Haine homophobe après une sextape révélée sur Twitter : "Il y a urgence et les annonces ne suffisent pas"

Haine homophobe après une sextape révélée sur Twitter : "Il y a urgence et les annonces ne suffisent pas"
Population

IMPUNITÉ - Les images des ébats d’un couple homosexuel de Noisiel, diffusées sur les réseaux sociaux, ont provoqué un torrent de haine décomplexée. L’ancien président de SOS Homophobie tire la sonnette d’alarme.

Tout est parti d’une vidéo publiée ce mardi sur les réseaux sociaux montrant deux hommes en plein rapport sexuel, avec laquelle était associé le mot-clé #Noisiel, une ville de Seine-Saint-Denis d’où est originaire l’un des deux hommes présents. La vidéo, partagée plusieurs milliers de fois, est devenue virale, engendrant une vague de commentaires homophobes d'une violence inouïe et impubliable en l'état. 

Un torrent de boue ayant provoqué la colère de plusieurs associations et de membres de la classe politique. Le candidat LaREM à la mairie de Paris, Cédric Villani, a notamment fait part de son "immense sentiment de dégoût en découvrant la déferlante de tweets homophobes" liés à cette histoire. "Le jeune homme qui en est victime doit avoir tout notre soutien", a-t-il ajouté.

La question se pose : que fait Twitter face à ces comportements de meute enfreignant ouvertement la loi ? Malgré l'adoption en cours d'une loi contre le cyber-harcèlement, qui prévoit notamment d'imposer aux plateformes internet et aux réseaux sociaux, Facebook et Twitter en tête, de retirer sous 24 heures tout propos haineux, le changement n'est pas de toute évidence assez rapide pour éviter la surenchère comme les conséquences délétères. 

Pour Joël Deumier, ancien président de SOS Homophobie, contacté par LCI, "Chacun a droit au respect de sa vie privée et à être protégé de l’homophobie par l’Etat. Les victimes se trouvent aujourd’hui exposées à un torrent d’insultes homophobes qui est insupportable. En ne les supprimant pas, les réseaux sociaux se rendent complices des appels à la haine. Il est urgent de responsabiliser et sanctionner les plateformes sur l’exemple du modèle allemand qui prévoit de lourdes amendes quand les contenus haineux ne sont pas supprimés."

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La commune de Noisiel (Seine-et-Marne) est par ailleurs associée à cette vague massive d'homophobie et donc entachée par elle : "Oui, l’homophobie est présente dans les banlieues comme Noisiel, mais elle l'est aussi à la campagne, dans les villes" constate Joël Deumier. "Elle n’est pas une affaire de milieu social, regardez l’homophobie religieuse dans les milieux catholiques aisés avec les 'thérapies de conversion'. En banlieue comme ailleurs, il faut renforcer les services publics de la justice et de la police pour que les agressions ne restent pas impunies et que les victimes soient protégées. L’Education nationale doit faire plus pour prévenir l’homophobie dès le plus jeune âge."

Ce que l’on attend surtout, ce sont des actes concrets de la part de l’Etat.- Joel Deumier, ancien président de SOS Homophobie

On peut se demander aussi pourquoi si peu de voix (politiques, artistiques…) s’élèvent pour condamner de tels actes : "C’est vrai, il est toujours étonnant de constater un certain relativisme avec l’homophobie comme si les actes homophobes étaient finalement acceptables. Ils sont inacceptables et chaque agression devrait être dénoncée et condamnée. Ce que l’on attend surtout, ce sont des actes concrets de la part de l’Etat. Nombre de mesures annoncées contre l’homophobie fin 2018 par le gouvernement sont restées lettre morte. Combien de référents LGBT ont-ils été effectivement formés dans les commissariats de police ? Dans les parquets ? Où est la campagne nationale de sensibilisation qui a été annoncée ? L’affaire de Noisiel le montre : il y a urgence et les annonces ne suffisent pas."

Face à la lie homophobe, le jeune homme de Noisiel a été obligé à fuir la France, selon l'association Urgence Homophobie. Que raconte cette fuite sur notre société actuelle, et sur notre incapacité à le défendre, à le protéger ? "Le fait d’être obligé de fuir son pays à cause de l’homophobie est révoltant. Je ne suis pas en contact avec la victime et il faudrait en savoir plus. En tous cas, cela dit de notre société qu’elle produit beaucoup de haine et ne se donne pas les moyens de la combattre. A l’école, au travail, dans les médias, dans l’espace public, les personnes LGBT restent stigmatisées et sont l’objet de préjugés. Comme pour les violences faites aux femmes, il faut davantage écouter les associations qui ont des solutions. L’Etat doit se donner les moyens de combattre la haine." 

En 2018, les personnes LGBT ont signalé 231 agressions physiques à SOS Homophobie, un record historique après une augmentation de 66% sur un an.

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