Matchs de foot interrompus : pourquoi "enculé" est bien une insulte homophobe?

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FOOTBALL - Plusieurs matchs de football professionnel ont été interrompus après des propos homophobes et notamment l'usage de l'insulte "enculé". On vous explique pourquoi ce terme porte bel et bien la marque du rejet des personnes homosexuelles.

Ils ne chantaient pas le traditionnel "Paris, Paris, on t’encule". Les ultras du club de foot de Metz ont réservé cette insulte pour la Ligue de Football Professionnel, dont ils dénoncent la nouvelle politique qui autorise, depuis mai dernier, les arbitres à arrêter une rencontre en cas d’injures homophobes. Résultat : une interruption, pendant quelques minutes, du match de Ligue 1 contre le PSG. 

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Cette mesure, qui vise à réagir avec plus de rapidité et de sévérité à ce type de comportement, ne cesse de provoquer la colère parmi certains supporters, qui avancent l’argument du "folklore". Car ils sont nombreux à ne pas percevoir le caractère homophobe de ces propos. Ainsi, près d’un fan du ballon rond sur trois (32%) considère que ce type de mot est "sans rapport avec l'homosexualité", selon une enquête Ipsos dévoilée au printemps 2018. Et pourtant, le terme "enculé" relève bel et bien de l’homophobie.

Un terme qui stigmatise les pratiques sexuelles entre hommes

Quand on prononce ce mot, on songe à une pratique sexuelle : la sodomie. Mais "pas dans n’importe quel sens". Comme l’expose Komitid, un média LGBT+, on parle de la personne qui se fait pénétrer. Et dans l’imaginaire collectif, "se faire pénétrer, ce n’est pas ce que fait un homme", remettant dès lors en cause la "virilité" de l’individu. Dès lors, on part du principe que la sodomie –ici entre deux hommes -  est dégradante. En traitant quelqu’un d’"enculé" on sous-entend donc que lui, tout comme ceux qui s’adonnent à la pratique, ne sont pas de "vrais hommes". 

Au-delà d’une vision négative de ce rapport sexuel, l’association Mousse – qui lutte contre les discriminations liées au sexe, au genre et à l’orientation sexuelle – observe que cette insulte est "hétéronormative". Et relève alors d’une réelle "condamnation historique et sociale de l'homosexualité". Dans le cadre du projet NoHomophobes, qui vise à mettre en évidence la fréquence de l’emploi de propos homophobes dans le langage courant, l'association Mousse explique ainsi que l’injure stigmatise les pratiques sexuelles des gays. Et que, si elle ne blesse pas systématiquement les principaux concernés, elles sont homophobes car elle véhicule de schémas dans lesquels l’hétérosexualité est la norme. 

Utiliser les références de l'homophobie, c'est produire de l'homophobie- Gaëlle Krikorian, sociologue

Selon Pierre-Antoine, militant LGBT, il est important de rappeler qu’en réalité "enculé" ne devrait pas être une insulte puisque le mot fait référence à "un acte d’amour et/ou de plaisir entre deux personnes". Et en profite pour rappeler auprès de StreetPress que le terme est comparable à "pédé". "Et ça, la plupart des gens savent que c’est anti-gay." D’ailleurs, en 2018, la cour d’appel de Paris avait reconnu l’aspect homophobe de cette insulte.

Comme l’écrivait la sociologue Gaëlle Krikorian dans le blog de Mediapart : "Utiliser les références de l'homophobie, c'est produire de l'homophobie. Et activer cet imaginaire, c'est l'entretenir."

Le 29 août,, le parquet de Nice a ouvert une enquête pour "injure publique en raison de l'orientation sexuelle" après l'affichage d'une banderole et de chants lors du match OM - Nice de la veille. 

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