Pour lutter contre le virus, des enfants d'une crèche vont-ils être équipés de bracelets électroniques ?

Le suivi des interactions via des bracelets pourrait être utilisé dans des crèches, mais aussi en entreprise.
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À LA LOUPE – Un dispositif de contrôle de la distanciation physique via des bracelets électroniques a été mis au point par une entreprise italienne. Une grande marque automobile française serait d'ailleurs intéressée pour la crèche proposée à ses employés affirme Ansa, l'agence de presse italienne. Pour en savoir plus, LCI a remonté la source de ces affirmations.

Comment faire pour éviter de voir le nombre de contaminations repartir à la hausse avec le déconfinement ? Cette question, nombreux sont ceux à se la poser, que ce soit dans les entreprises ou en milieu scolaire. En Italie, où les mêmes interrogations s'observent, l'agence de presse ANSA s'est intéressée à une méthode de prévention originale, proposée par une entreprise spécialisée dans l'apport de technologies pour le sport et le fitness.

Metawellness, c'est son nom, aurait en effet mis au point un "bracelet anti Covid", comme le surnomme les médias transalpins. Son principe : vibrer lorsque deux personnes qui en sont équipées se trouvent à moins d'un mètre l'une de l'autre. Un dispositif qui permet de savoir quelles sont les personnes que vous avez côtoyées, et donc de mieux les protéger s'il s'avère que vous êtes infecté. Plusieurs firmes et collectivités italiennes ont déjà manifesté leur intérêt, mais également une entreprise française nous apprend l'ANSA. L'agence précise même que les bracelets seraient destinés à "la crèche d'une grande marque automobile" dans l'Hexagone, sans plus de précisions.

Plusieurs milliers de bracelets

Pour en savoir plus sur cette technologie, LCI a réussi à joindre le directeur commercial de Metawellness pour l'international, le Français Fabien Mawas. Quelle est l'entreprise tricolore qui s'est positionnée ? "Je ne peux pas encore vous dire son nom", assure-t-il, sans confirmer non plus dans quel secteur d'activité elle se trouve. Il indique néanmoins qu'elle souhaiterait utiliser ces bracelets "pour la cantine et pour la garderie". Équiper ses salariés et leurs enfants, donc, en se montrant vigilant dans des espaces où les interactions et les contacts sont fréquents et potentiellement source de contamination. Il s'agit "d'une grosse entreprise, où les salariés n'ont pas le choix et sont contraints de se rendre au travail", d'où l'idée de recourir à cette technologie. 

En pratique, explique Fabien Mawas, les bracelets vendus moins de 30 euros l'unité et produits en Italie sont fournis directement au client. C'est lui qui se charge de les attribuer, chaque personne étant ensuite "reconnaissable" grâce à l'identifiant numérique du bracelet. Chez Metawellness,  "on vient du monde de la radio haute fréquence", indique le responsable commercial, qui explique que cette expertise dans le domaine des objets connectés a facilité le développement d'un tel produit. 

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Le terme de "bracelet électronique" repris en France pour désigner ce dispositif est sans doute maladroit, puisqu'il fait référence à l'univers carcéral. Sans doute faut-il plutôt le comparer aux bracelets connectés vendus dans le commerce, à ceci près que celui-ci n'enregistre que la présence dans un périmètre réduits d'autres porteurs. En émettant de petites vibrations semblables à celles d'un téléphone portable, et qui voient leur intensité augmenter à mesure que la distance se réduit à un autre porteur. 

L'entreprise qui équipe ses collaborateurs ou leurs enfants pourra si nécessaire accéder à une sorte de "boîte noire". C'est là que sont stockées des informations sur les contacts à moins d'un mètre d'une personne durant les 21 derniers jours. La société sera seule maître de ces données, insiste Metawellness, qui se contente de fournir les bracelets et le logiciel qui permet leur gestion. Ce dispositif de suivi n'enregistre pas un suivi de la géolocalisation, ni d'autre information personnelle que le nom de la personne qui ne porte. Il doit en effet avant tout servir à analyser les interactions de son porteur et  à identifier les personnes qu'il ou elle aurait été susceptible de contaminer. 

"Nous nous adressons à des mairies, à des entreprises du bâtiment, de l'industrie...", détaille Fabien Mawas, qui indique que la commande mentionnée par l'agence ANSA et impliquant une entreprise française porterait sur plusieurs milliers de bracelets. Contactés, Renault et PSA n'ont pas commenté l'information ni confirmé qu'ils étaient concernés. Il faudra sans doute que le contrat soit finalisé pour que soit connu le nom du client mentionné par les médias italiens.

Quelle sécurité pour les données ?

Si Metawellness indique que seul le client pourra avoir accès aux données permettant de lier un bracelet à l'identité d'une personne équipée, elle souligne par ailleurs que le suivi des interactions ne pourra s'opérer qu'entre personnes équipées par la même structure. Si un salarié de la société A en croise un autre de la société B, leur bracelet vibrera en cas de contact à moins d'un mètre. Pour autant, il ne sera pas possible à l'entreprise A de savoir quelle est l'identité précise du salarié de l'entreprise B  concerné. 

Ces bracelets électroniques sont donc avant tout destinés à un usage interne, que ce soit dans les locaux ou les usines d'une entreprise, ou au sein de lieux de rencontre et de brassage. Les enfants peuvent aussi les porter, via des systèmes d'attache similaires à ceux des montres, et pourraient bénéficier d'un suivi en cas de contamination. Parmi les autres usages possibles, on peut également citer les hôtels, où des clients seraient équipés durant tout leur séjour, à l'instar des membres du personnel. 

En matière de sécurité et de confidentialité des données, Fabien Mawas indique que sa société se conforme au règlement général sur la protection des données. "C'est d'autant plus important qu'il s'agit de question très très sensibles en Italie", note-t-il. Si les contacts à moins d'un mètre sont enregistrés durant 21 jours, il faudra néanmoins veiller pour les clients de ce système à sécuriser leur réseau informatique, puisque l'utilisation des bracelets suppose que soient consignés dans des bases de données des tableaux de correspondance faisant le lien entre l'identité des collaborateurs équipés et la signature numérique de chaque appareil.

En résumé, il est donc exact qu'une grande firme française souhaite passer une commande de ces bracelets sans qu'à ce stade on n'en connaisse le nom. Il s'agirait ainsi de compiler les interactions potentiellement dangereuses au sein de crèches/garderies d'entreprise et de cantines internes. L'usage de ces dispositifs reste néanmoins très encadré, avec une conservation des données limitée dans le temps et ne permettant que d'identifier des personnes avec lesquelles le porteur du bracelet a été en contact à moins d'un mètre. LCI a contacté la Commission nationale de l'informatique et des libertés pour avoir son avis sur un telle mise en place, si celle-ci venait à être observée dans l'Hexagone. Cet article sera actualisé en fonction de sa réponse. 

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