#NoDeniyingIt : la guerre de rescapés de l'Holocauste à Facebook pour le retrait des contenus négationnistes

La page d'accueil du réseau social Facebook.
Population

RÉSEAUX SOCIAUX - Des survivants de l'Holocauste ont lancé une campagne afin de demander au fondateur de Facebook de retirer du réseau social les contenus négationnistes. Aux dernières nouvelles, Mark Zuckerberg refusait la suppression de ce qu'il considère comme de simples "erreurs".

"Nous ne sommes pas des menteurs, nous sommes des témoins." Si les discours négationnistes sont interdits en France depuis 1990, ils continuent d'avoir la belle vie sur les réseaux sociaux. Alors, face à ceux qui contestent l'existence des chambres à gaz et le génocide Juif, qu'il s'agisse de son existence ou de son ampleur, des survivants de l'Holocauste en appellent à Facebook. Dans une vidéo publiée mercredi 29 juillet, ils demandent directement à Mark Zuckerberg de retirer ces contenus. 

"On ne peut pas le nier"

Face caméra, se filmant derrière leur ordinateur, neuf rescapés témoignent. Parmi ces visages, celui d'Eva Schloss, la demi-soeur d'Anne Frank, qui rappelle avoir perdu "toute sa famille". Mais aussi Lea Evron, aujourd'hui âgée de 85 ans. D'origine polonaise, elle a échappé aux camps d'extermination mais son père et sa sœur ont été déportés, en 1943. Alors, elle rappelle que "quand des gens disent en ligne que l'Holocauste n'a jamais eu lieu, ils disent que mon père, ma sœur et soixante membres de ma famille n'ont pas été assassinés par les nazis". Sidney Zoltak, également d'origine polonaise, témoigne lui aussi. Rescapé des camps, dont il a fui en se cachant dans des villages en Pologne, il assène : "Ceux qui disent que l'Holocauste n'a pas existé me traitent de menteur". Des propos intolérables et inaudibles pour ceux qui ont souffert de l’Allemagne nazie.

 C’est pourquoi la Claims Conference, qui a réalisé la vidéo, a décidé de lancer la campagne #NoDenyingIt - "on ne peut pas le nier" en anglais dans le texte -, au moyen de la mise en ligne d'une d'un rescapé chaque jour "jusqu'à ce que Facebook agisse". Selon une porte-parole de cette organisation, créée en 1951 notamment pour œuvrer à la récupération de biens spoliés, plus de 70 messages sont déjà prêts à être diffusés. Au-delà de cette volonté d’une prise de conscience 2.0, l'organisation veut sensibiliser le principal concerné. Elle indique avoir demandé directement au PDG de Facebook de rencontrer des rescapés pour écouter leur histoire "et comprendre pourquoi le négationnisme est un discours de haine". Car si Mark Zuckerberg, lui-même Juif, a déclaré dans une interview à Vox qu'il trouve ce phénomène "profondément offensant", il avait expliqué ne pas vouloir supprimer ce type de messages qu'il considère comme une simple erreur factuelle. "Je ne pense pas que ces personnes se trompent intentionnellement." Pour rappel, aux Etats-Unis, révisionnisme et négationnisme ne sont pas interdits par la loi. La jurisprudence tend à placer ces discours sous la protection du sacro-saint premier amendement de la Constitution, qui garantit la liberté d'expression. 

Lire aussi

En refusant de catégoriser ce type de publications comme véhiculant des discours de haine, Facebook les laisse proliférer, aussi bien dans des groupes publics que privés. Dans un document publié le 1er juillet et intitulé "Facebook a un problème avec le négationnisme", l’Anti Defamation League a mis à jour des groupes au sein desquels des membres mettent ouvertement en doute l'existence de l'Holocauste ou son étendue. Parmi eux, l'organisation de lutte contre l'antisémitisme a révélé l’existence de la page CODOH - pour "comité pour un débat ouvert sur l'Holocauste". Encore ce jeudi étaient visibles des messages niant ces événements historiques. Et en observant certains des partages, on comprend bien que si quelques internautes disent ne vouloir présenter qu'une certaine "vision alternative" de l'Histoire, les publications partagées dans ces groupes font généralement le lien entre mensonge sur l'Holocauste et théorie du complot antisémite fondée sur la croyance que cette "caste" contrôle le monde. Les victimes sont dès lors accusées d'avoir orchestré ce "holohoax" - mot-valise réunissant Holocauste et "canular" en anglais - afin notamment de créer l'Etat d'Israël. 

Sollicitée par l'AFP ce mercredi, la plateforme a rappelé qu’elle ne retire pas du contenu "uniquement parce qu'il est faux" et ne supprime donc pas ces contenus. Seules les publications qui "défendent" l'Holocauste, "essayent de le justifier", "accusent les victimes de mentir" ou incitent à la haine ou la violence contre les juifs peuvent tomber sous le coup de la régulation. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent