Loire-Atlantique : des parents d'élèves manifestent contre les "violences psychologiques" d'un enseignant

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CRISE - Depuis la rentrée, des parents d'élèves accusent un nouvel enseignant d'une école de Corsept (Loire-Atlantique) d'infliger des "violences psychologiques" à leurs enfants. La moitié d'entre-eux ne se rend plus en classe, tandis que leurs parents accusent le rectorat d'inaction car l'instituteur est encore en poste.

"Non au harcèlement", "souffrance = enfants en danger", "brimades, menaces, humiliations, moqueries" : ce jeudi matin, l'enceinte de l'école Camille Corot de Corsept (Loire-Atlantique) était recouverte de banderoles, mais ce n'était pas seulement à l'occasion de la journée nationale contre le harcèlement scolaire. Ces banderoles ont été accrochées par des parents d'élèves protestant contre un enseignant de CE2, qu'ils accusent d'infliger des mauvais traitements à leurs enfants. Une soixantaine d'entre-eux manifestait ce jeudi devant l'école, reprochant à l'académie de Nantes d'avoir laissé l'enseignant en poste jusqu'à nouvel ordre.

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"Il interdit à des enfants d'aller aux toilettes et de boire"

L'affaire semble s'enliser depuis deux mois. La mère de deux jumeaux en classe de CE2 a détaillé auprès de LCI ses accusations à l'encontre de l'enseignant. "Dès les premiers jours après la rentrée de septembre, mes enfants ne voulaient plus aller à l'école et disaient avoir peur du nouvel instituteur. Au début, nous pensions juste qu'il était sévère, mais la situation empirait au fil des jours, ma fille pleurait avant d'aller à l'école et ses amies devaient lui prendre la main pour y aller. Dès le premier weekend, nous avons rencontré d'autres parents d'élèves qui nous ont raconté des choses semblables : leurs enfants hurlaient, faisaient des cauchemars", explique-t-elle.

Ces parents accusent l'enseignant d'infliger des "violences psychologiques" à certains enfants. "Il oblige des élèves à ranger leurs affaires s'ils ne savent pas répondre à une question, ou il les fait asseoir face au mur au fond de la classe. Il leur interdit également d'aller aux toilettes et de boire. Une fille est même restée sans boire toute la journée derrière une fenêtre en plein soleil. Mon fils s'est fait moquer devant tout le monde parce qu'il écrit mal, alors qu'il est dysgraphique. Il se réfugie parfois dans les toilettes pour pleurer", témoigne la mère de famille. Elle reproche aussi à l'instituteur de "mettre de côté les élèves en difficulté en leur disant qu'il ne va pas les attendre", et "d'ordonner aux enfants de ne rien dire à leurs parents".

D'autres parents ont témoigné dans les médias locaux d'humiliations et de menaces semblables, sans évoquer de violences physiques. Rapidement, ils ont alerté le directeur de l'école qui a "tenté de dialoguer avec l'enseignant mais celui-ci n'a rien voulu entendre". Les parents signalent donc l'enseignant à l'inspection académique le 8 septembre. La situation n'évoluant pas, ils retirent de cours du 24 au 27 septembre 16 enfants sur les 24 que compte la classe.

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L'académie de Nantes au centre des critiques

"Juste avant les vacances d'octobre, on a décidé d'alerter les médias car nos appels étaient restés sans réponse", poursuit la mère des deux jumeaux. Après la publication de plusieurs articles dans des médias locaux, les parents reçoivent des témoignages d'anciens collègues de l'enseignant, l'accusant de faits semblables. Sur France 3, une ancienne directrice d'école raconte notamment avoir "interdit l'accès à la classe" cet instituteur - alors remplaçant - car "le premier jour de son remplacement, il a traîné un élève dans le couloir, par le col de son vêtement pour le jeter, il n'y pas d'autre mot, dans mon bureau. Sans explication. L'enfant était puni pour s'être levé sans avoir demandé la permission, afin de remettre un crayon à sa place !"

Mi-octobre, alors que la situation reste bloquée et l'enseignant toujours en poste, une pétition est lancée, aujourd'hui signée par près de 2.000 personnes. Confrontée à la médiatisation de l'affaire, l'académie de Nantes publie un communiqué dans lequel elle indique que l'enseignant a été "immédiatement entendu, dès la mi-septembre, a été suivi par des formateurs, inspectrice et conseillers pédagogiques et accompagné au plus près dans la classe". 

L'académie ajoute que "l'ensemble de la communauté éducative a été entendue, directeur, enseignants, parents, de manière à réinstaller un climat de confiance envers cet enseignant. Tous les élèves inscrits sont revenus en classe et des constats d'évolution significative ont été faits par les formateurs. Une cellule d'écoute des élèves a été installée pour permettre aux enfants qui le souhaitaient d’être entendus par une psychologue scolaire. La situation fait l'objet d'une observation attentive et continuelle afin de s'assurer du bien-être total des élèves".

Sur 24 élèves, 5 ont été désinscrits et 10 ne vont pas en classe

Trois semaines plus tard, force est de constater que le climat de confiance n'est pas revenu. Selon nos informations, cinq enfants ont été inscrits dans une autre école et, sur les 19 élèves de CE2 restants, dix n'étaient pas en cours ce jeudi. Et pour cause : "fin octobre, nous avons appris par l'inspectrice d'académie que l'enseignant sera encore en poste à la rentrée du 4 novembre", raconte les mères des deux jumeaux. Lundi et mardi, des parents ont donc mené des opérations de blocages de l'école pendant plusieurs heures pour protester, même si d'autres critiquent cette mobilisation, comme le raconte Europe 1.

Contactée par LCI, l'académie de Nantes a transmis un communiqué identique à celui de mi-octobre. Elle ajoute qu'elle "suit la situation au quotidien" mais n'a pas précisé si elle reconnaît ou non l'existence des violences psychologiques ni si elle a pris une décision définitive concernant l'enseignant accusé. Un représentant de l'académie a rencontré les parents d'élèves jeudi matin, avant de déclarer auprès de France 3 que "tous les enfants peuvent retourner en classe, travailler sereinement", tout en ajoutant que "certainement que cet enseignant doit encore être accompagné". Selon les parents, qui réclament toujours une suspension de l'instituteur, une décision définitive doit être annoncée ce vendredi.

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