Mort de Steve à Nantes : le rapport de l'IGPN dédouane la police mais charge la mairie

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AFFAIRE STEVE CANIÇO - À la demande du Premier ministre, le rapport de l'Inspection générale de la police nationale a été rendu public mardi 30 juillet, quelques heures après l'identification du corps du jeune Nantais. Un rapport qui met en cause la responsabilité de la mairie de Nantes et de la préfecture.

Deux semaines. Il aura fallu attendre deux semaines pour que le rapport de l'Inspection générale de la police (IGPN) sur la disparition de Steve Maia Caniço soit rendu public, le même jour que l'identification du corps de l'animateur périscolaire. Daté du 16 juillet dernier, le rapport n'aura été publié qu'aujourd'hui, le 30 juillet. Choix politique ? La décision fait en tout cas débat sur les réseaux sociaux. 


Plus précisément, il s'agit là d'une synthèse du rapport de l'IGPN, d'une longueur de dix pages, qui dédouane - en grande partie - les forces de police présentes sur le quai Wilson dans la nuit du 21 au 22 juin dernier lors de la Fête de la musique. La synthèse mentionne conclut en effet qu'aucun lien ne permet "d'établir un lien direct entre l'intervention des forces de l'ordre et la disparition de M. Steve Maia Caniço vers 4h le même jour dans le même secteur." 


Le rapport ajoute que l'usage de la force "était justifié et n'est pas apparu disproportionné", à l'exception de coups de matraque qui ont été portés sur une personne au sol. Du reste, le déroulé de la soirée est le même que celui décrit auparavant par la presse.

S'il est assez lacunaire quant aux circonstances de la disparition du jeune Nantais de 24 ans - là est le rôle de l'enquête judiciaire de l'IGPN - le rapport charge la mairie de Nantes mais également, dans une moindre mesure, la préfecture. 


L'autorisation des matériels de sonorisation jusqu'au petit matin, les agents de sécurité en faible effectif ou encore l'absence de barrières le long du quai Wilson... Le rapport étrille les responsables locaux qui auraient laissé organiser cette soirée durant laquelle a eu lieu l'intervention policière. La mairie n'aurait en effet mandaté "que deux agents d'une société privée de sécurité afin d'empêcher la foule attirée par les 'sound systems' de tomber dans le fleuve proche" et qu'elle aurait "fait positionner des barriérages le long d'une partie seulement du quai Wilson alors que les 'sound systems' ont été installés jusqu'au bout du quai, ce qui a généré un risque pour le public."

La maire de Nantes, Johanna Rolland (PS), s'est exprimée dans la soirée suite à la publication du rapport. Si elle appelle "à la recherche de la vérité", elle critique notamment les conclusions de l'IGPN qui "n'est toujours pas en mesure de dire ce qui s'est passé dans la nuit du 21 au 22 juin dernier sur le quai Wilson à Nantes. C'est pour le moins troublant et inquiétant."  


La Coordination nationale des sound systems a également vivement réagi aux conclusions du rapport : "cela faisait pourtant plus de 20 ans que les fêtards se réunissaient là chaque année. L'Etat avait donc conscience des risques énormes engendrés par une telle intervention (de la police, ndlr), il n'a pourtant pas hésité. Le message est clair, la répression est en marche!", écrit la CNS dans un communiqué.


De son côté, Christophe Castaner s'interroge dans les pages de Ouest-France sur "la manière dont les responsables de la préfecture ou ceux de la police ont adapté dispositif de sécurisation pour tenir compte du contexte d'ordre public que nous connaissons depuis le début de l'année." Le ministre de l'Intérieur en appelle à la transparence et se dit prêt à en tirer "toutes les leçons."


Les conditions de l'organisation de l'événement posent encore question, avait estimé plus tôt Edouard Philippe, qui a pris la décision mardi après-midi de saisir l'Inspection générale de l'administration (IGA). Celle-ci devra rendre ses conclusions dans un délai d'un mois.

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