"Ligue du LOL" : pourquoi ce n'est pas seulement une affaire de journalistes parisiens sur Twitter

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SEXISME - Plusieurs journalistes parisiens sont mis en cause dans une affaire de cyber-harcèlement. Mais pourquoi l'affaire de la "Ligue du LOL" fait-elle autant de bruit ? Peut-être parce qu'elle dépasse de loin les frontières du petit milieu médiatique et parle, en réalité, de mécanismes de construction de la domination masculine. Explications.

Voilà 48 heures que Twitter est en ébullition. Vendredi 8 février, dans la soirée, un article de Libération révèle que de nombreuses personnalités de la sphère journalistique parisienne, à partir de 2009, se sont livrées à un harcèlement en règle de militantes, de consœurs féministes et d'autres confrères, au sein d'une autoproclamée "Ligue du LOL". 


Réunis au sein d'un groupe Facebook éponyme, ces membres, dans leur grande majorité des hommes, réalisaient photo-montages dégradants, canulars téléphoniques et mettaient globalement en oeuvre des mécanismes d'humiliation, à base d'insultes ou de moqueries systématiques. En conséquence, plusieurs de ces victimes racontent aujourd'hui avoir préféré, à l'époque, se retirer des réseaux sociaux. Ces faits sont restés impunis pendant près de dix années, mais des mesures commencent aujourd'hui à être prises suite aux révélations. Plusieurs des mis en cause ont ainsi été mis à pied, quand d'autres ont préféré se mettre en retrait ou démissionner. 

A première vue, dira-t-on, quel intérêt à cette affaire intra-médiatique, circonscrite aux réseaux du web parisien, qui plus est sur Twitter ? Qui concerne-t-elle d'autre qu'une poignée de journalistes en vue (mais inconnus du grand public) au sein d'un petit milieu ? Pour Laure Salmona, militante féministe et membre du collectif "Féministes contre le cyber-harcèlement", interrogée par LCI, la réponse est simple : cette affaire nous concerne toutes et tous. Pour elle, "chaque corps de métier a sa 'Ligue du LOL'". 

Elle explique : "Il s'agit d'un mécanisme de construction de la masculinité. Celle-ci se bâtit en opposition avec des personnes oppressées. Pour accéder aux privilèges que donne le fait d'être un homme, il va falloir montrer... qu'on n'est pas une femme, ni un homme homosexuel. Donc ce groupe de personnes se construit en trouvant des bouc-émissaires dont on va se moquer. Et même, je dirais que c'est un phénomène quasiment institutionnalisé dans de nombreux secteurs, qui prend la forme de rites de passage. A l'école, par exemple, on appelle cela du bizutage. Et ceux qui s'en sortent le mieux, à chaque fois, ce sont les hommes qui sont blancs, hétérosexuels, valides. Malheureusement, cette dynamique, on la retrouve partout. Elle exclut le plus souvent les femmes, les personnes non blanches, les personnes handicapées, les personnes LGBTQ+ ..."

Solidarité entre victimes

Résultat : des conséquences directes sur la carrière professionnelle des victimes. "Selon les oppressions subies, ça peut être dix fois, vingt fois plus dur pour ces personnes de tracer leur carrière" reprend Laure Salmona. D'ailleurs, dans le cas de la "Ligue du LOL", il est évident pour cette militante féministe que ce groupe a aidé, de près ou de loin, la carrière de leurs membres masculins, au détriment de celle des victimes. Très concrètement, plusieurs anciens membres sont aujourd'hui rédacteurs en chef ou occupent des postes confortables en CDI. A l'inverse, les journalistes féministes visées à l'époque sont restées longtemps pigistes (c'est-à-dire payées à l'article). Certaines occupent encore ce statut aujourd'hui, d'autres ont choisi de se reconvertir. En résumé, elles ont loupé l'ascenseur de la promotion professionnelle et pour Laure Salmona, cela ne doit rien au hasard. 


"C'est une illustration de l'entraide masculine. Les membres de la "Ligue du LOL" se sont cooptés les uns les autres pour obtenir des postes. Ils se sont recommandés mutuellement au sein de ce club masculin très fermé, en n'engageant pas les victimes." Aujourd'hui, voilà l'affaire exposée au grand jour. Mais combien de ces "boys club" subsistent ailleurs, dans les médias ou dans d'autres secteurs ? Pour les enrayer, Laure Salmona suggère "l'entraide, la solidarité entre les victimes. Faire front, c'est la clef. On peut faire éclater ce genre de boys club, il ne faut pas être fasciné par l'idéal de puissance, même si nous sommes socialisés pour cela."

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