Périphérique parisien : avant les 50 km/h, quel a été l'impact des 70 km/h ?

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À LA LOUPE - Un rapport sur l'avenir du périphérique préconise un abaissement de la vitesse à 50 km/h. Le motif ? Fluidifier le trafic, lutte contre la pollution et les nuisances sonores. En 2014, la vitesse fut déjà abaissée à 70 km/h. Mais quel a été son impact ?

Plus d’un million de véhicules circulent chaque jour sur le périphérique, soit près de 40 % du trafic parisien et 11% des trajets de toute la région Île-de-France. Saturé aux heures de pointe, pollué par le passage incessant des véhicules, le périphérique pourrait bientôt connaître son plus gros bouleversement depuis sa création en 1973 :  un épais rapport de 277 pages sur l'avenir de cette célèbre autoroute urbaine, recommande en effet, notamment, de diminuer la vitesse à 50 km/h. La mesure pourrait entrer en vigueur dès 2020.  

Si elle entre en vigueur, cette baisse de la vitesse ne sera pas une 1re sur le périph'. Il y a 5 ans déjà, la vitesse a été rabaissée à 70 km/h le long des 35 km du périphérique. Quels en furent les effets ? A La Loupe fait le point. 

Baisse de la pollution : à confirmer

 A l’origine de 37 % des émissions de dioxyde d’azote et 35 % des émissions de particules fines liées au trafic routier parisien, le périphérique parisien est décrit par le rapport comme l'"infrastructure la plus polluante de l’Île-de-France." Les riverains de cette autoroute urbaine sont exposés à des niveaux de pollution trois fois supérieurs à ceux de tous les autres Franciliens. 

A priori, nous pourrions penser que la diminution de la vitesse entraîne automatiquement une baisse de la pollution. Mais une phrase détonne dans ce rapport. "Il ne faudrait cependant pas considérer qu’une réduction de la vitesse maximale ou de la vitesse moyenne permette d’abaisser automatiquement la pollution atmosphérique. Curieusement, cela peut être tout à fait l’inverse." 

Fouad Awada, directeur général de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d'Île-de-France, auditionné par les auteurs du rapport, fournit une explication. "Dès que nous descendons en dessous de 50 km/h, on commence à polluer plus et dès que l’on monte au-dessus de 80 à 90 km/h, on pollue aussi. Plus vous réduisez la vitesse en dessous de 50 km/h, plus cela pollue." Ce paradoxe est dû aux moteurs des véhicules conçus pour rouler de manière optimale à une certaine vitesse, et non adaptés aux conditions urbaines de circulation. Une situation surprenante expliquée dans une étude de l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie en 2014. 

Lorsqu'on se penche sur les bilans annuels d'AirParif, organisme charger de la surveillance de la qualité de l'air en région Île-de-France, les émissions des différents polluants dus à la circulation automobile ont continué à baisser continuellement depuis ces vingt dernières années, sans que l'on puisse noter une baisse plus importante entre 2014 et 2015, année du passage au 70 km/h. Une situation qui peut facilement s'expliquer par la vitesse réelle de circulation. Elle n'est que 40 km/h pendant la journée, pour descendre à 30 km/h en heure de pointe. 

Pierre Pernot, ingénieur à AirParif nous explique que "les améliorations sur la qualité de l'air proviennent surtout de la fluidification du trafic."En effet, avec le passage au 50 km/h, les automobilistes ne chercheront plus à atteindre une vitesse maximale autorisée trop élevée par rapport à la vitesse réelle, un comportement qui entraîne le fameux effet 'accordéon'. Car les émissions sont plus importantes lorsque les véhicules s'arrêtent et redémarrent constamment. 

Mais "lutter contre la pollution atmosphérique est surtout un enjeu de santé publique," rappelle Pierre Pernot. "100.000 personnes vivent à moins de 100 mètres du périphérique parisien. Ces riverains sont exposés à des taux de polluants bien plus élevés qu'ailleurs."  

