Peste noire et coronavirus, "les similitudes sont remarquables" pour l'historien Joël Blanchard

Peste noire et coronavirus, "les similitudes sont remarquables" pour l'historien Joël Blanchard
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HISTOIRE - Pandémie mondiale et qui impacte profondément nos vies, le coronavirus marquera l'histoire. Quelques mois après son apparition, pouvons-nous déjà établir des comparaisons avec des fléaux anciens comme la peste noire ? Pour l'historien médiéviste Joël Blanchard, la réponse est oui.

"Cette crise est totalement exceptionnelle. Il y a trois mois, le 23 janvier, il n'y avait aucun cas de Covid-19 en France", a mis en perspective le directeur général de la Santé Jérôme Salomon lors de son audition à l'Assemblée nationale sur la gestion de la crise sanitaire du coronavirus. 

Mettant en avant "la brutalité et la rapidité de cette crise sanitaire", il n'a pas hésité à comparer le coronavirus à une pandémie passée. "Dans l'histoire, elle peut être comparée à la pandémie de peste de 1347. [...] C'est la première fois dans l'histoire du monde que l'ensemble des pays sont touchés en même temps." 

Pour comprendre dans quelles mesures les comparaisons sont possibles avec la peste noire de 1347, LCI a sollicité l'éclairage de Joël Blanchard, historien, professeur émérite à "Le Mans Université" et auteur de l'ouvrage La fin du Moyen Age  (ed. Perrin) paru cette année.  

LCI - Comment est apparue la peste noire ?

Joël Blanchard - La grande peste, ou peste noire, provient d’Extrême-Orient, apportée par des soldats mongols qui envahirent la ville de Caffa, colonie génoise sur les bords de la mer Noire. Les premiers cas de peste ont été relevés en 1347. La pandémie s’est ensuite répandue à travers toute l’Europe grâce aux échanges maritimes en Méditerranée, puis via les routes commerciales à l’intérieur du continent. 

La progression du virus a-t-elle été fulgurante ?

Très rapide. En l'espace de quelques années seulement, la peste a décimé la moitié de la population européenne. Puis de nouvelles vagues d'épidémie se sont succédé durant deux siècles. L'impact démographique a été majeur. En s'appuyant sur les témoignages des chroniqueurs de l'époque, nous apprenons qu'à Paris, 100.000 personnes décèdent lors d'une résurgence de la maladie entre septembre et décembre 1418. Autre exemple : en 1420, c'est 80% de la population de la Normandie qui disparaît. Le choc a été important car les dernières grandes pandémies dataient du VIe siècle. 

Comme pour le coronavirus, la circulation des hommes est largement responsable ?

Oui, la peste s'est répandue en suivant les routes commerciales. Mais il ne faut pas oublier que cette pandémie se déclenche en pleine Guerre de Cent Ans, une période de grands déplacements : les populations fuient les zones de combats, puis y retournent une fois la paix revenue, les armées traversent des territoires entiers, sans oublier la circulation des mercenaires entre les différents conflits ou encore les nombreux pèlerinages. Sans le savoir, les hommes éparpillaient encore davantage la maladie. 

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Quelles étaient les réactions face à ce cataclysme ? Et comment imaginait-on, à l'époque, le monde d'après ? 

La lecture des chroniques nous montre qu’on pensait que la peste accoucherait d'un monde encore bien pire. Les visions d'avenir étaient très sombres. La représentation des quatre cavaliers de l’Apocalypse – la famine, les animaux, la guerre et la peste – était très forte à cette époque. Pour citer quelques exemples, les chroniqueurs considéraient que les concentrations des héritages entre quelques mains augmenteraient la cupidité. Les prix des denrées ont doublé et la baisse démographique a été marquée par un profond déséquilibre social et économique. Il y a eu beaucoup de délations et de crimes, les uns accusaient les autres d'avoir apporté la maladie. Un climat qui entraîna un sentiment de déclin profond du monde.

Aujourd’hui les choses vous semblent-elles différentes pour l'après coronavirus ? 

Je suis étonné de relever des réactions similaires. Comme au temps de la peste noire, nous vivons une remise en cause du monde tel que nous l'avons toujours connu. Un processus déjà entamé il y a quelques années avec la prise de conscience du changement climatique et les dégradations de l’environnement considérées comme irréversibles. Au Moyen Age, les pandémies successives étaient pour certains le résultat d’un mauvais comportement de l’humanité. Il fallait se repentir. Aujourd’hui les similitudes sont remarquables, nous pouvons entendre ici ou là que la Terre est trop peuplée, trop polluée et que nous payons les excès de la mondialisation. 

Mais contrairement au Moyen Age, nous imaginons aussi un monde d'après avec plus de solidarité, une consommation plus raisonnée et moins mondialisée. Beaucoup espèrent que l'après coronavirus sera meilleur. Aux XIVe et XVe siècles, on ignorait tout des origines de la peste et de sa transmission. Une impuissance face à l’hécatombe qui est aujourd'hui bien différente grâce aux connaissances scientifiques. 

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VIDÉO LCI PLAY : Les pandémies dans l'histoire : la peste de Justinien

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