LGBT : les "thérapies de conversion", ces pratiques bientôt interdites en France

Population

ORIENTATION SEXUELLE, GENRE -La mission parlementaire sur "les pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne" se réunit pour la 1re fois ce mardi 3 et mercredi 4 septembre à l’Assemblée nationale. Son objectif : faire interdire ces pratiques destructrices qui peuvent conduire au suicide.

Modifier l’orientation sexuelle d’une personne homosexuelle ou l'identité de genre d'une personne trans, la pousser à adopter une sexualité chaste : tel est l’objectif des "thérapies de conversion". Ces ateliers, stages, séminaires dispensés par quelques psychologues, thérapeutes ou religieux de façon officieuse et en secret en France, ne sont pas interdits. 

C’est pour recueillir des témoignages et rédiger une proposition de loi qu’une mission parlementaire sur "les pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne" a été lancée cet été par la députée LaRem Laurence Vanceunebrock-Mialon. "Il faut quand même savoir que la France a officiellement retiré l’homosexualité et les troubles de l’identité de genre de la liste des affections psychiatriques respectivement en 1981 et 2010. Ces 'thérapies' indignes ne reposent donc sur aucun fondement médical ou thérapeutique", a déclaré l'élue de l'Allier à 20 Minutes

Lire aussi

Véronique Lesage, responsable du dispositif d’écoute pour l’association Le Refuge, divise en trois catégories les "thérapies de conversion" : 

- sociétales : "la société pousse les homosexuels et transgenres à être dans la norme, à adopter des comportements hétéro-normés" ; 

- médicales : des psychiatres et charlatans sont persuadés que l'homosexualité et la transidentité sont des maux dont on peut guérir, et proposent leurs services en ce sens, souvent aux parents d'adolescents ; 

- spirituelles : la religion, qui rejette l’homosexualité, estime que les homosexuels sont possédés par un démon. Sont alors souvent pratiquées des séances "d'exorcisme, des onctions d'huile bénite, des impositions des mains, des prières qui consistent pendant plusieurs heures à hurler sur la personne à guérir", explique Véronique Lesage. Ces "thérapies de conversion" religieuses sont surtout répandues dans les religions chrétienne et musulmane. 

En vidéo

VIDÉO - À 12 ans, elle annonce son homosexualité dans son église mormone

Des "guérisons" impossibles qui poussent au suicide

Selon elle, "toutes les trois sont dangereuses, et poussent au suicide lorsqu'on se rend compte que la guérison n'est pas possible". Le Refuge reçoit ainsi chaque mois deux à trois appels en rapport avec les "thérapies de conversion". "Nos interlocuteurs nous racontent qu’on les a forcés à en suivre une ou nous demandent comment faire pour l’éviter. Par exemple cet été, deux personnes nous ont appelé pour ça. La première devait faire face à sa famille qui voulait l’emmener chez le psychiatre pour la guérir ; la famille de la seconde la poussait à faire une séance d’exorcisme." La responsable du dispositif d'écoute estime à 3,5% les demandes concernant les "thérapies de conversion".

Parmi les témoignages recueillis par l'association qui accompagne les personnes rejetées par leur famille, celui de Viviane*: "Mes parents ont pris rendez-vous avec un exorciste pour moi. J'ai fait mon coming out la semaine dernière et, depuis, je vis l'enfer. Ils sont catholiques pratiquants et ils pensent que ce sont les démons qui sont entrés en moi et que je suis en perdition... Il faut que je parte de là avant qu'il ne soit trop tard. Ils deviennent violents alors qu'ils ne l'ont jamais été." Mélanie* rapporte : "Je suis allée voir un psychologue parce que mon père m'a dit que si je n'allais pas le voir, il me mettrait à la porte. Lorsque je lui ai expliqué la situation, ce psy m'a dit qu'il comprenait et qu'il allait me mettre sous antidépresseurs et anxiolytiques, et qu'on verrait si ça changeait quelque chose. Je suis choquée. Je suis vraiment malade alors ?" 

Les membres de l'UE appelés à légiférer

En mars 2018, le Parlement européen a adopté à une large majorité un texte non-contraignant appelant les Etats membres à interdire ces thérapies. Des débats sur leur interdiction éventuelle ont actuellement lieu en Belgique, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. En Allemagne, une loi est en préparation pour les interdire. Malte a légiféré dès 2016 pour interdire les "thérapies de conversion".

* Les prénoms ont été modifiés.

Lire et commenter