Paris, ville la plus sale d'Europe ? Retour sur les chiffres clés de la propreté dans la capitale

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TRI SÉLECTIF - D'après le quotidien britannique "The Guardian", Paris serait la ville la plus sale d'Europe. Une critique qui a relancé le débat sur la propreté dans la capitale, à seulement six mois des municipales. La mairie et l'opposition se sont lancées dans une bagarre de chiffres. A La Loupe a fait le tri.

Paris serait-elle devenue la ville la plus sale d'Europe ? C'est en tout cas ce qu'estime le journal britannique The Guardian, qui a surnommé la capitale "the dirty man of Europe", soit "l'homme sale de l'Europe". Au micro de LCI, Paul Simondon, adjoint à la mairie de Paris chargé de la propreté, reconnait que "la situation n’est pas satisfaisante", mais souligne que "toutes les grandes villes européennes sont soumises à de grandes incivilités". 

"On ne peut pas mettre un éboueur derrière chaque Parisien", a réagi de son côté la maire, Anne Hidalgo, sur France Inter. Un argumentaire repris ce mardi soir sur LCI. "Je ne vais pas dire que le Parisien est sale, mais il faut que tout le monde se prenne en charge", a-t-elle fait valoir, soulignant avoir mis en oeuvre des moyens "extrêmement conséquents dans la propreté", 600 millions d'euros au total. 

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Reste que pour l'opposition, la municipalité n'est pas à la hauteur. Interrogée par François Delétraz, Yohan Blavignat et Étienne Jacob, auteurs de "La Reine maire de Paris" paru en avril dernier, la maire du 5e arrondissement, Florence Berthout, affirmait que "les moyens humains (du service de propreté) ont baissé de 1111 personnes depuis 2001". Candidat aux prochaines élections municipales dans la capitale, Gaspard Gantzer accuse de son côté la Ville de rogner le budget propreté. Dans son livre "Nous autres Parisiens", il assure qu'entre 2001 et 2017, celui-ci a été raboté de 11%. D'autres, eux, à l'instar du Guardian, pointent du doigt un absentéisme record chez les éboueurs parisiens. Mais alors, qui dit vrai ?

Les effectifs

Le chiffre de 1111 postes supprimés évoqués par Florence Berthout entre 2001 et 2017 provient du rapport de la mission d’information et d’évaluation "La politique Parisienne en matière de propreté", remis par la maire du 5e arrondissement en janvier 2018 au Conseil de Paris, et cosigné par tous les groupes politiques. Comme on le voit ci-dessous, les effectifs totaux de la Direction de la propreté et de l'eau (DPE) ont perdu 1111 équivalents temps plein (ETP) entre 2001 et 2017. Cependant, les effectifs concernés ne correspondent pas aux agents chargés de la propreté. Et pour cause, dans ce secteur, on comptabilise à l'inverse 303 créations de postes d'éboueurs et d'encadrants de terrain.

Aujourd'hui, la situation a encore évolué, on compte 5093 éboueurs ETP. C'est 700 ETP de plus qu'en 2001, souligne la mairie de Paris, et 212 de plus qu'en 2014, où l'on comptabilisait 4881 éboueurs. De nombreux postes ont donc été créés ces dernières années. "530 nouveaux éboueurs ont été recrutés en juin, et 230 le seront en octobre" de cette année, fait valoir la Ville, bien que cela ne corresponde pas forcément à des créations de postes.

Précision importante : ces éboueurs municipaux n'opèrent que dans la moitié de la ville. La collecte des déchets des ménages et assimilés est assurée par la Direction de la propreté et de l'eau (DPE) dans les 2e, 5e, 6e, 8e, 9e, 12e, 14e, 16e, 17e, et 20e arrondissements, tandis que celle des autres arrondissements est réalisée par des entreprises privées.

Au-delà des éboueurs, la ville s'appuie sur la police municipale pour s'attaquer au problème. "L’intensification de la lutte contre les incivilités est l’un des principaux objectifs de la réforme entreprise en 2016 avec la création de la Direction de la prévention, de la sécurité et de la protection (DPSP) qui rassemble la totalité des personnels chargés de la lutte contre les incivilités", explique la Ville de Paris. "Juridiquement qualifiés d’'agents de la Ville de Paris chargés d’un service de police' agréés par le procureur de la République et assermentés, ces agents peuvent verbaliser dans un certain nombre de domaines : dépôts irréguliers, collecte des ordures ménagères, déjections canines, divagations d’animaux, épanchements d’urine, nuisances sonores, terrasses-étalages, règlement des espaces verts, marchés, chantiers, occupation de la voie publique."

Au total, 3200 agents municipaux sont chargés, entre autre, de verbaliser les auteurs d'incivilités, de 7H à 23H. Parmi eux, 320 agents peuvent intervenir 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, détaille la mairie, qui se vante d'avoir tripler les effectifs, de 1000 en 2016 à 3200 aujourd'hui, même s'il s'agit, pour un tiers, de réaffectations. A sa création, la DPSP a regroupé les agents verbalisateurs de la Direction de la prévention et de la protection (DPP) de la Direction de la propreté et de l'eau, (DPE) et de la la Direction des espaces verts et de l’environnement (DEVE). 

