Pourquoi Act Up Paris ne sera pas invitée aux Solidays cette année ?

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A LA LOUPE - Cette année et pour la première fois, l'association de lutte contre le sida Act Up Paris ne sera pas présente au festival des Solidays. Retour sur une exclusion, sur fond de conflit larvé avec Valérie Pécresse et la région Ile-de-France.

L'édition 2019 des Solidays, ce sera sans Act-up. L'association, qui lutte depuis trente ans contre le Sida et qui installe son stand d'information sur le festival depuis de nombreuses années, devrait cette fois être aux abonnés absents. C'est en tout cas ce qu'a révélé un tweet du compte "Sida Info service", mercredi 19 juin, indiquant qu'Act Up Paris aurait été "écartée des Solidays par la présidente de la région Valérie Pécresse".  

Dans une émission en ligne publiée sur le site de l'association créée par et pour des personnes concernées par le VIH, "comité des familles" le même jour, Frédéric Navarro, militant à Act Up de longue date, va même plus loin : "Il se trouve que la région Ile-de-France et sa présidente Valérie Pécresse, suite à la campagne de dénonciation qu'on a faite (...) a attaqué Act Up en justice, explique-t-il, précisant : Elle est allée beaucoup plus loin. Cette année, elle a réussi à mettre la pression auprès des organisateurs de Solidays et à leur faire du chantage. Si les organisateurs voulaient l'argent de la région, il fallait que Act Up soit boycottée. Evidemment, ils ont fait le dos rond. C'est la première fois en 30 ans de lutte, je trouve cela scandaleux qu'une association phare dans la lutte contre le sida soit absente."


Alors que s'est-il passé exactement ? Dressons d'abord le contexte : "La campagne de dénonciation" évoquée par Fred Navarro pourrait bien être la pierre angulaire de ce conflit larvé. En effet, lors des Solidays 2018, l'association Act Up a décidé d'interpeller la présidente de région, Valérie Pécresse, sur sa décision d'exclure des tarifications réduites dans les transports les bénéficiaires de l'AME (Aide médicale d'Etat). Une décision depuis retoquée à la fois par le tribunal administratif puis par la cour d'appel de Paris, l'été dernier. 

800.000 euros de subventions

"Nous étions contre cette mesure car elle diminuait la capacité des franciliens bénéficiaires de cette aide, parmi lesquels de nombreux sans-papiers, à se déplacer et à se soigner, explique à LCI Pierre Dauphin, secrétaire général d'Act Up Paris. Pour les personnes atteintes du VIH, cela rendait les choses compliquées pour aller chercher leurs médicaments et se rendre régulièrement aux rendez-vous médicaux. L'année dernière, aux Solidays, nous avons donc décidé de nous coucher par terre et de montrer des affiches sur lesquelles était inscrit 'Pécresse Délinquante'." Ces affiches ayant également été collées dans Paris, Valérie Pécresse a porté plainte pour diffamation, dès la rentrée. "Suite à cela, reprend Pierre Dauphin, nous n'avons plus eu de nouvelles de Solidarité Sida, l'association qui gère les Solidays, jusqu'au mois dernier. Act Up Paris a alors été reçue. On nous a dit que sur le fond du dossier AME ils étaient d'accord avec nous, mais qu'ils ne pouvaient pas s'allier sur notre action. Nous avons alors appris que nous étions exclus."


Mais s'agit-il pour autant d'un "chantage" de la part de la région ? Pierre Dauphin se refuse à employer ce mot. "Ce n'est pas le cas. J'y vois plutôt une situation systémique qui arrive aux associations. En l'occurrence Solidarité Sida reçoit des financements réguliers de la région qui sont difficiles à avoir." En effet, la région Ile-de-France se prévaut d'être "le premier partenaire" du festival, à hauteur d'une subvention de 800.000 euros, nous confirme-t-on. 

Plainte pour diffamation

Du côté de la région, l'entourage de Valérie Pécresse se montre ferme : "Le choix des associations, comme celui de la programmation, relève de la seule décision des organisateurs de Solidays. Nous avons juste demandé cette année à Solidays de se rapprocher du centre Hubertine Auclert, bras armé de la région pour l’égalité femmes hommes pour vérifier qu’il n’y ait pas de contenu sexiste qui porte atteinte à l’image de la femme. Quant à la campagne d’Act Up contre Valerie Pécresse, ils sont mis en examen pour diffamation et l’affaire est devant les tribunaux." L'entourage tient par ailleurs à préciser que, sur le sujet des réductions de frais de transports pour les bénéficiaires de l'AME, "Valérie Pécresse n’ a jamais fui la discussion , elle avait reçu une délégation d’Act Up dans son bureau l’année dernière bien avant Solidays, des propositions leur avaient été faites, qu’ils ont refusées". 


L'association Solidarité Sida, elle aussi, réfute toute allégation de pression ou de chantage. Par tweet, elle indique que "la décision de ne pas inviter Act Up cette année a été prise uniquement" par elle-même. "Quant aux raisons qui ont motivé cette décision elles ont été communiquées il y a plusieurs semaines aux équipes d'Act Up" précise-t-on. Sollicitée par téléphone, l'organisation n'a pas souhaité commenter davantage, à la veille de l'ouverture du festival. 

Au-delà de cette actualité, Act Up déplore que cette histoire de conflits internes prenne le pas sur "l'essentiel, à savoir la lutte contre le Sida qui continue de tuer aujourd'hui encore".


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