"On jette des asperges" : en pleine crise sanitaire, les agriculteurs appellent les Français à "consommer comme d'habitude"

"On jette des asperges" : en pleine crise sanitaire, les agriculteurs appellent les Français à "consommer comme d'habitude"

TÉMOIGNAGE - Derrière les rayons de supermarché qui continuent d'être approvisionnés se trouvent les agriculteurs. Toujours actifs, ils regrettent auprès de LCI que la "panique" ait poussé les Français vers les denrées non périssables, et appellent à une plus grande "reconnaissance" de leurs efforts.

C'est l'une des peurs intrinsèques à toute crise inédite : celle de manquer de nourriture. Dès les premiers jours de la pandémie de coronavirus, on a pu observer des Français se ruer dans les supermarchés pour s'approvisionner, faisant monter la pression sur les principaux concernés. A savoir, les agriculteurs. Premier maillon de la chaîne alimentaire, ils tentent de rassurer les consommateurs... et les appellent à faire attention à leurs caddies.  

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Les agriculteurs sont "toujours là"

Comme Jonathan, nombreux sont ceux qui ont observé récemment une "consommation un peu extraordinaire". En Nouvelle-Aquitaine, cet éleveur de volaille a ainsi enregistré "entre 30 et 40% de commandes en plus". S'il dit comprendre la "panique" de la population, il se veut rassurant. Comme le gouvernement, il assure qu'il n'y aura "pas de pénurie". Pour la simple et bonne raison que lui est "toujours là". "En confinement toute l'année", pour reprendre ses mots, tant le métier d'agriculteur est "solitaire", ils font en effet partie de ces secteurs qui continuent leur activité malgré le coronavirus. S'il y a quelques soucis, notamment pour "trouver du personnel", et "du côté des usines et des abattoirs agroalimentaires", ce rouage de la chaîne alimentaire se dit prêt. Et compte le faire savoir. Avec le soutien des Jeunes agriculteurs, le hashtag #OnVousNourrit a été lancé afin de montrer qu'ils sont "au travail". "Nous n'avons pas arrêté l'activité, bien au contraire !", nous lance ce trentenaire.

Un message que Baptiste diffuse lui aussi sur les réseaux sociaux. Agriculteur dans le Centre-Val-de-Loire, il observe que "tout le monde joue le jeu". Nous appelant depuis son tracteur, qui n'a d'ailleurs "jamais aussi bien circulé sur les routes", il confirme  que "ceux qui vous nourrissent sont présents".

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Mais si tout le monde répond présent dans les champs, il faut qu'il en soit de même à la caisse. "Continuez à consommer comme d'habitude !" demande ainsi Baptiste, qui regrette un "report sur des denrées non périssables". Un appel que lance aussi Jonathan. Travaillant sur les terres landaises, il pointe du doigt une aberration. Tandis que les Français craignent une pénurie, chez lui, "on jette des asperges à la poubelle". Ces légumes, qui annoncent en temps le printemps, sont boudés par ceux qui se ruent sur les pâtes. Alors, le message est clair. Et il est porté jusqu'aux plus hautes sphères. Le ministre de l'Agriculture lui-même a dû appeler les Français à acheter "des produits frais". 

"Il faut que nos concitoyens se mettent à acheter des produits différents", déclarait ce jeudi Didier Guillaume. Après les achats de "première impulsion", il apparaît nécessaire de revenir à une "situation un peu plus normale" afin de permettre à "toute la chaîne alimentaire de fonctionner". 

Un ministre qui, la veille, avait tenu à féliciter ses troupes. Dans un communiqué, publié ce mercredi 18 mars, Didier Guillaume leur avait adressé un message de soutien, les appelant à ne pas "lâcher". "Nous comptons sur vous", écrivait-il à l'heure où le confinement commençait à se faire sentir jusque dans les champs. 

Car s'ils continuent à pouvoir exercer en plein air, ceux qui labourent la terre connaissent eux aussi quelques complications. Les rares moments de réunion ont disparu, emprunter du matériel au voisin est impossible et chaque jour, il faut là aussi se plier à la règle de l'attestation de déplacement dérogatoire pour sortir. Depuis son tracteur, Baptiste nous assure qu'il a "toujours" ce laisser-passer sur lui.  "Maintenant, c'est devenu un réflexe", nous confie-t-il, estimant qu'il est de son devoir de faire "comme tous ces gens qui vont travailler".

Entre les enfants et le travail, l'amplitude horaire est assez énorme- Baptiste Menon, agriculteur Centre-Val de Loire

Autre élément "un peu compliqué", du quotidien, ce sont les enfants. Si leur présence dans le foyer peut s'avérer compliquée en temps de télé travail, il en est de même quand on est aux champs. Après avoir passé sa journée de jeudi avec ses enfants à bord de son tracteur, il a semé "jusqu'à 1h du matin" afin de se "dégager du temps". 

Mais hors de question de compter ses heures quand on travaille dans un secteur "essentiel". Ce travailleur en grande culture, entre Orléans et  Blois, fait d'ailleurs la comparaison avec le milieu hospitalier. Il se considère lui aussi comme "indispensable à la société". "On fait partie de ces secteurs sans qui, aujourd'hui, la France entière irait mal." C'est d'ailleurs pour venir en aide à ses compagnons en première ligne que ce jeune homme a voulu porter mains fortes aux soignants. Sur les réseaux sociaux, Baptiste a proposé au monde agricole de donner ses masques, qu'ils détiennent en temps normal pour se protéger de la poussière. "Sans masque FFP2, on en a plein la gorge, on dort mal, oui, mais ce n'est pas bien terrible". 

L'occasion de revenir vers l'agriculture française?

Alors, comme pour les personnels soignants, Baptiste demande un brin de "reconnaissance". C'est d'ailleurs une requête qu'ont en commun les trois agriculteurs que nous avons interrogés. Interpellant les consommateurs, le vice-président des Jeunes agricoles a donc tenu à faire ce rappel :"Ce que vous allez chercher, tous les jours, que ce soit avant, maintenant, ou après, il y a des agriculteurs de France derrière." Demandant à ce que la population ne "cède plus à la panique", et commence plutôt à "privilégier l'agriculture française", Baptiste Gatouillat assène qu'il faut faire "confiance" en son secteur. "On peut compter sur nous et, nous, par contre, on ne comptera pas nos heures pour approvisionner les rayons de vos supermarchés." 

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