PMA pour toutes : doit-on craindre une pénurie de sperme si la loi est adoptée ?

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À LA LOUPE – Si la PMA est ouverte aux couples de femmes, les donneurs de sperme risquent-ils de manquer ? Voilà ce qu'affirme en cette rentrée la Manif pour tous. Ces craintes sont-elles fondées ? Nous avons vérifié.

L'examen du projet de loi sur la bioéthique a débuté à l'Assemblée, et il promet son lot de débats enflammés. Parmi les points d'échauffement probables figure l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules, une mesure défendue par le gouvernement et qui soulève des hostilités.

Parmi les farouches opposants, on retrouve La Manif pour tous, toujours très mobilisée sur les questions relatives à la filiation. La présidente du mouvement, Ludovine de la Rochère a réaffirmé son désaccord avec le texte présenté aux parlementaires en  avançant notamment, l'argument - selon elle - de la pénurie de gamètes.

L'ouverture plus large de la PMA, assure-t-elle, présente des risques. "Nous savons qu'il y a en France une pénurie de gamètes. Nous n'avons pas assez de donneurs pour les couples hommes-femmes qui souffrent d'une infertilité nécessitant un tiers donneur." La dirigeante de la Manif pour tous estime qu'une extension de la PMA viendrait aggraver cette pénurie, et ouvrirait la porte à de potentielles dérives : achat de gamètes à l'étranger, rémunération des donneurs... Autant de pratiques interdites aujourd'hui, rappelle Ludovine de la Rochère. "Qu'est-ce qui nous garantit qu'on ne va pas rentrer dans la marchandisation humaine ?"

Une pénurie de gamètes ?

La Manif pour tous n'a pas attendu la rentrée pour mettre le sujet sur la table : en mars déjà, ses représentants avançaient des arguments identiques et tentaient d'alerter sur les conséquences d'achats de sperme à l'étranger : 

Peut-on dire aujourd'hui que la France connaît une pénurie de gamètes, faute de donneurs assez nombreux ? L'Agence de biomédecine (ABM) estime que non, et fournit volontiers les chiffres du nombre de donneurs ces dernières années. En 2017, on comptait ainsi 404 hommes ayant réalisé cette démarche, une augmentation depuis 2013 ou ils étaient 268.

Dans un pays de presque 67 millions d'habitants, ce chiffre peut sembler minuscule, mais il suffit pourtant à couvrir les besoins. Cela s'explique notamment par le fait que le sperme d'un même donneur – qui contient des millions de spermatozoïdes –, est susceptible d'être utilisé jusqu'à atteindre une limite de dix naissances. "En 2017, 1961 couples ont pu bénéficier d’au moins une tentative d’assistance médicale à la procréation avec don de spermatozoïdes", note l'ABM.

Une explosion de la demande ?

Si actuellement, les dons de spermes apparaissent suffisants, il est certain que l'ouverture la PMA aux femmes seules et aux couples lesbiens pourrait changer la donne et multiplier les demandes. Interrogée par Le Parisien, la présidente de la fédération des Centres d'étude et de conservation des œufs et du sperme humains (CECOS) concède qu'une période d'adaptation sera nécessaire. "On va être dans une situation de difficultés, ces changements combinés vont créer une instabilité, au moins sur quelques années", estime Nathalie Rives.

À combien de demandes supplémentaires faut-il s'attendre avec une application de la future loi ? Agnès Buzyn tablait fin juillet sur environ 2000, une estimation que l'Agence de biomédecine se refuse à commenter, arguant un "devoir de réserve" en cette période de révision de la loi de bioéthique. La fédération des CECOS table plutôt sur 2500 à 3000 demandes de plus par rapport à aujourd'hui, mais quelle que soit l'hypothèse retenue, il n'existe pas à l'heure actuelle de risque de pénurie.

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En cas d'adoption du texte, reste à savoir si les demandes pourront être traitées dans des délais raisonnables. La Manif pour tous fustige le fait que les couples hétérosexuels qui souffrent d'infertilité font aujourd'hui face à des délais considérables pour obtenir des gamètes. Une situation qui risquerait de s'aggraver avec une ouverture de la PMA. Actuellement, Le Parisien rappelle que le délai entre la demande et l'insémination est de 12 mois en moyenne, ce qui reste raisonnable aux yeux des professionnels de santé, mais pourrait s'allonger de manière significative. 

Des campagnes de sensibilisation sont programmées

Du côté du ministère de la Santé, on répète que la loi française interdit la rémunération des dons (que ce soit pour les ovocytes ou pour les gamètes). Une manière de balayer les craintes d'achats de sperme à l'étranger, et de réaffirmer sa volonté de répondre à la demande grâce aux donneurs français. 

Pour éviter au maximum tout risque de pénurie, Agnès Buzyn a d'ores et déjà déclaré que des "campagne de recrutement de nouveaux donneurs" allaient être lancées.

"Nous communiquons auprès du grand public sur le don de gamètes depuis 2008, avec un dispositif renforcé depuis 2014", précise à LCI l'Agence de biomédecine. Cette dernière se prépare à de nouvelles actions pour sensibiliser la population, que ce soit avec "des spots radios au national", des "chroniques radios en régions, des bannières internet, des films d’animation sur Internet et au cinéma", ou bien encore via l'envoi d'e-mails personnalisés. 

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