Pauvreté : une enquête inédite dévoile le profil des sans-abris du métro de Paris

Pauvreté : une enquête inédite dévoile le profil des sans-abris du métro de Paris
Population

CHIFFRES - Mandaté par la RATP et la région Ile-de-France, le Samusocial a mené une large enquête sur la population des sans-abris du métro parisien. Majoritairement des hommes, d'un âge relativement élevé, ils sont 20% à percevoir des revenus grâce à un travail, se servant du métro comme d'un dortoir.

Les usagers du métro parisien ne peuvent pas prétendre ne pas les voir : dans les couloirs, sur les quais, les sans-abris sont nombreux à se réfugier dans les souterrains de la capitale. Pour la première fois depuis 30 ans, une enquête de grande ampleur s'est intéressée à eux. Début 2019, la Région Île-de-France et la RATP ont mandaté l’observatoire du Samusocial de Paris pour mieux appréhender la difficile problématique des "sans-abri du métro". Durant six mois, des observateurs ont participé à plus de 50 maraudes et ont rencontré plus de 700 SDF.

Lire aussi

Environ 300 personnes dorment chaque nuit dans le métro

Sur l'année 2018, près de 2500 personnes différentes ont été identifiées comme dormant dans les couloirs du métro. Chaque nuit, ils seraient au minimum 200 à s'y réfugier. En période hivernale, ce chiffre grimpe à une moyenne de 350 personnes. Les sans-abri du métro rencontrés par le Samu lors de l'enquête sont majoritairement des hommes : sur 704 individus, 82% sont de sexe masculin. 

Certains d'entre eux ne bénéficient d'aucune prise en charge, malgré les efforts de la RATP. Depuis 1994, l'établissement public a mis en place une équipe dédiée - le Recueil Social - pour aller à la rencontre des SDF sur son réseau, leur proposer une assistance et les rediriger vers des services d’accueil, en surface.

En majorité des hommes, de 35 ans et plus

Si les visages de sans-abris mendiants dans les rames sont parfois très jeunes, seuls 22% des SDF du métro ont moins de 35 ans. La tranche d'âge des 35-45 ans est la plus commune (31%) pour les hommes comme pour les femmes. Fait visiblement nouveau comparé aux dernières études, 47% d'entre eux sont âgés de plus de 45 ans, soit près d'une personne sur deux. 

Actuellement, près des deux tiers des hommes - en grande majorité comme le montre le graphique ci-dessus - sont sans solution d’hébergement depuis au moins six mois et la majorité le sont depuis au moins un an. Un homme sur dix questionné sur le réseau est sans solution d’hébergement depuis au moins dix ans sans discontinuer. 

20% des sans-abris sont des travailleurs pauvres

Un triste constant puisque selon les déclarations des concernés, deux tiers des sans-abris perçoivent des revenus. Toujours concernant les hommes, 26% reçoivent des prestations sociales, notamment le RSA pour 17% d'entre eux. Un tiers des interrogés indique vivre de la mendicité, sous terre ou en surface. 3% d'entre eux perçoivent des allocations chômage et 6% une retraite, insuffisantes cependant pour se loger.

Plus surprenant, un SDF sur cinq (20%) assure avoir un travail, déclaré ou non. Ce profil du travailleur pauvre sans domicile serait selon le Samusocial, en augmentation substantielle ces dernières années. "Cette population a changé, en particulier avec l'augmentation de la part des travailleurs précaires, qui font un autre usage du métro. Ils y passent la nuit mais travaillent la journée, ou l'inverse", explique à l'AFP Odile Macchi, sociologue à l'observatoire du Samusocial. D'après ses retours, seul 7% des 704 interrogés ont ainsi déclaré ne jamais quitter le métro.

Un projet "Maison région solidaire" mis en place dès cet hiver

Selon les termes des interrogés, le métro est "un lieu de halte, de refuge et de vie", où les sans-abri travaillent et "font des rencontres". A terme, cette enquête devrait permettre "de mieux comprendre les besoins de ces personnes pour concevoir des Maisons Région Solidaire en adéquation avec cette population spécifique", explique le communiqué d'Ile-de-France Mobilités.

Ces lieux d'hébergement et de réinsertion seront pensés pour accueillir de jour comme de nuit, sur un temps long, ces personnes qui nécessitent des soins particuliers au regard, souvent, de leur mauvaise santé. Les Maison région solidaire devront, selon la région Ile-de-France, être "sur mesure" et "100% dédiées aux sans-abri du métro". Des premières places seront ouvertes dès fin novembre 2019 sur deux sites, à Issy-les-Moulineaux et à Clichy-la-Garenne, en collaboration avec la Croix-Rouge française. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter