"Mieux vaut prévenir que guérir" : à Paris, des commerces contraints à la fermeture pour le 1er mai

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REPORTAGE - Craignant des débordements lors de la manifestation du 1er mai, la préfecture de police a ordonné aux établissements situés sur le parcours officiel de fermer leurs portes. Une mesure que tous ne comptent pas suivre à la lettre.

"Voilà comment ça va se passer : clef dans le rideau, prêt à descendre." Maxence (le prénom a été modifié), gérant d'un café de la place du 18-juin-1940, se prépare au défilé du cortège du 1er mai devant son établissement. A l'instar des autres brasseries situées sur le boulevard du Montparnasse, il lui a été signifié par la préfecture de police de fermer son commerce mercredi, dès 13 heures. Bien qu'il se désole de la perte d'un chiffre d'affaires conséquent en ce jour férié, le responsable suivra l’injonction de fermer boutique le temps de la manifestation, s'il constate des débordements. "Ils veulent se sécuriser, je comprends. Mieux vaut prévenir que guérir." 


Mieux vaut prévenir que guérir, voilà le mot d'ordre donné par la préfecture à la veille du 1er mai, où une forte mobilisation est prévue dans la capitale. Les forces de l'ordre redoutent la présence de black blocs et ont sécurisé le périmètre de la manifestation, de la place du 18-juin-1940 jusqu'à la place d'Italie. 

"On prend le risque"

En revanche, dans les rues en perpendiculaires du boulevard du Montparnasse, les établissements n'ont reçu aucune consigne particulière. Certains d'entre eux sont pourtant des plus exposés. "On fermera quand même la terrasse si ça déborde", prévient le gérant d'un restaurant de la rue Bréa, à deux pas du boulevard, qui dit "subir" les manifestations des Gilets Jaunes "trop souvent".


Plus loin sur le boulevard, d'autres restaurateurs ne l'entendent pas de cette oreille et comptent ouvrir leurs portes, malgré l'arrêté de la préfecture.  "Ce n'est pas une interdiction formelle, c'est une recommandation", martèlent Côme et Tiphaine, responsables du café L'Apéro. "Donc on ouvrira à 16 heures, quoi qu'il arrive." Et les deux gérants ne semblent pas inquiets concernant le déroulé des événements de demain. "Les Gilets Jaunes sont passés des dizaines de fois devant notre terrasse, il n'y a jamais eu de problème. Au contraire, il nous arrive d'avoir des échanges très constructifs avec eux."  L'établissement libanais Noura, à quelques numéros de L'Apéro, et le Bistro Burger, de l'autre côté de la place du 18-juin-1940, ont également décidé de faire de la résistance. "On prend le risque", concède Fayçal, serveur au restaurant de burgers, qui prend lui aussi la mesure pour une "simple consigne". 

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Manifestations du 1er-Mai : les commerçants et les riverains inquiets

Au café Le Boa, près de Port-Royal, on prend pourtant la mesure au sérieux. "Les samedis précédents, on nous a adressé des recommandations, mais là j’ai l’impression que c’est une interdiction formelle d’ouvrir." Vinciane, la responsable, a donc l'intention de ne rien laisser au hasard et d'ouvrir uniquement en fin d'après-midi, après le passage des manifestants. "On n'a pas de rideaux et si on nous pique des cendriers ou du mobilier de terrasse, ce sera à nous de payer", confie-t-elle. 


En effet, les commerçants ayant tous signé une décharge de responsabilité, ils se voient obligés de prendre en charge les  dégâts matériels éventuellement causés. La peur de dégradations pousse donc de nombreux gérants à suivre l'ordre préfectoral. Mais le coût salarial pèse aussi dans la balance : "C'est un jour où nos employés sont payés le double. Ils ne vont pas venir travailler pour rien." 


Au total, à Paris, 584 banques et magasins devraient rester fermer sur le parcours de la manifestation. 

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