats de cette récente étude battent en brèche un certain nombre de clichés entendus récemment dont celui du recours aux urgences pour des problèmes mineurs. Selon elle, seulement "6% des passages aux urgences" sont dits "inappropriés", selon leurs trois critères. Pour parvenir à ce chiffre, l'étude s'est appuyée sur trois mesures et les a comparées pour tenter de définir ce qu'est un passage approprié aux urgences. 

Trois mesures pour définir un passage "inapproprié"

Ainsi, deux mesures subjectives ont été retenues : on demande à l'urgentiste d'apprécier le degré d'adéquation du recours, sur une échelle allant de 0 à 10. Puis, l'urgentiste doit se prononcer sur la prise en charge, en d'autres termes, si le patient aurait pu être pris en charge par un médecin généraliste le jour même ou le lendemain. Enfin, la troisième mesure porte sur l'utilisation des ressources du service lors du passage aux urgences. Ainsi un patient vu par un médecin, avec une prise de sang et/ou un examen radiologique et un traitement médical prescrit correspond a priori à un passage justifié. 

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En appliquant donc ces critères, les passages aux urgences apparaissent inappropriés dans seulement 6% des cas. Et selon l'étude, ce recours dit "inapproprié" est souvent associé à des critères de vulnérabilité sociale. "On passe notre temps à culpabiliser les patients. L'étude met en cause le concept de visites inappropriées qui est couramment avancé pour expliquer la surcharge des urgences, alors que l'on a affaire souvent à des patients vulnérables sur le plan socio-économique et qui n'ont pas d'autre choix", détaille le Dr Yordanov, à l'AFP. "Cela nous conduit à nous interroger sur la pertinence du concept d'utilisation inappropriée du service d'urgence, car il ne tient pas compte de la détresse ressentie par le patient et certains segments de la société semblent avoir peu d'autres choix, en matière d'accès aux soins de santé que les services d'urgence", concluent les chercheurs. 

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