Le coq Maurice pourra-t-il continuer à chanter ? La justice va trancher

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COCORICO - Nuisance sonore ou "symbole de la ruralité" ? L'avenir du coq Maurice sera décidé devant le tribunal de Rochefort, en Charente-Maritime, ce jeudi. Source d'un simple conflit de voisinage, le gallinacé est devenu au fil du temps le symbole de la lutte de la campagne contre les néo-ruraux.

Maurice va-t-il y laisser des plumes? Sur l'île d'Oléron, ce coq est accusé par ses voisins d'être une "nuisance sonore" à cause de ses chants, qu'il entonne dès l'aube. Son cas sera donc jugé par le tribunal correctionnel de Rochefort, en Charente-Maritime. Une décision qui ne sera pas rendue en audience publique mais déposée au greffe.

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Tout a commencé par la plainte d’un couple d'agriculteurs retraités domicilié en Haute-Vienne. Dérangés par Maurice, qui chantait un peu trop tôt et un peu trop près de leur résidence de vacances à leur goût, ils ont d’abord porté plainte pour trouble anormal du voisinage. En réponse, sa propriétaire a tout fait pour ne pas incommoder ces résidents. Déplacement du poulailler, film noir autour de sa cabane pour l'empêcher de chanter avant 8h30, ... En vain.

De quoi les pousser devant la justice le 4 juillet dernier. Mise en délibérée, la décision qui sera rendue jeudi pourrait mettre fin au cocorico matinal. N’étant pas arrivé à trouver un terrain d’entente, les plaignants ont demandé à ce que la propriétaire du gallinacé l’éloigne ou le fasse taire. En cas de condamnation, si elle ne s’en sépare pas sous les quinze jours, Corinne Fesseau devra alors verser 150 euros d’astreinte quotidienne ainsi que 1000 euros de dommages et intérêts à ses voisins. 

Le procès de "la ville contre la campagne"?

Pour défendre les plaignants, Me Vincent Huberdeau, a écarté d’un revers de main l'idée du procès "de la ville contre la campagne". En se demandant notamment si la commune où se joue cette affaire, à Saint-Pierre-d'Oléron, était une commune rurale ou une zone urbaine, où un coq n'avait donc pas sa place. " Mes clients vivent dans une zone classée pavillonnaire au Plan local d'urbanisme, ce n'est pas la campagne", a ainsi plaidé l’avocat, notant qu’avec près de 7.000 habitants en hiver et 35.000 en été, Saint-Pierre-d'Oléron est "la plus grosse commune de l'île". Ce à quoi Me Julien Papineau, qui défend les intérêts de l’Oléronnaise, répondait, sarcastique: "Je ne suis pas sûr que les plaignants se sont dits ‘on va acheter une maison à la ville, sur l'île d'Oléron !’".

Pétition, article dans le New York Times...

Procès du bruit ou chicanes de voisinage, quoi qu’il arrive cet animal à plume est devenu – malgré lui - un symbole des traditions du monde rural. Au-delà des vêtements à son effigie demandant à ce qu’on le laisse chanter ("let me sing"¸ pour les anglophones), Maurice a une pétition, qui a récolté 140.00 signatures, et a même eu le droit à son article dans le très célèbre New York Times. Cependant, ce combat de tranchées ne révèle pas d’une réelle cohabitation devenue impossible entre ruraux et nouveaux venus. C’est en tout cas ce qu’estimait le géographe Jean-Louis Yengué auprès de l’AFP. Pour ce chercheur du laboratoire Ruralités à l'université de Poitiers, l'affaire "Maurice" n'est qu'un problème de "voisinage" comme dans n’importe quel milieu. Pour lui, le vrai conflit en campagne ne porte pas sur les chants de cigales ou les bruits de cloche, mais sur l'utilisation des pesticides. 

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