Peut-on vraiment affirmer que la France "est sûrement le pays le moins raciste au monde" ?

Des manifestations contre le racismes se sont multipliées en France, comme ici à Paris.
Population

À LA LOUPE – Le député européen (RN) Nicolas Bay estime que des militants, d'extrême gauche notamment, dépeignent à tort la France comme raciste. Il explique pour sa part que nous sommes "sûrement le pays le moins raciste au monde". Une affirmation que les études démentent.

Dans son allocution publique le 8 juin, Christophe Castaner s'est montré très ferme. "Aucun raciste ne peut porter dignement l’uniforme de policier ou de gendarme", a-t-il notamment asséné. Une réponse directe à la révélation de messages racistes publiés sur Facebook dans deux groupes, WhatsApp et Facebook, réunissant des membres des forces de l'ordre. 

Doit-on considérer qu'il existe un véritable problème de racisme au sein de la police et de la société, au-delà de cas individuels isolés ? Le député européen du Rassemblement national Nicolas Bay pense que non. Il estime au contraire qu'il faut se méfier de certains groupes, parmi lesquels des "organisations d'extrême-gauche", qui tenteraient aujourd'hui "d'installer l'idée que la France serait raciste". Un point de vue qu'il conteste totalement, n'hésitant pas à expliquer sur le plateau de BFMTV que la France "est sûrement le pays le moins raciste au monde".

Une affirmation plus qu'hasardeuse

Peut-on avancer une telle affirmation comme le fait Nicolas Bay ? Diverses études comparatives permettent de se faire une idée sur la question, menées notamment à l'initiative de la Commission européenne. Engagée dans la lutte contre le racisme et les discriminations, elle à conduit des travaux pour tenter d'en évaluer l'étendue à travers l'UE. 

Si l'on remonte dans le temps, en 1997 plus précisément, on peut retrouver la trace des résultats d'une enquête présentée lors de la Conférence de clôture de l’Année européenne contre le racisme. À l'époque, 25% des Français interrogés se déclaraient pas du tout racistes, moins que la moyenne à travers l'UE (34%). À l'inverse, 16% des Français se disaient très racistes, le second total le plus élevé derrière les Belges (22%).

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23 ans plus tard, des données plus récentes permettent de nuancer ce constat et placent régulièrement la France parmi les pays où le racisme semble le moins marqué. C'est le cas avec le baromètre des discriminations dans l'UE daté de 2015, là encore réalisé par la Commission européenne. Il s'interrogeait sur le degré d'acceptation des peuples à voir accéder aux plus hautes fonctions électives une personne issue d'une ethnie différente à celle majoritaire dans le pays. Les Suédois se montrent les plus à l'aise avec cette idée (à 80%), suivis par les Britanniques (76%), quand les Français se situent 10 points au-dessus de la moyenne européenne (65% contre 55%).

La Suède est également en tête des pays où les parents acceptent le plus facilement de voir leurs enfants nouer une relation amoureuse avec un compagnon/une compagne d'une autre ethnie. Que ce soit avec une personne noire (89%) ou asiatique (92%), les Scandinaves sont assez peu à y manifester de l'hostilité. Les Français se montrent là aussi plus ouverts que ne le sont en moyenne les Européens, sans l'être autant que les Britanniques ou les Luxembourgeois. 

Un marché du travail "extrêmement discriminatoire"

À intervalles réguliers, les travaux de la Commission ont permis d'observer que le racisme en France s'avérait relativement modéré par rapport à d'autres pays européens, mais il faut aussi constater que le racisme est ressenti de manière notable par les populations qui le subissent. Un constat flagrant au niveau du marché du travail, comme l'ont mis en lumière les travaux du Défenseur des droits. Ce dernier a notamment produit un rapport en 2017, dont les observations ont fait conclure à la Commission européenne que le marché du travail français était "extrêmement discriminatoire".

Le Défenseur des droits s'est par ailleurs joint à une étude de la municipalité de Villeurbanne, qui a réalisé en 2017 une opération de testing auprès de plusieurs établissements bancaires. Il s'agissait alors de mesurer d'éventuelles inégalités de traitement, en fonction par exemple de l'origine "ethno-raciale" supposée des clients.  Des observations de terrain qui ont mis en avant les discriminations subies par un client "supposé comme d’origine subsaharienne". Que ce soit pour l'obtention d'un rendez-vous, pour le degré d'informations délivrées ou pour la délivrance d'un prêt.

Les acteurs associatifs dénoncent eux aussi des formes multiples de racisme en France, à l'instar de SOS Racisme qui s'appuyait l'an passé sur le travail de chercheurs du CNRS pour pointer du doigt les inégalités criantes en matière d'accès au logement. Outre de plus grande difficultés à faire accepter un dossier auprès d'un bailleur, l'étude à permis d'observer que les difficultés commencent dès la phase des visites. De potentiels locataires perçus comme d'origine maghrébine ont ainsi en moyenne un tiers de chance en moins de recevoir une simple réponse à leur demande de visite. 

L'étude des biais racistes inconscients

À intervalles réguliers, les travaux de la Commission ont permis d'observer que le racisme en France s'avérait relativement modéré par rapport à d'autres pays européens, mais il faut aussi constater que le racisme est ressenti de manière notable par les populations qui le subissent. Un constat flagrant au niveau du marché du travail, comme l'ont mis en lumière les travaux du Défenseur des droits. Ce dernier a notamment produit un rapport en 2017, dont les observations ont fait conclure à la Commission européenne que le marché du travail français était "extrêmement discriminatoire".

Si des spécialistes estiment que les résultats des études sont souvent à accueillir avec précaution, en raison notamment des biais méthodologiques qui leur sont inhérents, il est utile de se pencher sur des travaux universitaires basés sur une approche différente. À ce titre, l'étude menée sur près de 15 ans et conclue en 2015 par des chercheurs de l'université d'Harvard se révèle éclairante. Elle consiste à demander aux personnes interrogées de procéder à des associations de mots par rapport à des termes donnés, afin de discerner "des attitudes ou croyances implicites que les gens soit ne souhaitent pas exprimer, soit ne sont pas capables de rapporter." Une technique détaillée par les universitaires et qui permet de contourner les mensonges ou les tendances à atténuer la réalité. 

Il ressort de leurs travaux des constats assez similaires à ceux menés par la Commission. En effet, la Suède ou la Grande-Bretagne figurent parmi les pays où le racisme est le moins prégnant. Des pays comme la Norvège, l'Irlande, l'Autriche, la Belgique, mais aussi la Slovénie et la Serbie. La Serbie qui affiche d'ailleurs le score le plus faible, synonyme de racisme très réduit. La France, dans cette étude, ne se place pas parmi les pays où le racisme est mesuré comme le plus faible, mais plutôt dans une moyenne. Les pays où il est le plus fort étant majoritairement concentrés à l'est de l'Europe (Lituanie, Bulgarie, République Tchèque, Ukraine…). 

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