Paris : le gymnase Jean Bouin accueille 150 migrants, des habitants du 16ème s'insurgent

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ACCUEIL - La mairie de Paris a réquisitionné le gymnase Jean Bouin, dans le 16ème arrondissement, pour héberger 150 migrants de façon provisoire. Malgré l'urgence de l'hiver, certains élus et habitants se mobilisent contre cette décision, qui empêcherait 1500 élèves et 1500 sportifs de s'entraîner ces prochaines semaines. Une pétition a été lancée.

Les lits de camp sont disposés les uns à côté des autres sur toute la surface du gymnase Jean Bouin. Certains sont déjà recouverts de duvets. Au sol, des sacs de voyage et de grands cabas s'accumulent. En ce milieu d'après-midi, les bénévoles de l'armée du Salut s'organisent pour les repas. La veille, lundi 28 janvier, ils ont accueilli près de 150 migrants dans cet équipement sportif appartenant à la mairie de Paris. Deux retardataires se présentent à l'entrée : des petits tickets de papier leur ont été donnés, à Gare de l'Est, n°36 sur l'un, n°37 sur l'autre. Un des jeunes hommes explique en Anglais qu'on leur a demandé de venir ici. On les laisse entrer dans l'enceinte du gymnase. Les journalistes sont priés de rester dans le hall, ou de revenir demain.

Plusieurs élus du 16ème arrondissement sont contre la réquisition du gymnase pour l'accueil de migrants

Si les organisateurs de ce dispositif d'accueil temporaire filtrent les entrées, c'est aussi parce que la mise en place de cet accueil d'urgence provoque la polémique dans le très chic 16ème arrondissement. Dès les premières heures de la journée lundi, des habitants se sont rassemblés devant le gymnase avec des élus, pour manifester leur mécontentement. Ils reprochent à la mairie d'avoir réquisitionné ce lieu "sans concertation" et ainsi de pénaliser "plus de 1500 scolaires et 1500 adhérents des clubs" sportifs du quartier, selon leur pétition. Selon la durée de la réquisition des lieux, il se pourrait également que plusieurs salariés des associations sportives exerçant dans le gymnase soient au chômage technique.

En tête de la fronde contre cette utilisation du gymnase, la maire  (LR) du 16ème, Danièle Giazzi estime que son arrondissement n'a "à recevoir de leçon d'humanité, de solidarité, de personne" et s'en prend à Anne Hidalgo : "C'est dommage que tout le monde soit dupe de cette espèce de manip électoraliste de Madame Hidalgo", a-t-elle déclaré à BFM. Elle reproche à la Maire de Paris de "ne connaître que le 16ème", faisant référence à la réquisition de la caserne Exelmans et de l'hôtel Mezzara pour loger des sans-abris et des migrants en 2016 et 2017. Deux dispositifs d'aide qui avaient déjà fait polémique à l'époque.  


Le député LR Claude Goasguen, qui était maire du 16ème jusqu'en 2017, a jugé de "inacceptable et arbitraire" la décision de réquisition du gymnase. Dans un communiqué, il a déclaré "Il ne s’agit pas pour nous de renoncer à une quelconque solidarité à l’égard de ceux qui sont dans la difficulté mais nous devons refuser que les scolaires et les parents d’élèves soient les victimes d’une mauvaise politique." Un avis partagé par Patrick Karam, vice-président de la région Ile-de-France et inspecteur général jeunesse et sports.

Cette réaction des élus du 16e a suscité l'indignation d'autres élus parisiens. Ian Brossat, porte-parole du PCF et adjoint à la Maire de Paris en charge du logement, a notamment rappelé que les températures hivernales, particulièrement basses à l'approche de la tempête Gabriel, étaient une raison suffisante pour priver les parisiens de sport pendant quelques semaines.

La Mairie de Paris assure de son côté qu'il "est normal que ça tourne entre les quartiers"

"Il s'agit de mettre à l'abri, de manière temporaire, les migrants qui sont à la rue", a expliqué de son côté la préfecture régionale d'Ile-de-France à l'AFP. Elle a ajouté que le choix du gymnase Jean-Bouin a été validé par la mairie de Paris, qui cherche à relocaliser l'activité sportive. Cette réquisition fait partie d'un plan concernant tous les départements franciliens et devant permettre la mise à disposition de 1 200 places d'urgence au total.

Dans une déclaration au Figaro, l’adjoint à la Mairie de Paris en charge des sports déclare n’avoir "jamais vu une surréaction à ce point". Il précise dans le quotidien que "ce sont des situations qui arrivent tous les ans (...) il est normal que ça tourne entre les quartiers. C’est la première fois pour le 16ème, il ne faut pas que ses habitants soient paranoïaques ! Evidemment, les choses ne se régleront pas en 24 heures, mais on est dessus". En effet selon les informations données par la mairie de Paris, c'est un gymnase du 12ème qui avait été réquisitionné l'année dernière. 

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