"Il ne faut pas rester ici" : après l'incendie à Rouen, ces habitants ont pris la fuite

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L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen

EXIL - Persuadés que l'incendie de l'usine Lubrizol, qui a éclaté dans la nuit de mercredi à jeudi à Rouen, aura de graves conséquences sur leur santé ou celle de leurs proches, des habitants touchés par le nuage de suie ont décidé de quitter la ville, s'appuyant notamment sur un groupe Facebook d'entraide. Parmi eux, certains n'envisagent pas encore de rentrer. Témoignages.

"Peu importe l'endroit où j'irais, je veux quitter Rouen au plus vite." L'inquiétude perçue dans ce message, publié comme une bouteille à la mer sur Facebook, fait parfaitement écho à la volonté d'exil de certains Rouennais au lendemain de l'incendie qui a touché l'usine Lubrizol ce jeudi 26 septembre. Face à des discours officiels qu'ils ne croient plus, ils sont nombreux à vouloir s'en aller. Pour y répondre, un groupe Facebook a vu le jour. Avec un nom plus qu'explicite, "Propositions et demandes d'hébergement pour les habitants de Rouen", il a pour vocation de répondre à l'angoisse de ceux qui ont vécu cet accident industriel aux premières loges.

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Aux quatre coins de la France, on s’organise pour les accueillir. Créé le 26 septembre par une habitante du Jura, le groupe recense les initiatives personnelles. Il accueille ce lundi après-midi près de 4300 membres et liste plus d’une cinquantaine de propositions de logement, allant de la Suisse à la Bretagne en passant par le Var.

Un départ "à durée indéterminée"

Chaque jour depuis que l'incendie a éclaté, ce sont donc plus de 1000 personnes qui s‘abonnent au groupe. Et qui y trouvent leur bonheur. Comme cette mère seule de deux enfants. Son SOS, publié le 27 septembre pour "s’éloigner" de la ville, a été entendu. 

Ce lundi, elle remerciait un couple d’avoir pu l’accueillir, conseillant aux autres de faire de même. Bastien aussi a pu être témoin de cet élan de solidarité. Habitant Mont Saint-Aignan, à cinq kilomètres au nord de l’usine, il a été réveillé par les odeurs. 

Il nous explique comment, sans aucune hésitation, il est d’abord allé se réfugier avec son fils chez un ami, où ils ont passé la nuit. Pris de vomissement, de nausées, et d’irritation aux yeux, et en manque d’informations, le trentenaire s’inquiète d’une possible pollution radioactive. Et de toute façon "c’était impossible de respirer ici, c’était pire que dans une station-service". Preuve en est : le parking du quartier était vide. Le lendemain, après avoir déposé son enfant chez sa mère, qui vit sur la rive gauche de la capitale normande, il envoie donc un message sur le groupe. Et trouve un logis à Darnétal une heure plus tard. 

Je perds mon bien, mais il ne faut pas rester ici- Bastien, Rouennais

Quatre jours et autant de communiqués plus tard, le musicien n’est toujours pas rassuré. Et, face à ce qu'il considère comme une organisation déficiente, ne le sera sûrement plus jamais. "Je suis sidéré, rien n’était prêt, on a même pas eu d’alarme ! Il n’y a rien eu." Avant d’ajouter, fataliste : "On s’attendait à plus d’informations, on est en France !" S’il doit désormais revenir à Rouen pour l’opération de son fils, il compte repartir dès le 4 octobre "de façon indéterminée". Et ce malgré ses terres, qu’il pense ne plus jamais pouvoir exploiter. Il liste les dégâts - des fruits et légumes "noirs avec des champignons dégueulasses" et 50 kilogrammes de pommes de terre "liquides" - avant de confier, résigné : "Je suis propriétaire, je perds mon bien, mais il ne faut pas rester ici." 

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Une mesure de précaution préconisée aussi par Lola. A 30 ans, cette habitante du Petit-Quevilly, à moins d’un kilomètre de l’usine, a d’abord choisi de s’enfermer chez elle. Volets et fenêtres fermés, tout comme les robinets. Elle a ensuite plié bagages en direction de Lyon, notamment à cause de sa mère, très malade depuis l’incendie. Un choix compliqué puisqu’elle laisse derrière elle son mari qui, travaillant dans les toitures, est "l’un des premiers exposés", et car ses quatre enfants, âgés de trois à neuf ans, n’iront plus à l’école. "Je suis inquiète pour leur scolarité, mais en appelant l’école maternelle, on m’a dit que j’ai fait le bon choix !" Autant de raisons qui font que Lola aimerait rentrer un jour. Mais pas avant d’avoir toutes les analyses et informations nécessaires. Quel que soit le temps qu’il faudra. 

Une désir de "transparence" et de "vérité"

"Les odeurs, les explosions, la fumée... J’y pense tellement que je n’en dors pas la nuit", nous confie-t-elle, la gorge nouée. "Je me dis qu’il doit y avoir plein de particules partout…" Tant qu’elle n’aura pas de données claires sur les répercussions "dans cinq et dix ans", aussi bien sur la santé que l’environnement, elle ne reviendra donc pas. "Je veux savoir : sur le long terme, on mangera quoi ? Et mes enfants auront-ils un cancer ?"

Si certains messages sont écrits sur fond d'alarmisme, d'autres se justifient notamment par le manque information dû à l'heure de l'incendie, et par le fait que l'événement ait rapidement été occulté part la mort de Jacques Chirac. Des inquiétudes qui ne sont pas près de s’estomper, malgré les promesses de transparence du gouvernement. Car ces Rouennais partagent un sentiment, qui perdure, et que résume une mère de famille en quelques mots : "Nous avons eu peur."

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