"Nous ne pouvons plus rester silencieux" : à la Concorde, Younes, Océane et Awa mobilisés pour la première fois

"Nous ne pouvons plus rester silencieux" : à la Concorde, Younes, Océane et Awa mobilisés pour la première fois
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REPORTAGE - Parmi les milliers de personnes rassemblées ce samedi à Paris, pour protester contre les violences policières et rendre hommage à George Floyd, de nombreux jeunes manifestants défilaient pour la première fois. Ils nous expliquent leurs motivations.

"Si on ne fait rien, cela va continuer." Ils ont entre 17 et 21 ans, s'appellent Antonin, Mélissa ou Noelie. Le pavé de la Concorde, ils ne l'avaient jamais foulé. Encore moins avec des pancartes "Black Lives Matter" ou des slogans "Justice pour Adama". Certains n'ont jamais voté, mais ils ont tous décidé de braver l'interdiction de manifester, ce samedi à Paris. Pour eux, George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, tué par un policier américain, était encore un inconnu il y a deux semaines. Mais le déferlement qu'a provoqué sa mort sur les réseaux sociaux les a poussés à se mobiliser pour la première fois et faire entendre leur colère, malgré l'impressionnant dispositif policier amassé autour de la place de la Concorde, afin de protéger l'ambassade des États-Unis. L'indignation sur les réseaux sociaux ne suffisait plus. Il fallait braver le pavé. 

"Je n'ai jamais fait de manifestations, mais c'est une cause importante", explique à LCI Océane, 20 ans. Avec sa collègue Mélissa, elles sont venues de l'Oise pour "dénoncer l'injustice". "Il y a eu un mort de plus, ce n'est plus possible en 2020 de continuer à rester silencieux face à ces injustices", proteste-t-elle. Un mort de plus dont le nom est affiché sur la pancarte qu'elle tient dans ses mains, en compagnie d'autres victimes "de bavures policières" du monde entier. "Et encore, la liste est faible, il y en a plus", regrette Océane.

À ses côtés, Mélissa a fait plus sobre. "Pas de justice, pas de paix", peut-on lire sur son carton, à l'instar de nombreux manifestants ce samedi. "C'est simple, mais efficace", juge-t-elle. "Le racisme a toujours été présent, sauf que cette fois, il est filmé." Lorsque Mélissa a vu la séquence de l'arrestation de George Floyd sur les réseaux sociaux, elle avoue avoir "failli pleurer". "Ce n'est plus possible de faire passer une couleur de peau avant l'être humain, c'est pour cela que je me mobilise aujourd'hui."

"Je ne voudrais pas dire à mes enfants que je n'ai pas agi"

Dans la foule parquée à plusieurs dizaines de mètres de l'ambassade des États-Unis, Awa, 20 ans, est facilement reconnaissable par son tee-shirt "Fuck Donald". Elle se désole des barricades installées par les forces de l'ordre pour l'empêcher de protester face à l'ambassade. "Cela donne l'impression que nous n'avons même pas le droit de nous exprimer", regrette-t-elle.

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D'origine sénégalaise, elle est sensibilisée aux violences policières depuis 2009 et l'affaire Oury Jalloh, "un jeune Africain pris en charge par la police et mort dans sa cellule" en Allemagne. Mais le cas de George Floyd est celui de trop. "C'est une exécution publique", affirme Awa, "nous avons tous observé la vie d'une personne se terminer", car la vidéo de son arrestation tourne en boucle sur les réseaux sociaux, qu'elle a l'habitude de fréquenter. "Notre responsabilité humaine, c'est d'agir. Si j'ai des enfants et qu'ils me parlent de 2020, je ne voudrais pas leur dire que je n'ai pas agi." "On dit que tous les hommes naissent égaux en droits, mais ce n'est pas le cas", continue Léna, 20 ans. "Nous ne pouvons plus rester silencieuses."

"C'est grave lorsque des discriminations atteignent ce qui devrait tous nous protéger : la police."

Si certains manifestants ont été sensibilisés par ce qu'ils ont vu sur les réseaux sociaux, d'autres se sont mobilisés suite à leur expérience personnelle. Younes, 18 ans, est lycéen en Seine-et-Marne, et participe pour la première fois à une manifestation, en compagnie de Noelie et Antonin. "Mes parents m'ont toujours dit que nous étions 'invités' dans ce pays, que nous ne pouvions pas manifester pour nos droits", avoue-t-il.

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Par le passé, Younes a déjà été contrôlé par la police. "Pas moi, ni Antonin", assure Noelie, qui cite cet "exemple" pour dénoncer les discriminations. "C'est un problème de société, que ce soit contre les personnes noires, typées arabes, ou autres", continue Antonin. "C'est encore plus grave lorsque ces discriminations atteignent ce qui devrait pourtant tous nous protéger : la police."

L'appel des stars, une mobilisation "légitime" pour "faire entendre la cause"

Malgré l'interdiction de manifester, ordonnée par la préfecture de police de Paris, la foule a répondu à l'appel de certaines célébrités comme Omar Sy, qui a récemment demandé aux Français d'avoir "le courage de dénoncer les violences policières". "J'ai vu ces messages et ceux de Virginie Despentes, mais je me suis fait mon propre avis", assure Noelie, 17 ans, qui se réjouit que les propos des personnalités permettent "de faire entendre la cause". "Le soutien des personnalités publiques qui ont connu ce genre de discriminations est légitime", continue Younes. "Vu sa notoriété en France, le fait qu'Omar Sy prenne la parole est une bonne chose", assure Antonin. Tous l'assurent cependant : ils auraient sillonner le pavé parisien même sans la mobilisation de personnalités publiques.

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Et maintenant ? Quelles suites vont-ils donner à leur combat de ce samedi ? "Il faut continuer de montrer que nous sommes en total désaccord avec ces discriminations", poursuit le jeune homme. "Que ce soit sur place ou sur les réseaux sociaux, il faut faire tourner le mouvement", explique de son côté Océane. "Si nous ne faisons rien, cela va continuer. Il faut faire changer les choses."

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