Les pénétrations vaginale, anale et orale enseignées en CE1 et CE2 ? Le nouveau hoax sur l'éducation sexuelle

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SEXUALITÉ - A l'aube de la rentrée scolaire, des parents s'inquiètent (de nouveau) des programmes d'éducation sexuelle. Sur les réseaux sociaux, des extraits d'un livret sur les relations sexuelles sont présentés comme étant tirés d'un livre à destination des classes de CE1 et CE2. Il s'agit en réalité d'une brochure réalisée par Santé publique France pour les adolescents.

Dans quelques jours, des milliers d'écoliers regagneront les bancs de l'école. Mais les cours n'ont pas encore commencé que déjà les premières inquiétudes concernant les programmes scolaires fleurissent sur la toile. Depuis une semaine, plusieurs internautes s'émeuvent du nouveau "livre scolaire des enfants qui vont étudier la sexualité à l'école primaire" à destination des classes de CE1 et CE2. Et d'en publier des extraits expliquant les différentes formes de pénétration (vaginale, anale et orale).

Étonnamment la plupart des commentaires sont identiques mot pour mot. "Pour la dernière année de maternelle et le CP, c'est pas mieux il y aura la même chose mais en version livre comme Martine. Pour les parents bonne chance !" concluent la plupart des commentaires.

Un internaute explique même qu'il a "du contourner les programmes de censure de Facebook pour publier" son post (cf. ci-dessous). Nous cacherait-on vraiment les nouveaux enseignements de nos enfants ?

En réalité, ces extraits sont issus d'une brochure de Santé Publique France, une agence sanitaire sous la tutelle du ministère de la Santé. Intitulée "Les premières fois", on la retrouve sur le site internet de l'agence parmi les "ressources pour des actions auprès des jeunes", aux côtés de supports d'information sur le cannabis, l'alcool ou encore l'alimentation. On retrouve également ces contenus sous la forme d'un site internet, "on sexprime.fr", créé en 2009 et édité par ce même établissement public.

"Cette brochure est destinée à un public d’adolescents âgés entre 12 et 18 ans. Les écoles primaires ne correspondent donc pas à cette cible", explique Santé Publique France à nos confrères d'AFP Factuel. Elle fait d'ailleurs référence au "lycée", au "collège" et à l'"adolescence". Et il ne s'agit pas d'une publication nouvelle : éditée dès 2009, elle a adopté une nouvelle mise en page, plus moderne, en 2016.

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"Les 'premières fois' constituent un sujet essentiel pour les adolescents : c’est alimenté de nombreuses idées reçues - passage obligé pour certains, quête de performance pour d’autres… -, de nombreux fantasmes, mais aussi de nombreuses peurs, qu’il est important de déconstruire, poursuit l'agence dans les colonnes du Monde. Cette brochure a pour objectif que les adolescents se protègent mieux et qu’ils gagnent en autonomie et satisfaction lors de leurs premières expériences sexuelles. Tous les sujets y sont abordés, des premières découvertes du plaisir aux premières protections en passant par les premiers sentiments et les premières caresses."

Pour Agnès Cerighelli, conseillère municipale indépendante de Saint-Germain-en-Laye - exclue de LaREM, mais qui persiste à mentionner "Adhérente @enmarche78" sur son compte Twitter - l'âge ne change rien. "L'éducation nationale est en train de corrompre nos enfants", estime-t-elle. Et d'ajouter dans un autre tweet : "Les cours d’éducation à la sexualité aux enfants, rendus obligatoires par la circulaire du 12/9/2018, sont en train d’évoluer vers une initiation à la luxure et à la débauche."

Pourtant cette brochure ne fait pas partie du programme d'éducation sexuelle, que ce soit à l'école, au collège ou au lycée. "Il n'a jamais été question bien sûr de distribuer quoi que ce soit dans les écoles sur ce type de propos, ni même d’utiliser des brochures sur les différentes pénétrations dans les séances d’éducation à la sexualité (EAS) que ce soit en école, collège ou lycée", martèle le ministère de l'Education nationale auprès de l'AFP.

En pratique, cette brochure reste un outil pour les adolescents, mis à disposition des enseignants, mais il reste encore peu utilisé. "En 2017, sur les 310.000 brochures commandées, 10% l’avaient été par des collèges et lycées. Ce sont les acteurs de l’éducation à la santé qui en commandent le plus. La brochure est également commandée par les établissements de santé", précise l'agence Santé Publique France.

Pas de programme imposé en cours d'éducation sexuelle

Agnès Cerighelli commet une autre erreur. La circulaire du 12/9/2018 évoquée dans son tweet n'a pas rendue obligatoire les cours d'éducation à la sexualité. Cette circulaire ne faisait que rappeler que l'éducation à la sexualité est inscrite dans le Code de l'éducation, depuis... 2001 (loi du 4 juillet 2001), mais qu'elle était peu appliquée. "Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d'au moins trois séances annuelles et par groupes d'âge homogène", détaille ainsi depuis près de vingt ans le code de l'éducation.

Dans les faits, ces cours sont en règle générale conduits par des intervenants extérieurs et il n'existe pas de programme obligatoire. "On part des questions des élèves, on ne vient pas avec des enseignements préparés en avance", nous indiquait Héloïse Galili, animatrice au Planning familial de Paris, il y a quelques mois. "Si on arrive avec un programme déjà établi, on risque de passer à côté de ce qui intéresse vraiment les élèves." Et ce qui les intéresse est bien loin de la masturbation ou des relations sexuelles. "Ce qui ressort est finalement lié à la vie en société, les questions sexuelles émergent peu en primaire. Ça ne les intéresse pas tant que ça", poursuit l'intervenante. "Il y a plutôt beaucoup de questions sur les stéréotypes sexistes, ce que les filles ont le droit de faire, ce que les garçons ont le droit de faire, ce qu'ils ont droit de porter comme vêtement".

Malgré les démentis, les cours d'éducation sexuelle continuent de susciter de folles rumeurs. En septembre dernier, de nombreuses vidéos soutenaient - à tort - que la masturbation était enseignée aux écoliers de 4 ans. En 2013, de nombreuses intox avaient également émergé lorsque Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l'Education nationale, avait tenté d'instaurer les fameux "ABC de l'Egalité" : lecture de "Papa porte une robe" à l'école ou encore apprentissage d'une présumée "théorie du genre". La ministre avait dû mener une campagne d'information pour rétablir les faits.

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