Particules fines dans le métro parisien : Alexandre Dumas, cette station où l’on "nettoie" l’air pollué

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POLLUTION - A la station Alexandre Dumas, dans le 20e arrondissement de Paris, est expérimenté le dispositif "Ip’Air", une technologie capable de capturer les particules fines. L'objectif du test qui durera six mois : améliorer la qualité de l’air dans les stations du métro parisien. Reportage sur ce quai où l'on respire mieux.

Alors qu’il fait 32 degrés à l’extérieur, Elvire entre d’un pas assuré dans la station Alexandre Dumas, à Paris. Ce jeudi 27 juin, elle profite de l’air expulsé par une mystérieuse boîte blanche située sur le quai pour se rafraîchir. Si elle apporte un peu d’air frais, ce n’est pas l’objectif de cette caisse de trois mètres de long sur deux mètres de haut. C’est en fait un purificateur d’air, installé par le groupe Suez sur cette station de la ligne 2, pour baisser le niveau de pollution aux particules fines dans le métro.

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Des "aimants à particules fines" sur le quai

Car toutes les études s’accordent à le dire : le taux de particules fines (notamment les PM10 et PM 2,5) dans le métro de la capitale est anormalement élevé. La plus récente d’entre elles est l’enquête du Parisien, réalisée en mars dernier. Le quotidien avait déduit que, dans certaines stations de métro, ce taux était parfois trente fois plus élevé lorsque vous attendez votre métro que lorsque vous marchez dans les rues parisiennes. La faute essentiellement à la friction entre les roues et les rails à chaque freinage, qui remet en suspension des particules de fer, bien que d’autres facteurs soient également invoqués, comme les travaux dans les tunnels.

Pour lutter contre ce fléau, la région Ile-de-France a lancé un appel à projet en mars 2018. L’objectif est dans l’intitulé : "Innovons pour l’air de nos stations". Un programme dont le groupe Suez a eu la responsabilité, avec son dispositif nommé "Ip’Air", qui traite 7.500 m3 d’air chaque heure. Jérôme Arnaudis, directeur du pôle Air de la société, en est "très fier". Il nous explique comment cette technologie absorbe l’air et récolte les particules fines qui s'y trouvent. Et ce grâce à des "filtres électro-statiques de dernière génération" qui réalisent une "ionisation positive". Comprenez une sorte "d’aimant à particules". "Un courant électrique très faible est injecté dans les particules fines qui sont alors attirées, comme pour un aimant, vers des plaques", explique ainsi le directeur du pôle air. Celles-ci restent donc accrochées aux parois, qui "collectent la pollution". 

Et après ? Les particules sont "caractérisées pour comprendre les voies de valorisation". C’est-à-dire savoir de quelle façon elles peuvent être réutilisées. Un critère qui enthousiasme Sophie Mazoué. Responsable développement durable à la RATP elle insiste sur ce point: "C’est ça qui est inédit : la valorisation de la pollution !" Pour quelle utilité ? Plusieurs possibilités sont évoquées, mais leur utilisation exacte reste encore à confirmer. 

On sent que l'air se renouvelle- Une usagère de la ligne 2 à Alexandre Dumas

Si le dispositif est intéressant sur le papier, il faut maintenant le tester. C’est à la station Alexandre Dumas que deux boîtiers ont été installés. Un choix justifié par le fait qu’elle est "représentative du réseau ferroviaire, sans travaux et avec un seul accès", nous précise Sophie Mazoué. Et pourquoi prélever sur le quai et non directement "à la source", à savoir les rails ? Là encore, celle qui a un doctorat en physique des aérosols nous répond y "avoir pensé", avant de juger que cela était moins pertinent car la RATP "améliore les rames au fur et à mesure en installant un freinage électrique". 

Les usagers de cette station peuvent donc d’ores et déjà profiter de cette expérimentation lancée le 3 juin et qui va s'étaler sur six mois. Une durée "nécessaire",  pour tester différentes configurations possibles d’installation afin d’observer l’endroit où elle est la plus efficace. Après un mois de test, quel est le verdict auprès des usagers ? Kelly, a surtout remarqué un changement d’odeur. A 23 ans, elle attend chaque jour son métro et a "observé que ça ne sentait pas pareil". "Je ne sais pas si je suis influencée par la présence du boîtier mais oui, j'ai remarqué quelque-chose", nous confie-t-elle. Elvire, qui "cherchait juste du vent", admet elle aussi avoir noté quelque chose. "On sent que ça se renouvelle", nous dit-elle en moulinant des bras devant la sortie d’air rafraîchissante. 

Reste que  pour la plupart des habitués interrogés, ces technologies sont surtout une bonne façon de se rafraîchir. Sophie Mazoué ne perd cependant pas de son optimisme. Pour elle, il y est normal que les usagers ne se soient pas rendus compte de la différence puisque "les stations sont un lieu de passage". "En temps normal, on ne ressent pas forcément la qualité de l’air. Par contre, on peut sentir que l’air circule." Jérôme Arnaudis se montre lui aussi confiant. Le dispositif, qu’il voulait "facilement duplicable" pour être transposé partout dans le métro, a déjà fait ses preuves à l’étranger. Notamment en Belgique, dans des parkings sous-terrain, où cette technologie a permis de neutraliser "jusqu’à 70% des particules, 40% des particules fines et 20% des particules ultra-fines", selon l’homme à la tête du projet. 

Pour savoir si Ip'Air fonctionne dans la capitale,  un autre outil, déjà présent aux stations Franklin D. Roosevelt, Châtelet et Auber, a été mis en place à Alexandre Dumas. Il évalue, 24 heures sur 24, la qualité de l’air, et donc l’efficacité de l’installation. Pour le moment, seules les données avant l’installation ont été récoltées. Il faudra alors s'armer de patience pour savoir si tout le monde pourra bientôt profiter de l’air façon "Ip’Air".

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