Baisse des nuisances sonores : vrai

Le bruit généré par le trafic routier constitue une très grave nuisance. Autour du périphérique, les habitants sont soumis à des niveaux de près de 80 dB en journée et de 70 dB la nuit. C'est bien au-dessus du seuil critique qui se situe à 65 dB. La baisse de la vitesse de 10 km/h a-t-elle fait baisser le bruit de la circulation ? Oui, d'après BruitParif. 

Selon les relevés de cet organisme public qui s'appuie sur trois stations d'enregistrement implantées le long du périphérique, l’abaissement de la vitesse maximale en 2014 a permis de contribuer à baisse du niveau sonore, évaluée à moins 1,2 dB la nuit (-10%) et 0,5 dB (-5%) le jour. Si ces mêmes chiffres sont repris par le rapport sur l'avenir du périphérique, ces données furent enregistrées en mai 2014, quelques mois après la mise en place du 70 km/h. 

Contacté par LCI, BruitParif nous confirme la diminution du bruit depuis. "Si on prend l'exemple de la station d'enregistrement de Porte d'Auteuil la nuit, située au milieu du terre-plein centrale du périphérique, le niveau sonore est toujours plus bas qu'avant 2014." Concernant le projet du passage aux 50 km/h, "la baisse des nuisances sonores sera surtout effective la nuit", précise BruitParif. En effet, durant la journée, la vitesse réelle restera sans doute sensiblement la même qu'aujourd'hui, les véhicules ne rouleront pas 20 km/h de moins.  

Réduire le nombre de voies : vrai

Attention aux fake news qui circulent. Non, le périphérique ne deviendra pas une allée piétonne boisée. Une des préconisations principales de ce rapport est de réserver une voie pour les transports en commun et pour les véhicules en covoiturage ou non-polluants. Là où le périphérique est plus large, comme les portions à 4 ou 5 voies, il sera ramené à 3 voies seulement. D'après le rapport, "les voies abandonnées seront, quand cela est possible, remises en pleine terre," sans pour autant devenir des promenades.   

Les voie réservées seront déjà une réalité durant les Jeux olympiques de Paris en 2024. Une ordonnance du ministère de l'Intérieur prévoit déjà que des voies seront réservées à la circulation des véhicules des personnes accréditées par le comité d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques. A l'issue des JO, ces "voies olympiques" pourraient servir à la circulation de navettes autonomes. 

Baisse de l’accidentalité : vrai

Alors que le périphérique est emprunté par plus de 1,1 million de véhicules par jour, son taux d'accidentalité est très faible. En moyenne, il y a seulement dix-neuf "événements" par jour, dont deux à trois sont considérés comme significatifs. Les accidents sont surtout dus à la vitesse excessive, aux changements de file dangereux, notamment lorsque les voitures ne sont pas attentives aux deux-roues qui circulent entre les files. 

Le passage aux 70 km/h a-t-il réduit le nombre d’accidents ? Matthieu Garrigue-Guyonnaud, directeur adjoint du cabinet du Préfet de police de Paris, auditionné dans le cadre du rapport, répond oui. Il explique que "la baisse de la vitesse maximale autorisée en 2014 s’est accompagnée dans le même temps d’une poursuite de la baisse de l’accidentalité." Particularité du périphérique, les automobilistes doivent céder la priorité aux voitures qui s’insèrent. La diminution de la vitesse maximum aurait permis "une meilleure gestion des insertions", explique la préfecture. 

Ne pas oublier... les radars automatiques

Autre conséquence du passage à 70 km/h - et non des moindres - le nombre d'infractions pour excès de vitesse sur le périphérique a été multiplié par 3,5 entre les années 2013 et 2014, d'après France Bleu Paris. Durant cette même période, le nombre de radars automatiques avait doublé. Une manière d'anticiper un bond des infractions le temps que les automobilistes s'adaptent  à la nouvelle vitesse ? Aujourd'hui, seize radars automatiques sont implantés le long du périphérique.

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