"Je fuis une bande de rebeus" : Le Petit paumé, un guide étudiant lyonnais, indigne après une critique raciste

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LYON - Quelques lignes de la dernière édition du guide publié par des étudiants de l'EM Lyon, consacrées à un établissement du quartier de la Guillotière, dans le 7e arrondissement de Lyon, ont valu de nombreuses accusations de racisme à l'association. Qui a fait profil bas, en milieu de soirée, dimanche 13 octobre, en présentant ses excuses.

"Alors que je fuis une bande de rebeus place Guillotière, je m'engouffre, un peu par hasard à ho36. Bonne pioche ! Des jeunes blancs travaillent sur leurs ordis, tout en sirotant un bon café latte. Je vais pouvoir me fondre dans la masse." C'est ainsi qu'est présenté, dans l'édition 2020 du Petit paumé, un établissement du quartier de la Guillotière, dans le 7e arrondissement de Lyon. Cédant au racisme, la critique a fait bondir de nombreux internautes et habitants de la région lyonnaise, depuis le samedi 12 octobre, jour où le guide, édité par une trentaine d'étudiants de l'école de management de Lyon (EMLyon) et qui fêtait sa 51e édition, a été distribué gratuitement, sur la place Bellecour.

Ici et là, on se demande comment pareille critique a pu passer sans choquer qui que ce soit. "Ça a été écrit, relu, publié", s'émeut une internaute. "Vous faites honte à Lyon", s'emporte un autre. "Le petit paumé aka le petit facho", continue un dernier, devant le "racisme décomplexé" de ces quelques lignes. Des commentaires qu'on retrouve par dizaines sur Twitter, où de multiples photographies de l'encart circulent depuis le samedi 12 octobre, accompagnés le plus souvent d'appels au boycott.

Le directeur de l'EM Lyon exige un conseil de discipline

Signe que la polémique n'en reste pas à la sphère étudiante, le monde politique lyonnais s'est également saisi de l'affaire. Le président de la métropole du Grand Lyon David Kimelfeld a ainsi réagi, d'abord en jugeant ce guide "incontournable, souvent pertinent, parfois drôle". Pour fustiger la rédaction du guide aussitôt : "Pour la deuxième année consécutive, ils 'dérapent'. Après avoir l'an passé fait l'apologie d'un acte terroriste, ils virent cette année dans le racisme ordinaire. Nous exigeons des excuses." 

Il a été suivi par le maire-adjoint du 7e arrondissement Romain Blachier, qui a exigé des "excuses" ou la section lyonnaise du Parti communiste, qui a critiqué une publication "déroulant ses poncifs nationalistes et franchouillards sur les jeunes Arabes ou sur les roux". Le directeur de l'EM Lyon, Tawhid Chtioui, s'est également exprimé sur Twitter, expliquant qu'il "oscille entre indignation, colère et grande tristesse". Et d'annoncer avoir "demandé que se tienne, très rapidement, un conseil de discipline en présence des rédacteurs des articles, du rédacteur en chef et du président du Petit Paumé, afin qu'ils répondent de la banalisation ouverte de propos discriminants dans ce guide, en total non-respect des valeurs de l'école".

Le ho36, objet de la critique raciste du guide, a également condamné vigoureusement l'encart qui lui est consacré, partageant son affliction : "Nous n'avons visiblement pas la même vision ni les mêmes valeurs".

Le Petit Paumé n'en est pas à son premier écart

Le premier dérapage auquel fait référence David Kimelfeld, l'élu LaRem en bisbille avec Gérard Collomb pour garder son poste en 2020, est l'utilisation d'une fausse citation d'Anders Breivik, le terroriste d'extrême droite qui avait assassiné une soixantaine en Norvège, en 2011. "J'aime bien les îles, il n'y a pas moyen de fuir", avait fait dire le guide au suprémaciste blanc dans sa 50e édition. La "blague", référence à l'île d'Utoya, où s'était déroulé le massacre, avait suscité une telle polémique qu'elle avait conduit le comité de rédaction à réagir, défendant son ton volontiers acide, mais en reconnaissant que "cette touche d'humour n'était pas appropriée".

Un an plus tard, le vent de la polémique a dû être oublié, sans qu'on puisse comprendre, pour le moment, ce qui a permis la diffusion d'une pareille saillie. Le communiqué de l'association, publié en début de soirée, dimanche 13 octobre, était du même tonneau que celui publié il y a un an après les reproches sur "l'utilisation" d'Anders Breivik. Le président de l'association, François Désir, et la rédactrice en chef du guide, Philippine de Rivoyre, ont assuré "regretter profondément qu'elle ait pu blesser des personnes", reconnaissant une "maladresse de rédaction" et présentant leurs "sincères excuses". 

En réponse aux accusations de racisme, les deux responsables ont assuré que "cette critique ne reflète en aucun cas une réalité ou une pensée mais des clichés généralistes qui sont loin de notre vision où le vivre-ensemble est une réalité". Et de préciser un peu plus loin le fonctionnement du guide : "Nous nous mettons, parfois, dans la peau de personnages fictifs ou dans des situations extrapolées quand nous rédigeons nos critiques", assurant vouloir "polémiquer correctement".  Le communiqué se termine en disant que "les passages ciblés ont été supprimés de l'ensemble de [leurs] supports numériques".  Ce qui indique, en creux, que les exemplaires papiers, eux, ne seront pas réimprimés, expurgés desdits passages.

Contactée à plusieurs reprises et par différents canaux, l'équipe de l'association (président, vice-président, secrétaire générale et attachée de presse) n'avait pas encore réagi à nos demandes.

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