"On l'oublie vite, c'est comme en plongée" : ils racontent leurs journées entières avec un masque

"On l'oublie vite, c'est comme en plongée" : ils racontent leurs journées entières avec un masque

VIE DE BUREAU - Chaque jour, et depuis de nombreuses années, ils portent un masque de protection, du matin au soir. Pour ces travailleurs, la nouvelle consigne gouvernementale, qui entrera en vigueur le 1er septembre, ne va rien changer à leur quotidien.

La rentrée 2020 n'aura rien de commun avec les autres. Au 1er septembre, le port du masque devient obligatoire en entreprise dans tous les espaces clos et partagés. Une consigne édictée par la ministre du Travail Elisabeth Borne le 18 août, qui intervient alors que les chiffres publiés quotidiennement par le ministère de la Santé font craindre un rebond de l’épidémie de Covid-19 dans le pays. Les salariés devront le porter partout, aussi bien dans les salles de réunion sans aération naturelle que dans les open spaces, et même dans les couloirs ou les toilettes. 

Une nouvelle habitude à prendre qui ne fait pas l’unanimité. Selon un sondage réalisé par le site spécialisé dans l’intérim Qapa, plus d'un salarié sur quatre refuserait de porter ce dispositif sur son lieu de travail, en dépit de l’annonce de sa systématisation prochaine. Maux de tête, sensation d'étouffement, marques au visage... La plupart des employés estiment en effet que le masque deviendra de plus en plus gênant au fil de la journée. Pourtant, dans nombre de professions, le masque est déjà un équipement de travail, notamment dans le domaine de la santé. LCI a contacté certains de ces professionnels, pour qui la rentrée 2020 sera comme les autres.

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Au début, vous hyperventilez puis au fil du temps vous n’y faites plus attention et vous respirez tranquillement.- Le Dr Sébastien Abin, orthodontiste en région parisienne.

De par sa profession, le Dr Sébastien Abin, orthodontiste en région parisienne, porte un masque de protection du matin au soir depuis plus de vingt ans, épidémie ou pas. "Pour nous, c'est comme un outil de travail. Sans masque chirurgical, un dentiste se sent comme nu", s'amuse-t-il.  Si ce praticien reconnaît que l'utilisation d'un masque filtrant de type FFF2 peut être gênant, notamment en période de fortes chaleurs, ce n'est pas le cas du masque FFP1, ou chirurgical, dont il sera question dans la grande majorité des entreprises.

"Au quotidien, du fait de mon métier, je dois porter un masque entre neuf et dix heures par jour, sans que cela ne cause le moindre problème. C'est simplement une habitude à prendre", soutient-il. A en croire ce praticien, on finit même par l'oublier au bout d'un certain temps. "C’est un peu comme en plongée, vous avez un détenteur, au début vous hyperventilez puis au fil du temps vous n’y faites plus attention et vous respirez tranquillement", souligne-t-il. 

Pour limiter la gêne liée à l'utilisation prolongée du masque, le Dr Abin a aussi ses astuces. "Il faut bien pincer le nez afin d'éviter la buée pour ceux qui portent des lunettes. Pour les enfants ou ceux qui ont une petite tête, vous pouvez également utiliser un trombone ou épingle à nourrice et faire un nœud pour relier les deux élastiques. Le masque sera mieux adapté à la morphologie de votre visage. Et c'est aussi moins douloureux pour les oreilles", conseille-t-il.

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Pour Virginie Seguin, infirmière à la Pitié-Salpêtrière à Paris, le rituel est le même depuis bientôt 25 ans. Chaque matin, et parfois "jusqu'à dix heures par jour", elle travaille avec un masque sur le bout du nez. "Au début, ce n’est pas forcément très évident. Mais cela n'a rien d'insurmontable. C'est exactement la même chose que lorsqu'on porte un cache nez. Cela ne vous empêche pas pour autant de bien respirer", souligne cette professionnelle de santé. 

A l'entendre, le frein est principalement psychologique. "Au Japon, le port du masque est entré dans les mœurs depuis longtemps, à cause de la pollution notamment. Là-bas, à ma connaissance, personne ne s'en plaint ! Comme pour chaque nouvelle habitude, il faut laisser au cerveau le temps de s'adapter. Dès le deuxième jour, vous allez finir par complètement l'oublier", promet-elle. Le masque offre également une barrière supplémentaire contre les virus, et pas uniquement celui du Covid-19. "Avec un masque, vous aurez beaucoup moins de risque d'attraper un rhume ou une autre maladie", ajoute-t-elle. 

Avec le masque, pour être audible sans pour autant parler plus fort, il faut s'habituer au contraire à parler plus doucement, et surtout à bien articuler.- Virginie Seguin, infirmière à La Pitié-Salpêtrière.

Chez les réfractaires au port du masque, un des arguments qui revient régulièrement concerne la difficulté à communiquer. "Nous avons l’habitude de parler très vite et parfois de manger la moitié des mots. Avec le masque, pour être audible sans pour autant parler plus fort, il faut s'habituer au contraire à parler plus doucement, et surtout à bien articuler. Encore une fois, c'est une habitude à prendre", prévient Virginie Seguin. 

Les politiques ont envoyé des messages contradictoires au début de la crise. De ce fait, les gens ont du mal à croire à l'efficacité de ce dispositif.- Le Dr Mohamed Derder, chirurgien plasticien à l'hôpital européen George-Pompidou.

Pour le Dr Mohamed Derder, chirurgien plasticien à l'hôpital européen Georges Pompidou et à l'hôpital privée de la Seine-Saint-Denis, c'est une question de responsabilité. "En tant que praticien, je tiendrais compte de cette gêne uniquement pour les enfants. Pour un adulte, hormis dans certaines profession, c'est loin d'être insurmontable. Nous vivons une crise sanitaire sans précédent. Dans les hôpitaux, des gens se battent pour sauver des vies. Chacun doit prendre ses responsabilités afin de limiter autant que possible la propagation de la maladie", martèle-t-il.

Dans le cadre de son métier, le Dr Derder porte un masque entre onze et douze heures par jour, au rythme de trois à quatre fois par semaine, quand il se trouve en bloc opératoire. Et cela depuis plus de quatorze ans. Selon ce praticien, la mauvaise gestion de la crise par le gouvernement, et notamment la question de l'utilité ou non de ce dispositif médical, est à l'origine de la fronde qui anime aujourd'hui un certain nombre d'anti-masques. "Les politiques ont envoyé des messages contradictoires au début de la crise. De ce fait, les gens ont du mal à croire à l'efficacité de ce dispositif", déplore-t-il. 

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