Bilan : 144.000 procès-verbaux ont été dressés en 2018, dont 9000 PV pour jets de mégots et 39.000 pour dépôts irréguliers sur la voie publique, contre 110.000 en 2017. Un nombre qui reste stable pour le moment avec 74.362 PV délivrés de janvier à juillet 2019, mais la Ville espère intensifier la répression dans les prochains mois : "Dans le cadre de la création de la police municipale de Paris, cet effort majeur se poursuit avec 210 agents supplémentaires recrutés cette année". 

L'adjoint à la propreté reconnait toutefois que ces amendes ne sont pas assez dissuasives. Mais remet la faute sur l'Etat, qui "ne nous permet pas de mettre des amendes à plus de 68 euros".

Le budget

Hausse ou baisse budgétaire ? Là encore, tout dépend où l'on regarde. Selon la mairie, le budget alloué à la propreté est resté stable ces dernières années, aux alentours de 550 millions. Ce que conteste l'opposition. Gaspard Gantzer, tout comme Florence Berthout, évoquent une baisse de 11% de 2001, date à laquelle Anne Hidalgo est devenue première adjointe, à 2016. "Depuis 2001, l’espace public parisien a augmenté de près de 30%, ce qui multiplie les surfaces à nettoyer, et plus de 100.000 personnes supplémentaires y circulent, alors que le budget consacré à la propreté est passé de 149 millions d’euros en 2001 à 133 millions d’euros en 2016, soit une diminution de 11% en euros constants", expliquait Florence Berthout au Monde en janvier 2018. Si l'écart est si important, c'est que la mairie prend en compte la totalité du budget de la Direction de la propreté et de l’eau (DPE). L'élue du 5e arrondissement ne retient quant à elle que la ligne "propreté" (document en annexe du rapport de la mission d'information et d'évaluation). 

Les écologistes estiment également que le budget de 550 millions n'est pas représentatif, même si leurs conclusions varient un peu. Yves Contassot, conseiller de Paris, avait détaillé leur méthode de calcul à nos confrères de CheckNews il y a un an : au budget global, ils retirent la somme allouée à la masse salariale (soit environ la moitié) ainsi que la contribution au service chargé du traitement des déchets, le Syctom, dont ils estiment qu'il "n’a rien à voir avec la propreté". En retirant ces frais, on obtient ici une légère hausse : de 121 à 133 millions d'euros. Mais, avec l'inflation, Yves Contassot considère que "la somme aurait dû atteindre 151 millions d’euros en euros courants" pour avoir la même capacité d’action". Selon lui, la baisse serait donc de 17,74%.

Autre argument avancé : "le pourcentage des recettes affecté à la propreté de Paris (collecte, traitement des déchets et nettoiement) a très sensiblement diminué, passant de plus de 14% en 2001 à moins de 9% en 2016", avance le groupe écologiste dans le rapport de la mission d'information et d'évaluation. Il convient toutefois de souligner que les affectations de la DPE ont évolué au fil des années. La DPE correspondait ainsi au début des années 2000 à la Direction de la protection de l'environnement, sauf que le périmètre "environnement" est depuis sorti de son champ de compétences et une partie de son budget avec.

Dernier point : des investissements ont été effectués au niveau matériel. En 2019, la Ville de Paris s'est engagée à "échanger 10% de ses 30.000 poubelles de rue par des modèles inaccessibles aux rats" ainsi qu'à installer "plusieurs centaines de poubelles dites 'intelligentes' qui compactent les déchets sont en cours d'installation dans des lieux fréquentés. Ce nouveau modèle de poubelles grand format fonctionne à l’énergie solaire et permet de stocker 4 à 6 fois plus de déchets que les poubelles classiques."

Des équipes "Urgence propreté" ont par ailleurs été créées. Les 84 agents dédiés répondent aux alertes de l'application 'Dans ma Rue' sur laquelle les citoyens peuvent signaler des incivilités "et aux urgences identifiées par les mairies d’arrondissement", précise la mairie. "Ils ont également pour vocation de traiter des points noirs de dépôts sauvages identifiés. Ce dispositif mobile polyvalent et très réactif, a été expérimenté avec succès depuis un an dans le nord de la capitale, puis progressivement étendu à tous les arrondissements."

L'absentéisme

L'absentéisme des agents, pointé du doigt par l'opposition, est bien réel. "L’absentéisme compressible (accident de travail, maladie professionnelle, maladie ordinaire, absence injustifiée) des éboueurs a atteint son niveau maximal en 2011 à près de 13,5% et dépasse aujourd’hui encore 13%", indique le rapport de la mission d’information et d’évaluation sur les questions de propreté, menée par Florence Berthout fin 2017. "L’impact de ces absences est extrêmement lourd pour l’exploitation, et met à mal le collectif de travail car elle reporte la charge de travail sur les agents présents (...) Un fort absentéisme est également constaté chez les conducteurs de la section des moyens mécaniques (plus de 10% à ce jour, en légère diminution toutefois depuis mi 2016)."

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