Pédocriminalité dans l'Eglise : la commission indépendante a reçu 3400 appels

Pédocriminalité dans l'Eglise : la commission indépendante a reçu 3400 appels
Population

ABUS SEXUELS - Un an après sa mise en place et après avoir recueilli 3400 appels, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise catholique (CIASE) entame, fin novembre, un tour de France pour aller à la rencontre des victimes.

"Faire toute la lumière sur les abus sexuels sur mineurs dans l'Eglise catholique depuis 1950". Telle est l'ambitieuse et difficile mission de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise catholique (CIASE). Présidée par Jean-Marc Sauvé, celle-ci a été mise en place, en novembre 2018, lors de l'assemblée plénière des évêques de France à Lourdes. 

Si, de l'aveu de son président, elle n'entend pas "établir des responsabilités individuelles ou hiérarchiques", il s'agit bien de comprendre la façon dont ont été traitées ces affaires, tant dans le champ privé, familial qu'au sein de l'Eglise. Ces victimes ont-elles été entendues, lorsqu'elles ont parlé ? Comment ont réagi leurs familles et l'Eglise ? C'est tout l'enjeu de cette commission. Un an après sa création, cette équipe resserrée de bénévoles, souvent d'anciens fonctionnaires de l'Etat, recueille, enquête, et écoute les victimes de prêtres pédophiles. 

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Des chiffres difficiles à interpréter

Jean-Marc Sauvé estime que 70% de la population française a été en contact avec l'Eglise catholique. Enseignement, camps scout, catéchisme... Autant de lieux et de moments de vie au cours desquels ces abus ont pu être commis. C'est pour cette raison qu'un appel à témoins a été lancé en juin dernier. A ce jour, ce sont 3400 appels de victimes et de témoins de toute la France qui ont été recensés par le réseau France Victimes. 

Un chiffre "difficile à interpréter", qui a d'ailleurs connu un soubresaut à la faveur de l'actualité.Lors de la conférence des évêques de France qui s'est tenue début novembre à Lourdes et au cours de laquelle ces derniers ont abordé le sujet de l'allocation pour les victimes, la CIASE a dénombré une cinquantaine d'appels par jour.

Qui sont les victimes, les auteurs ?

Les victimes justement, étaient, de façon écrasante, mineures au moment des faits (86%), dont une majorité d'hommes. Une partie des victimes (14%) était majeures au moment des faits, mais considérées comme "vulnérables". Parmi elles, un tiers étaient des religieuses, des religieux ou encore séminaristes.

Aujourd'hui, un tiers des victimes est âgée de plus de 70 ans. A ce jour, une vingtaine a été auditionnée et une centaine est en attente. Les auteurs, eux, sont à 98% des hommes, selon les chiffres. Parmi eux, 71% sont des prêtres, le reste étant des religieux de congrégations.

Mais toutes les victimes potentielles ne se sont pas faites connaître. Il y a le traumatisme, qui bloque toute révélation, la souffrance et le déni. Autant d'obstacles difficiles à surmonter pour que la parole des victimes se libère après toutes ces années. 

Un tour de France de la fin novembre jusqu'au printemps

Alors la CIASE a décidé d'entamer un tour de France qui débutera à Lille le 29 novembre prochain et se poursuivra ensuite à Bordeaux puis Marseille, Nantes, Strasbourg ou encore Toulouse et Lyon. Pour échanger et débattre de ce sujet mais aussi pour entendre des victimes. Car toutes ne peuvent se déplacer pour être auditionnées par la commission. "Nous voulons aller à leur rencontre", indique Jean-Marc Sauvé.

Des entretiens seront donc menés par les membres de la commission à l'image de celles effectuées à Paris jusqu'à maintenant. La CIASE organisera également des rencontres avec le public et divers médias régionaux, "pour répondre aux questions et interpellations". "Durant ces temps d'échange, nous espérons entendre des victimes ou des associations qui accepteront de s'exprimer publiquement de ce qui leur est arrivé", précise la CIASE. Une démarche saluée par les associations de victimes. 

Si vous souhaitez témoigner, des écoutants seront à votre écoute au 01 80 52 33 55, 7 jours sur 7 et de 9H à 21H. Vous pouvez également contacter la CIASE par mail : victimes@ciase.fr 

Ou par courrier : Service CIASE – BP 30132 75525 Paris cedex 11 

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